Le texte contient 110 lignes (max. 75 signes), 1214 mots et 7826 signes.

apic/Guatemala/visite du pape/le pape n’a pas eu de malaise/

Guatemala:La visite de Jean-Paul II à Esquipulas abrégée (070296)

Démenti officiel du Vatican:le pape n’a pas eu de malaise

De notre envoyé spécial Jean-Marie Guénois

Guatemala Ciudad, 7février(APIC) Contrairement aux rumeurs diffusées par

certains médias, Jean-Paul II n’a pas eu de malaise mardi à Esquipulas, au

Guatemala, alors qu’il entamait la deuxième journée de sa visite en Amérique centrale. Ce sont les conditions météorologiques qui ont imposé son retour précipité dans la capitale, trois heures plus tôt que prévu.

En matinée, sous un puissant vent du nord, Jean- Paul II s’embarquait

dans un hélicoptère pour Esquipulas, une ville de 21.000 habitants située à

220 km à l’Est de la capitale, Guatemala Ciudad. Là, il devait dire une

messe dans la «Vallée de Marie»; l’après-midi, il devait vénérer le «Christ

Noir», sculpté en bois il y a tout juste quatre siècles, but d’un pèlerinage qui attire chaque année un million de fidèles.

Le mauvais temps empêche l’atterrissage des avions

Esquipulas, ancienne capitale Maya située à 950 mètres d’altitude, se

trouve au centre d’une véritable couronne de montagnes qui retenaient mardi

matin, des nuages impénétrables. L’hélicoptère du pape a pu se frayer un

passage, mais les deux avions de la suite du pape, remplis de journalistes

et d’évêques, ont tourné plus d’une heure sans pouvoir finalement se poser

sur le petit aéroport non équipé pour des atterrissages sans visibilité.

La rumeur

Attendu dans un enthousiasme qui ne se dément pas, mais avec moins de

monde que prévu en raison d’un froid glacial et inhabituel pour la saison,

le pape a célébré la messe comme prévu. Mais, sitôt rentré dans la sacristie, l’autorité aéronautique du Guatemala lui envoyait un message lui conseillant d’abréger la visite, la météo se dégradant d’heure en heure.

Le pape s’est tout de même rendu pour une courte visite dans la basilique de la ville où se trouve la statue du «Christ noir». Le départ précipité de Jean Paul II suscita la curiosité des quelques journalistes présents

à Esquipulas. Un prêtre interrogé dans la sacristie improvisée dans la

«Vallée de Marie» a cru pouvoir dire que le pape avait dû se sentir mal.

Information non vérifiée, aussitôt diffusée dans le monde entier, mais

formellement démentie par le porte-parole du Saint-Siège, Joaquin Navarro

Valls, qui a qualifié la diffusion de cette information «d’irresponsable».

Selon J. Navarro Valls, l’état de santé du pape est «excellent».

Le doute fut complètement dissipé en fin de soirée, quand, à une heure

du matin, heure européenne, Jean-Paul II entamait au Champs de Mars de la

capitale, devant une foule estimée à cent mille personnes, une veillée de

prière réservée aux catéchistes de ce pays et qui s’est terminée par le

couronnement d’une statue de la Vierge de l’Assomption. Debout pendant

presque toute la cérémonie et luttant contre le vent très froid de la nuit,

Jean-Paul II n’a pas montré d’importants signes de fatigue.

En arrivant derrière le podium, il refusa même d’utiliser l’ascenseur

prévu pour emprunter les escaliers, au grand dam d’un service d’ordre décidément débordé face à une foule passionnée et très entreprenante.

Les accords d’Esquipulas

La méditation spirituelle a été au centre des discours de Jean-Paul II

en ce deuxième jour de visite. Le matin à Esquipulas, le pays du «Christ

noir», le pape a concentré son homélie sur le thème de la passion du

Christ, en renouvelant publiquement la profession de foi du successeur de

Pierre et en encourageant les fidèles «à proclamer à la face du monde la

force de la croix». Sur un plan plus politique, le pape a espéré que «les

accords d’Esquipulas», signés en 1986, dans la basilique même d’Esquipulas

et qui sont «à l’origine du processus de pacification de cette zone, avec

des fruits positifs au Salvador et au Nicaragua», puissent déboucher «dans

un futur proche» sur «un accord de paix définitif au Guatemala».

