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Guatémala: le pays toujours secoué par la violence (280295)
Les Eglises s’engagent pour tenter de mettre
un terme à un conflit vieux de plus de 30 ans
Guatémala-Ville, 28février(APIC) A l’instar de nombre de pays d’Amérique
centrale, le Guatémala est secoué par la violence. Déchiré qu’il est par un
conflit qui dure depuis plus de 30 ans. Selon l’Institut de médecine légale
de ce pays, situé au pied du Mexique, 1’993 personnes ont été victimes de
la violence généralisée entre janvier et octobre de l’an dernier.
Les principaux organismes internationaux des droits de l’homme – Amnesty
International et Americas Watch – considèrent cette violence comme l’une
des réalités les plus graves d’Amérique latine. Ses effets augmentent en
raison du maintien de l’impunité officielle.
Selon Mario Loarca, psychologue, enseignant à l’Université du Guatémala
de passage en Suisse à l’invitation de la coordination oecuménique «Mission
et développement» et du «Réseau Guatémala», la violence n’a pas même été
freinée par l’arrivée d’une mission spéciale. Depuis le 21 novembre 1994,
220 observateurs de la Mission des Nations Unies au Guatemala (MINUGUA)
tentent de contribuer, par un programme décentralisé de 13 bureaux dans
tout le pays, à une amélioration qui, pour le moment, n’a guère porté ses
fruits.
La violation continuelle des droits de l’homme est un thème crucial. Il
n’est cependant pas le seul. La guerre commencée il y a plusieurs décennies
ne trouve pas d’issue et le dialogue entre le gouvernement et la guérilla
progresse très lentement, souligne le psychologue dans un entretien accordé
à ENI. Dans ce contexte si tendu, le travail de certains secteurs religieux
est fondamental. Et l’enseignant guatémaltèque de citer celui, important,
accompli par Mgr Rodolfo Quezada Toruno, évêque du diocèse de Zacapa y Santo Cristo de Esquipulas, dont la tâche actuelle consiste à coordonner l’Assemblée nationale des secteurs sociaux – entité rassemblant des mouvements
syndicaux, populaires et religieux qui exigent une solution politique.
Le rôle des Eglises
Auparavant, Mgr Quezada avait rempli le rôle de médiateur officiel entre
le gouvernement et l’URNG (Union révolutionnaire nationale du Guatemala) en
proposant certains accords, par exemple au niveau des droits de l’homme,
des questions éthiques et des mécanismes, en vue de promouvoir la démocratisation du pays.
Les Eglises jouent un rôle important dans la recherche de solutions. Et
les secteurs protestants ne sont pas en reste. Avec leur participation aux
travaux de l’Assemblée de la société civile et du Mouvement Maya, une instance de coordination des différents groupes ethniques du pays avec la collaboration des Eglises, «les secteurs réformés jouent un rôle moral important au sein de la société guatémaltèque», assure M. Loarca, pour qui il
est fondamental d’établir une distinction entre «secte» et Eglise évangélique.
Une distinction pas toujours facile à faire comprendre au citoyen moyen,
dit-il. L’appartenance de l’ex-dictateur Efrain Rios Montt à l’une de ces
sectes ne facilite pas la clarification. «Il est appuyé non seulement par
des protestants, mais aussi par des catholiques – l’Eglise catholique est
la plus importante du pays – et des non-religieux».
Les électeurs de Rios Montt, poursuit M. Loarca, voient en celui-ci une
sorte de «Père Fouettard», au caractère autoritaire, défenseur de l’ordre
étatique et de l’unité familiale. «C’est un typique caudillo conservateur
qui se sert d’un discours populiste pour dire aux gens ce qu’ils veulent
entendre».
Lors des dernières élections législatives, le Front républicain guatémaltèque, dirigé par Rios Montt, a obtenu la majorité au Parlement (32 sièges sur 80) et est devenu la première force nationale. Néanmoins, l’abstentionnisme a été massif, atteignant 79% de l’électorat. Seuls 6% des
3’400’000 électeurs inscrits ont voté pour l’ancien dictateur.
Une participation de tous les secteurs
Pour parvenir à la solution politique idéale, il n’y a pas de miracles.
«Il faudrait lever toutes les interdictions constitutionnelles excluant
ceux qui veulent participer à la vie politique, accélérer le dialogue entre
le gouvernement et l’URNG et promouvoir l’intégration de la guérilla à la
vie politique légale».
Certaines rumeurs laissent entendre que Mgr Quezada envisage de renoncer
au rôle de médiateur entre la table de négociations et l’Assemblée nationale des secteurs sociaux. Pour Mario Loarca, «ce serait un coup dur pour la
crédibilité du processus de pacification. On a parlé de cette possibilité
et si celle-ci se concrétisait, elle pourrait provoquer une grave crise…
La valeur éthique et morale du médiateur est fondamentale et l’on ne peut
se passer de la participation active de toutes les Eglises pour rétablir la
paix au Guatemala». (apic/eni/pr)




