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apic/Guatemala/Rôle des Eglises/Négociations de paix/Elections
Guatémala:A la veille de l’ouverture de la campagne électorale (090495)
Les Eglises au coeur de la médiation entre guérilla et gouvernement
Berne, 9avril(APIC/Sergio Ferrari/ENI) A quelques semaines de l’ouverture
de la campagne électorale en vue des élections de novembre prochain au Guatémala, alors que le processus de dialogue entre le gouvernement et la guérilla se trouve dans une dangereuse impasse, l’opposition armée guatémaltèque souligne une nouvelle fois le rôle important joué par les Eglises dans
la recherche d’une solution pacifique au conflit sanglant qui déchire le
pays depuis des années.
Jorge Rosal, représentant de l’Union révolutionnaire nationale du Guatémala (URNG) pour l’Europe, a souligné, lors d’une visite en Suisse, l’importance décisive de la médiation des différentes Eglises durant les sept
ans et demi de ce long processus de négociations.
La première réunion avec le gouvernement s’est tenue à Madrid en 1987,
et elle n’a duré que 24 heures. L’armée a décidé unilatéralement d’y mettre
fin. «Après cet échec, nous avons pris de nombreuses initiatives, sur les
plans national et international, pour relancer la négociation. Grâce aux
bons offices d’une délégation de la Fédération luthérienne mondiale et du
Vatican, le gouvernement de Vinicio Cerezo a pu être convaincu de reprendre
les négociations.»
Cette meilleure atmosphère politique a conduit à la signature, en mars
1990, d’un premier accord à Oslo, capitale de la Norvège. Depuis, la guérilla a tenu des rencontres bilatérales avec des représentants des différents secteurs de la société civile. Dans ce cadre, explique Jorge Rosal,
qui a participé à diverses étapes de la négociation, la guérilla a rencontré des représentants des milieux religieux, à savoir de l’Eglise catholique, des Eglises protestantes historiques et de la communauté juive.
En mai 1993, il y a eu l’»auto-coup d’Etat» tenté par le président Jorge
Serrano et le remplacement ultérieur de celui-ci par l’actuel président Ramiro de Leon Carpio. Nous avons tenté, poursuit J. Rosal, de donner une
nouvelle impulsion à la négociation, mais le gouvernement a commencé par
faire une proposition de non-entrée en matière. Et la négociation s’est
alors enlisée. A ce moment, souligne-t-il, à nouveau les Eglises ont joué
un rôle très important. En novembre 1993, la Fédération luthérienne mondiale, le Conseil oecuménique des Eglises, le Conseil des Eglises d’Amérique
latine, et le Conseil des Eglises des Etats-Unis ont pris l’initiative
d’une consultation oecuménique à Washington.
Cette rencontre s’est révélée très heureuse pour l’URNG, estime J. Rosal. Les Eglises participantes ont fait une grande campagne et exercé des
pressions sur le gouvernement des Etats-Unis et, pour la première fois, les
dirigeants de l’URNG ont pu obtenir un visa pour se rendre aux Nations
Unies à New York. Pour la première fois, également, les représentants de
l’URNG ont eu la possibilité d’expliquer au Capitole de Washington, devant
le Sénat et la Chambre des représentants, quels étaient les objectifs de
leur lutte et pourquoi ils négocient.
Participation de la société civile aux négociations
La conséquence de ces pressions internationales a été la signature d’un
nouvel accord important, le 10 janvier 1994, qui comprenait deux pointsclés: le contrôle international du processus de paix et «la participation
de la société civile aux négociations». Ce point, rappelle le dirigeant de
l’URNG, avait été rejeté durant trois ans par les autorités.
Depuis lors, un intense processus de participation populaire s’est mis
en marche, reflété par la création de l’»Assemblée de la société civile».
Celle-ci a été présidée jusqu’au 31 janvier de cette année, date à laquelle
il a démissionné à la demande de la Conférence épiscopale, par Mgr Rodolfo
Quezada Toruno, évêque de Zacapa et Santo Cristo de Esquipulas, qui avait
été auparavant membre de la Commission de médiation entre la guérilla et le
gouvernement. Malgré tout, l’Eglise catholique, relativement puissante au
Guatémala, reste vigilante. Début février, l’archevêque de Ciudad de Guatemala, Mgr Prospero Penados de Barrio, a vivement critiqué le gouvernement, en rendant l’Etat responsable de la grave situation des droits de
l’homme et de l’impunité régnante.
Selon les commentateurs, un accord de paix définitif pourrait être conclu par les différentes parties ces prochains mois. Toutefois, il reste à
résoudre des thèmes épineux: la question des autochtones descendants des
Mayas – ils forment la majorité de la population tout en étant marginalisés
-, les réformes de la Constitution, le cessez-le-feu et les problèmes socio-économiques. En même temps, la campagne électorale en vue des élections
de novembre 1995 constitue élément politique important. Bien que plus de
sept ans et demi se soient écoulés depuis le début des négociations, «le
processus est positif», résume J. Rosal.
Quelques jours après ses déclarations, un programme de la radio clandestine «Voz Popular», qui émet au Guatemala, rendait compte de l’intérêt de
la guérilla à participer à ces élections «dans le cadre d’un large front
démocratique qui réunisse toutes les forces sociales et politiques désireuses de parvenir à un changement profond qui permette de jeter les bases
d’une démocratie véritable». (apic/eni/be)