Le nouveau président Alvaro Arzu Irigoyen s’est engagé à ce que les accords de paix avec la guérilla issue de minorités indiennes le soient rapidement. Selon plusieurs sources, ils pourraient l’être en août prochain,

l’un des chapitres les plus délicats – la question de l’autonomie et le

statut des minorités indiennes – ayant enfin été conclu.

L’évêque d’Esquipulas, Mgr Rodolfo Toruno Quezada, a joué un rôle décisif dans ces accords, par son action de conciliateur officiel entre le gouvernement et l’UNRG (l’Union Nationale Révolutionnaire Guatemaltèque), même

s’il a dû récemment renoncer à la présidence de la Commission Nationale de

Réconciliation sous la pression de ses confrères évêques, qui n’entendent

pas que l’Eglise se mêle à ce point de politique.

Hommage aux martyrs

«Réconciliation», un mot qui figure dans tous les titres de la presse

locale à propos de la visite, et que Jean-Paul II a lui-même repris dans un

discours adressé aux catéchistes et à l’Eglise locale, le soir à Guatemala

Ciudad: «Il est urgent, à la veille du troisième millénaire, d’annoncer à

tous les hommes que Jésus est le Rédempteur qui a rendu possible la transformation du monde en offrant le pardon infini de Dieu. Ainsi, une nouvelle

époque commence, où l’inimitié doit être vaincue par la fraternité et où

les rivalités, les rancoeurs, les guerres doivent céder le pas à la solidarité chrétienne, au pardon personnel et à la paix.»

S’adressant plus directement aux catéchistes, le pape a surtout voulu

rendre un hommage appuyé à ceux d’entre eux «qui ont risqué leur propre vie

ou l’ont offerte pour l’Evangile», rendant cette terre «féconde» pour

l’Eglise. L’Eglise du Guatemala, associée à la «Comision para la Recuperacion de la Memoria Historica», est d’ailleurs en train de mettre une dernière main à la liste des prêtres, catéchistes et simples fidèles qui ont

payé de leur vie une fidélité à l’Evangile pendant les années de dictature

militaire et d’oppression.

Un message aux évêques

Enfin, le pape a insisté sur la «nécessaire poursuite de l’évangélisation», en indiquant clairement aux évêques qu’ils doivent accorder leur attention pastorale aux indigènes et aux paysans, qui sont «souvent les plus

touchés par la prolifération des sectes et des nouveaux groupes religieux,

ce qui génère des confusions et des incertitudes chez les catholiques».

Le pape a martelé:»Je vous recommande vivement d’aider ceux qui ont

abandonné la foi catholique ou qui courent le risque de l’abandonner, afin

qu’ils puissent réintégrer bien vite la communauté chrétienne dans laquelle

ils sont nés et où ils ont été éduqués comme chrétiens». On s’accorde ici à

penser qu’entre un tiers et un quart de la population est au mains de sectes religieuses. (apic/jmg/be)

Encadré

Cuba:L’amertume du cardinal

En marge de cette visite, une déclaration n’est pas passée inaperçue, celle

du cardinal Jaime Lucas Ortega y Alamino, archevêque de La Havane (Cuba),

qui n’a pu cacher son amertume de ne pas voir le pape venir sur l’île à

l’occasion de cette tournée en Amérique centrale. Le cardinal accuse le

gouvernement de n’avoir jamais invité formellement le pape, condition essentielle pour que le pape puisse se rendre dans un pays. «Le président Fidel Castro a dit que la visite du pape n’était pas à l’ordre du jour parce

que le climat de ses relations avec la hiérarchie de l’Eglise ne le permettait pas, mais c’est une explication officielle. En fait, seule un invitation générique a été formulée, mais sans jamais préciser de date», a affirmé le cardinal Ortega. (apic/jmg/be)

7 février 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!