apic/génocide Rwanda/Réaction Père Theunis à la revue «Golias «
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Belgique: Le Père Guy Theunis réagit aux insinuations de «Golias» (040896)
sur le rôle des missionnaires dans le génocide rwandais
«Erreurs», «commentaires farfelus» et «désinformation»
Bruxelles, 4 août(APIC) Le Père Guy Theunis, Père Blanc et ancien missionnaire belge au Rwanda, dont il fut rapatrié avant l’été 1994, vient de
réagir au récent dossier publié par la revue française «Golias» sous le titre : «Rwanda, l’honneur perdu des missionnaires». Mis personnellement en
cause à plusieurs endroits du dossier, le Père Theunis a exigé un «droit de
réponse», dont il a communiqué la teneur à la presse.
Dans ce «droit de réponse», le religieux belge se contente de réagir aux
accusations et insinuations dont il a été personnellement l’objet. Il situe
cependant ses réactions dans un cadre plus large, «ne pouvant relever toutes les erreurs, tous les mensonges, toutes les calomnies présentes dans ce
dossier comme dans le précédent concernant le Rwanda».
«Agent de liaison»?
Premier étonnement du Père Theunis: la revue «Golias» lui attribue l’envoi hebdomadaire, depuis Kigali, d’une revue de la presse rwandaise qu’il
aurait adressé lui-même au ministère belge des Affaires étrangères. Il aurait ainsi joué le rôle d’un «agent de liaison», se réservant personnellement ce «travail d’informateur» et se gardant de publier l’information utile dans la revue «Dialogue» qu’il dirigeait à l’époque.
En réalité, note l’ancien missionnaire, «Golias» tire de quelques faits
authentiques des conclusions outrancières et donc fausses. Le Père Theunis,
qui dirigeait la revue «Dialogue» en 1991, a été remplacé comme directeur
en 1992 par un Rwandais. Il était loin de faire seul le travail d’information: avant le génocide, la revue employait quatre personnes à temps plein.
C’est d’ailleurs le comité exécutif de l’association éditrice de la revue
qui avait décidé en 1991 de commencer la publication – séparée – d’une revue de la presse rwandaise. Et l’ancien directeur ajoute : «Comme pour la
revue «Dialogue», tout un chacun pouvait s’y abonner.»
«Désinformation»
En 1992 se constitue au Rwanda une Coalition pour la défense de la République (CDR). Trois semaines avant les massacres de 1994, quatre points du
programme de la CDR sont connus à Gisenyi. Pour cette coalition extrémiste,
comme le rapportera le Père Theunis le 14 juin devant l’Auditorat militaire
à Bruxelles, il s’agit de balayer les accords d’Arusha, de recommencer les
massacres de 1959 contre les Tutsis, de chasser les Belges et de repousser
le Front Patriotique Rwandais (FPR) hors des frontières.
Pour «Golias», ces précisions fournies par le missionnaire belge à son
retour à Bruxelles sont la preuve qu’il les avait recueillies lui-même à
Gisenyi auprès des cercles extrémistes qui étaient seuls à les détenir. En
poursuivant son raisonnement, «Golias» n’a plus qu’à poser la question :
«pourquoi le Père Theunis a-t-il tu cette information avant le génocide»?
Réponse du Père Blanc: «Je ne suis jamais allé à Gisenyi en 1994. C’est
un informateur qui nous a mis au courant. Il a rapporté ce qui se disait au
marché de Gisenyi, sur la place publique. Je n’ai pas tu cette information
avant le génocide. Notre informateur non plus. Plusieurs milieux ont été
avertis : milieux diplomatiques, responsables de la société civile, autorités religieuses, au Rwanda et à l’étranger.»
«Questions de fond»
Les accusations et insinuations de la revue «Golias» relèvent, pour le
Père Theunis, de «mensonges et calomnies». Loin de s’être tu avant le génocide, le Père Theunis a été l’éditeur responsable de deux «Rapports sur les
droits de l’homme au Rwanda». Or, ces deux rapports de 358 pages sont «les
plus complets sur toutes les exactions commises au Rwanda entre septembre
1991 et septembre 1992, octobre 1992 et octobre 1993, aussi bien par les
responsables gouvernementaux que par le Front Patriotique Rwandais.» Par sa
très large diffusion, le premier rapport a même «permis l’enquête internationale qui a révélé au monde ce qui se passait au Rwanda».
Le Père Theunis entend donc, à son tour, partager les «questions de
fond» qu’il se pose à propos de «Golias». Si cette revue, dit-il, «dénonçait de façon exacte et correcte, elle pourrait être utile». «Ce n’est malheureusement pas le cas», constate le religieux belge, qui déplore au contraire une «obsession de mélanger le vrai et le faux».
La revue française, «au lieu de chercher les véritables responsables du
génocide», ajoute l’ancien missionnaire, s’attaque à des personnes telles
que les abbés Gabriel Maindron et Wenceslas Munyeshyaka qui, «peut-être imparfaitement, ont fait ce qu’elles ont pu dans des circonstances particulièrement difficiles».
Enfin, avant de regretter que deux droits de réponses antérieurs n’ait
toujours pas été publiés par «Golias», le Père Theunis pose à sa rédaction
les questions suivantes : «Si vous avez enquêté récemment au Rwanda, pourquoi ne dénoncez-vous pas les nombreuses exactions actuelles, les massacres
qui s’y passent, les arrestations arbitraires, les autres atteintes aux
droits de l’homme? Ne vous rendez-vous pas compte que, par votre silence,
vous faites exactement ce que vous reprochez, à bon droit, à certains
d’avoir fait en 1993-1994?» (apic/cip/ba)



