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apic/Genève/Protestants/Diocèses nouveaux
L’Union protestante libérale genevoise déclare
la guerre aux «privilèges de l’Eglise catholique» (130296)
Pas d’érection de nouveaux diocèses, plus de nonce à Berne
Genève, 13février(APIC) l’Union protestante libérale (UPL) de Genève ne
veut pas d’une modification de l’article de la Constitution fédérale sur
l’érection de nouveaux évêchés en Suisse. L’UPL en profite pour décocher
ses flèches et pour s’en prendre au statut du nonce apostolique à Berne. A
ses yeux, ce statut doit être supprimé. Quant à l’Eglise catholique en
Suisse, elle «jouit de privilèges exorbitants et inadmissibles».
L’UPL donne ainsi sa réponse à la Consultation du Conseil fédéral sur le
projet de nouvelle Constitution fédérale. Dans sa lettre datée du 31 janvier, répercutée le 13 février par le Service de presse protestant, l’UPL
explique pourquoi elle ne veut pas pas de modification de l’article qui
prescrit: «Il ne peut être érigé d’évêché sans l’approbation de la Confédération».
L’UPL réfute l’argument selon lequel cet article impliquerait une discrimination à l’encontre de l’Eglise catholique-romaine par rapport aux autres communautés religieuses.
Selon l’UPL, cet article s’applique à toute Eglise dotée d’un système
épiscopal, et non seulement à l’Eglise catholique. Elle rappelle néanmoins
et surtout que l’Eglise catholique a une double nature: spirituelle (en
tant qu’Eglise) et temporelle (en tant qu’Etat du Vatican). Pour l’UPL,
l’Eglise catholique «est la seule Eglise ou communauté religieuse au monde
à être sujet de droit international et à être considérée comme un Etat».
Dès lors, estime l’UPL, la nomination des évêques, qui représentent le
pape, apparaît comme une mesure à la fois spirituelle et politique. L’UPL
ajoute que l’Eglise catholique est représentée à Berne par un nonce apostolique, qui a rang d’ambassadeur accrédité auprès des autorités politiques
«et a des pouvoirs considérables. En outre, ce nonce jouit d’une préséance
protocolaire au sein du corps diplomatique».
Aux yeux des protestants libéraux genevois, ce «privilège est totalement
injustifié. Il devrait être supprimé». L’Eglise catholique-romaine, affirment-ils encore, jouit de privilèges qu’ils qualifient «d’exorbitants et
d’inadmissibles».
Interrogé sur la modification éventuelle de cet article – il était encore au Conseil des Etats -, le libéral genevois Gilbert Couteau justifiait
le «non» des protestants genevois sous prétexte que «la mémoire collective
genevoise n’a pas encore totalement digéré les conflits du siècle dernier».
Les protestants libéraux genevois, qui estiment que le Vatican, sur le
plan international, ne se fait «pas faute de tirer parti de l’ambiguïté de
son statut», ajoutent que l’article en question a été introduit dans la
Constitution de 1874 non seulement en raison des conflits confessionnels de
l’époque (Kulturkampf), mais surtout «parce que la qualité d’Etat reconnue
juridiquement au Saint-Siège rendait cette modification indispensable».
Relique du passé
Relique effectivement héritée du Kulturkampf, l’obligation faite à
l’Eglise catholique en Suisse de demander l’autorisation de la Confédération pour créer de nouveaux évêchés trouve donc ses partisans. Dont le
Consistoire de l’Eglise nationale protestante genevoise (ENPG), l’UPL aujourd’hui, ou encore certaines Eglises réformées de Suisse romande, qui
évoquent la paix confessionnelle pour justifier le maintien d’un article
d’exception dans la Constitution fédérale… à la veille du 21e siècle.
Pour le vicaire épiscopal genevois Jean-Paul de Sury, la décision de
l’Union protestante libérale genevoise – les «lefebvristes» du protestantisme, dit-il – n’est pas surprenante. «Elle l’est d’autant moins que le
Consistoire s’est prononcé en décembre à une nette majorité pour le maintien de cet article». «L’UPL n’est pas plus représentative de l’Eglise protestante que Mgr Lefebvre ne l’était pour l’Eglise catholique». «Notre déception, et même notre émotion, conclut le vicaire épiscopal, nous l’avons
exprimée face à la décision du Consistoire de l’ENPG». Une décision qui
n’est pas de nature «à faire progresser l’oecuménisme».
Le sujet de la modification de l’article de la Constitution sur l’érection de nouveaux évêchés est bien moins sensible ailleurs qu’à Genève. La
FEPS étudie effectivement la question, confirmait-on en octobre à Berne,
après l’appui exprimé à l’ENPG par plusieurs conseillers de l’Eglise réformée évangélique du canton de Neuchâtel (EREN). «Des discussions ont lieu
avec les cantons et notamment Genève, affirmait la Fédération des Eglises
protestantes de la Suisse. Qui admettait que les positions varient sensiblement d’un endroit à l’autre. «Les Romands sont en faveur du maintien. Or
tel n’est pas forcément le cas en Suisse centrale ou à Zurich, en raison
notamment de l’affaire Haas».
Quant aux évêques suisses, ils appellent de leurs voeux la création de
nouveaux diocèses afin d’alléger leur travail. Dans une intervention en décembre 1994 lors de la conférence de presse de la Conférence des évêques
suisses (CES), Mgr Pierre Mamie, alors président de la CES, avait à nouveau
brisé une lance en faveur d’un redécoupage des diocèses suisses, nécessité
par des charges pastorales en constante augmentation. Combien va-t-il encore falloir «user» d’évêques avant de changer les frontières des plus grands
diocèses, si grands qu’ils rendent parfois la fonction épiscopale «inhumaine», relevait l’ancien évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. (apic/sppPierre Rottet)




