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Paris: Georges Montaron évincé de «Témoignage Chrétien» (130596)

L’ancien directeur envisage de faire paraître une autre publication

Paris, 13mai(APIC) Georges Montaron, directeur de «Témoignage chrétien»,

hebdomadaire de gauche des catholiques français, a été évincé lundi dernier

de la direction de son journal. Les associés des Editions de Témoignage

Chrétien ont voté à l’unanimité le changement de structure légale de la société. L’entreprise est devenue une société anonyme avec un conseil de surveillance et un directoire. Georges Montaron, qui dirige TC depuis 48 ans,

n’a pas été élu au Conseil de surveillance.

Les tensions entre Georges Montaron, aujourd’hui âgé de 75 ans, et les

membres qui administrent ou rédigent TC chaque semaine ne datent pas de

hier. En octobre 1993 déjà une grève éclatait. C’était l’expression de revendications sociales, car le conflit, vieux de plusieurs mois, tournait

autour d’un plan de restructuration pour faire face aux difficultés économiques que connaissait TC.

Ce plan avait notamment provoqué le licenciement du rédacteur en chef

Roger Tréfeu, après 28 ans de service, de François Bellec, responsable de

la rubrique internationale, ainsi que de quatre employés de l’administration et de la promotion. A la suite de la mise à la porte de Roger Tréfeu,

le Père Albert Longchamp, jésuite, rédacteur en chef de l’»Echo Illustré

Magazine» à Genève et conseiller de la direction de TC, avait alors donné

sa démission en signe de protestation.

Dernièrement les associés de la société éditrice de TC ont fait pression

sur le directeur gérant pour modifier la structure légale de la société.

Cette fois, avec quelques réticences, Georges Montaron acceptera d’enclencher ces modifications.

Sept membres doivent faire partie du Conseil de surveillance, garant de

la ligne éditoriale et de la santé économique de l’entreprise. Lundi dernier huit candidats sont en lice, mais Georges Montaron, également candidatt, n’a pas été élu.

Réaction de Georges Montaron

Interrogé par Jean-Claude Noyé, correspondant parisien de l’APIC, Georges Montaron explique ainsi sa mise à l’écart. «Je préparais ma succession,

une succession sans rupture et envisageais d’être le président du Conseil

de surveillance. Ce qui m’avait été initialement proposé. A la dernière minute, je ne m’explique pas toujours pourquoi, la candidature de Pierre Luc

Séguillon, ex-rédacteur en chef de TC, a été proposée, afin de m’éliminer.

Ce qui a été fait démocratiquement. Se rendant compte que cette décision

avait créé un problème compliqué, un certain nombre d’associés, dont P.L.

Séguillon, cherchent à présent à maintenir le contact avec moi et me font

des propositions: je pourrais disposer d’un bureau dans les locaux de TC,

et signer encore des articles…

Pour moi, les associés ont profité de mon désir de passer la main pour

opérer des changements de politique éditoriale du journal. Ils n’osaient

pas le faire tant que je déclarais que je restais en place. Je ne veux cautionner cette nouvelle ligne d’autant plus que je n’ai aucune assurance sur

ce qu’elle sera et n’en connais pas les détails. Et je ne cautionne pas non

plus la nouvelle équipe. Bernard Ginisty, qui est nommé nouveau directeur

de la rédaction, n’est ni journaliste, ni chef d’entreprise. Je vois mal

comment il va pouvoir prendre les choses en mains. Du reste il ne souhaite

pas travailler avec moi.

Riposte en vue

Georges Montaron, manifestement, ne veut pas abdiquer. Il envisage une

riposte. «Je suis le plus gros actionnaire de la société éditrice de TC,

mais je ne dispose pas de minorité de blocage. Comme je ne suis pas homme à

rester les deux pieds dans mes pantoufles, je me pose très sérieusement la

question d’une nouvelle publication pour assurer la continuité d’une ligne

éditoriale très à gauche, non-papiste. Un hebdomadaire? Non, car l’affaire

serait trop coûteuse. En tous cas, j’envisage de lancer un appel sur mon

nom pour recueillir une partie des fonds nécessaires à cette nouvelle publication. Les lecteurs qui, après mon départ, vont se désabonner seront

d’après moi, de l’ordre de 20 à 25 %. Si je leur propose une publication

moins chère que TC où ils retrouveront sa ligne éditoriale, ces quelques

milliers de lecteurs seront à coup sûr partant».

Point de vue de la nouvelle équipe de «Témoignage Chrétien»

Dans la dernière édition du 10 mai de «Témoignage Chrétien», le Conseil

de surveillance signe un éditorial intitulé: «Un nouveau départ». Sans donner de détails sur l’éviction de Georges Montaron et voulant apparemment

éviter toute polémique, l’éditorial signale que les Associés de «Témoignage

Chrétien» ont décidé la transformation juridique de leur journal en société

anomyme. Le nouveau Conseil a élu Pierre Luc Séguillon à sa présidence et

Victor Magnin à sa vice-présidence. Il a nommé Bernard Ginisty président du

directoire, lui-même composé de Jean-Paul Ferrand, directeur administratif

et Michel Saillard, directeur de l’imprimerie».

L’éditorial précise encore que les associés ont pris l’ensemble de ces

décisions, après de longs mois de réflexion et de consultations afin d’assurer la pérennité de TC et garantir son avenir. Il leur est apparu en effet que le temps etait venu de donner un nouveau départ à ce journal créé

dans la clandestinité de la Résistance par le Père Chaillet, jésuite, développé à la Libération par le professeur André Mandouze et demeuré fidèle à

l’inspiration de ses fondateurs au cours des décennies suivantes, «grâce à

l’intelligence et au dévouement de Georges Montaron».

Le nouveau Conseil de surveillance donne encore quelques précisions sur

le curriculum vitae et la tâche confiée à Bernard Ginisty. «Ce dernier aura

pour tâche de poursuivre, d’actualiser et de réinventer cette oeuvre de

presse. Bernard Ginisty est philosophe de formation. Il a une longue expérience de gestionnaire. Homme engagé, vice-président du Conseil chrétien de

solidarité avec les chômeurs, il a exercé d’importantes fonctions dans la

formation des travailleurs». (apic/jcn/tc/ba)

13 mai 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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