Inde: l’armée oblige les aborigènes à quitter leur territoire (070194)
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L’espoir réside dans la création d’un nouvel Etat indien
Ranchi, 7janvier(APIC) Plus de 15’000 aborigènes de la région de Chotanagpur, dans l’Etat de Bihar, en Inde, risquent d’être contraints d’abandonner leur lieu traditionnel de vie et de culture, parce que l’armée indienne a décidé d’agrandir une zone de tir et d’exercice de cette région.
Face aux nombreuses menaces de ce genre et aux abus dont ils sont victimes,
les quelque 16 millions d’aborigènes de l’est de l’Inde mettent leur espoir
dans la création d’un nouvel Etat: le Jarkhand. Ils comptent sur l’appui de
l’Eglise catholique, l’organisation la plus importante de la région. Qui
pour l’instant reste très prudente.
Selon le Père jésuite Walter Fernandes, l’extension de la zone de tir de
Chotanagpur menace de provoquer le départ de milliers d’indigènes et met en
danger la vie de centaines d’entre eux. Les personnes déplacées ne reçoivent qu’une compensation minime, parfois même pas du tout. Les aborigènes,
souvent analphabètes, n’ont guère les moyens de se défendre contre les déplacements intempestifs «car la mafia des bureaucrates et des politiciens
prend bien soin de les laisser dans l’ignorance de ce qui se prépare», soulignent les jésuites de Ranchi, décidés à mobiliser les populations, catholiques dans une proportion de 25 à 30%.
Les aborigènes souffrent aussi des destructions causées sur leurs terres
traditionnelles par la déforestation, l’exploitation minière, les barrages
et les autres industries. L’Eglise, présente depuis 150 ans dans la région,
«doit mobiliser les populations et s’unir aux gens dans leur lutte pour
leur survie», estime une religieuse.
Les aborigènes de l’est de l’Inde voient leur espoir dans la création de
l’Etat du Jarkhand qui les regrouperaient. Ce nouvel Etat comprendrait un
territoire de 187’600 km2 et compterait quelques 40 millions d’habitants
dont 40% d’aborigènes. 1,3 million des aborigènes sont chrétiens dont la
moitié est catholique. «Les hommes politiques utilisent le mouvement populaire en faveur d’un nouvel Etat pour renforcer leur pouvoir, mais pendant
ce temps les aborigènes continuent de vivre dans la plus abjecte pauvreté
et d’être exploités par les «dikhus» ou gens de l’extérieur», dénonce le
Père José Kalapura, professeur d’histoire à l’Université Nehru de Dehli.
Ces «dikhus» sont arrivés il y a quelque deux cents ans dans la région, occupant les terres des aborigènes ils les ont réduit en esclavage. Et malgré
l’indépendance de l’Inde en 1947, la situation n’a guère changé.
Face à l’idée du Jarkhand, l’Eglise catholique reste très prudente. Probablement à cause de la pression de l’extrême droite indienne, mais aussi
parce qu’elle a conscience que les aborigènes n’ont pas de dirigeants capables de gérer un Etat. Installée depuis 150 ans au Bihar, l’Eglise soigne
les aborigènes, les instruit, leur donne du travail, mais elle n’a formé
qu’un nombre très restreint de chefs politiques de la communauté. De plus
les indigènes restent divisés en ethnies et en clans. On compte pas moins
de 52 organisations politiques différentes. Selon les observateurs, rien ne
pourra être fait si l’Elise n’encourage pas les laïcs à participer à la vie
politique. (apic/eda/mp)



