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Honduras: Les évêques créent la surprise
en réclamant la vérité sur les disparitions
Revirement spectaculaire salué (180396)
Tegucigalpa, 18mars(APIC) L’Eglise catholique du Honduras a créé la surprise en retirant son appui aux militaires impliqués dans les violations
des droits de l’homme dans les années 80. Après avoir publié le 19 janvier
une note invitant à la réconciliation, les évêques viennent en effet d’inviter les responsables des disparitions à «dire la vérité». Ce revirement
constitue un sérieux revers pour l’archevêque de Tegucigalpa, estime-t-on
dans les milieux de l’Eglise.
Alors que les groupes des droits de l’homme avaient réclamé la vérité et
la justice comme conditions préalables à la réconciliation, l’attitude des
évêques, qui demandaient l’amnistie pour dix officiers tortionnaires, avait
surpris et inquiété de nombreux Honduriens. Dans une note publiée le 19
janvier, l’épiscopat avait encore invité à rechercher des signes concrets
de réconciliation entre le gouvernement, les forces armées et les familles
de disparus.
Pour parvenir à cette réconciliation, les évêques préconisaient trois
étapes: révéler où se trouvent les restes de 186 disparus victimes des forces de sécurité dans les années 80; établir devant les tribunaux les responsabilités des auteurs de ces crimes; enfin, déclarer une amnistie générale, sans pour autant faire silence sur ces responsabilités des forces de
sécurité dans les exactions des décennies passées.
«Au nom de Dieu, nous demandons à ceux qui ont orchestré les disparitions de se repentir de leurs péchés, et aux familles de disparus de pardonner à ceux qui les ont offensés», écrivent-ils dans un nouveau communiqué, qui n’a pas manqué de créer la surprise dans les différentes sphères
de la société hondurienne.
Selon certains ecclésiastiques locaux, ce changement de position des
évêques est un sérieux revers pour l’archevêque de Tegucigalpa, Mgr Oscar
Andres Rodriguez, la plus haute autorité religieuse catholique, qui reste
favorable à une attitude conciliante à l’égard de l’armée. Ce dernier, qui
est par ailleurs le président du CELAM (Conseil épiscopal latino-américain), n’est donc pas parvenu à convaincre ses confrères, soulignent les
observateurs.
«Cela ne manque pas de me surprendre, mais c’est hautement positif»,
commente Milton Jimenez, un avocat qui défend les victimes des violations
des droits de l’homme et qui a lui-même été victime de tortures. «Si les
évêques parlent bien de réconciliation, ils sont conscients que les responsables des crimes doivent préalablement accepter leurs fautes, révéler
les endroits où se trouvent les restent des victimes et s’en remettre à la
justice». Pour M. Jimenez, les militaires risquent d’être plus isolés, en
tout cas «avec un allié de moins».
«La réconciliation prônée par l’Eglise catholique sera vraiment effective le jour où les militaires commenceront à dire la vérité afin de faire
progresser la justice», commente de son côté Ramon Custodio, président du
Comité de défense des droits de l’homme.
Quelques jours avant la publication du dernier communiqué épiscopal, la
Haute Cour de Justice avait, dans une décision jugée «historique», annulé
la sentence d’un tribunal d’appel qui, suite à une amnistie décrétée par le
gouvernement il y a cinq ans, exonérait de jugement les militaires. (apiccip/pr)



