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APIC – Interview
Mgr Glemp devant les journalistes de l’information religieuse à Paris
Les maux actuels de la Pologne? (251196)
Pire que sous le régime communiste, estime le primat de Pologne
Paris, 25novembre (APIC) Le cardinal Josef Glemp, archevêque de Varsovie,
a présenté à Paris son livre «Les chemins des pèlerins», un recueil d’homélies et d’allocutions. Le primat de Pologne a répondu aux questions des
journalistes de l’Association des journalistes de l’information religieuses
(AJIR). Et notamment sur la situation de son pays après le communisme…
Pire ou meilleure?
Mgr Glemp: A bien des égards, les maux actuels de la Pologne sont plus
grands que ceux de la période communiste, car il y a comme une synergie du
malaise occidental et des maux de l’Est. La fin du communisme a été reçue
comme un grand don auquel nous n’avions pas été préprarés.
Quelles sont les priorités pour l’Eglise catholique en Pologne?
Mgr Glemp: La famille, la jeunesse – exposée aux dangers de l’alcoolisme et
de la drogue -, et les pauvres. Car le nombre de pauvres est toujours plus
grand dans les grandes villes. Nous avons un taux de chômage de 15%. Il
devrait être possible de le faire baisser cette année à 13%.
L’enseignement du catéchisme pose-t-il problème aujourd’hui?
Mgr Glemp: Jusqu’en 1989, il était enseigné dans un cadre paroissial.
Suite à un accord avec l’Etat, il est à nouveau enseigné dans les écoles,
comme ce fut le cas pendant la guerre, sans être obligatoire. Les enfants
des diverses confessions peuvent aussi avoir leur propre formation religieuse à l’école. Le catéchisme est enseigné par plus de 10’000 religieuses
et laïcs rémunérés, et à titre gratuit par quelques milliers de prêtres,
qui seront eux aussi bientôt payés conformément à la Constitution. Nous
avons reçu des promesses dans ce sens.
Un mot sur les relations entre le pouvoir politique et l’Eglise…
Mgr Glemp: Elles étaient bienveillantes lorsque Walesa était au pouvoir.
Elles se sont depuis beaucoup refroidies. Le seul sujet que nous avons actuellement est celui de la visite du pape, plus quelques conversations secondaires. les propositions de l’Eglise ne sont pas prises en compte par
l’Etat.
Comme d’autres pays de l’Est, la Pologne connaît-elle l’invasion d’Eglises
protestantes d’origine nord-américaine?
Mgr Glemp: Ce sont surtout des sectes d’origine orientale qui prolifèrent.
Elles ont un programme facile mais tiennent leurs adeptes avec une discipline de fer… Contre cela, nous n’avons pas d’autres moyens pratiques que
de mettre en garde les jeunes par nos journaux catholiques.
Et la loi sur l’avortement?
Mgr Glemp: Le président de la République a signé le nouveau texte de loi.
Cela ne nous étonne pas, car il s’était engagé à le faire. On a eu l’impression, à une période, qu’il hésitait. C’était une hésitation tactique,
pour donner le change au plus fort de la vague de contestation: 3 millions
de lettres de protestations et une manifestations avec 50’000 personnes à
Varsovie.
On peut s’interroger sur les arguments de ceux qui sont en faveur de
cette loi. On nous reproche de politiser cette affaire. L’Eglise ne s’intéresse pas à la dimension politique mais veut tout simplement défendre une
attitude positive face à la vie humaine. L’argument selon lequel d’autres
pays européens ont déjà libéralisé l’avortement ne nous intéresse pas.
Quant à dire que la femme a le droit de disposer librement de son corps et
de décider du devenir de son enfant, cela nous paraît erroné, car elle n’a
pas la propriété exclusive: c’est un autre organisme qui vit dans le sien.
Décider d’avorter, c’est prononcer un verdict de mort de son enfant. Et
tous les travailleurs médicaux et sociaux qui s’y associent disent oui à ce
verdict de mort.
Des organisations et des associations s’activent pour la défense des enfants morts-nés. Ils se sont fédérés. Des hôpitaux assurent qu’ils ne pratiqueront pas l’avortement. La loi entre en vigueur en janvier 1997. Mais
après les prochaines élections législatives, elle pourrait à nouveau être
modifiée.
On vous reproche la non élection de Walesa pour avoir ouvertement pris son
parti en appelant les fidèles à voter pour lui… L’Eglise polonaise a-telle vraiment pris acte de sa perte d’influence dans la société?
Mgr Glemp: Nous ne regrettons pas notre soutien à Walesa, car il était
vraiment le seul homme à même de faire sortir le pays de l’héritage communiste. Nous ne craignons pas une perte d’influence, car l’Eglise n’a pas
d’ambition politique et sociale. Nous avons juste à la servir en proclamant
la vérité et en créant des actes de miséricorde. Cela nous suffit pleinement…
…La question portait sur la dernière élection présidentielle
Mgr Glemp: Ces élections ont bel et bien été perdues, nous le reconnaissons
et nous n’avons pas contesté la régularité du scrutin. Cette victoire des
communistes est un événement historiquement important. L’affaire est complexe. Il a été difficile d’entrer en débat, notamment par suite de problèmes avec les médias dans la façon de présenter les discours de Walesa. Ces
difficultés vont permettrent à l’Eglise de se renforcer, comme ce fut le
cas pendant l’époque communiste… (apic/jcn/pr)



