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apic/Indonésie/Droits de l’homme violés

Indonésie: Violation des droits de l’homme (260994)

Amnesty International dénonce 30 ans d’impunité

Indonésie, 26septembre(APIC) Depuis trente ans, les défenseurs des droits

de l’homme et les syndicalistes en Indonésie et au Timor oriental sont

systématiquement la cible du gouvernement indonésien, dénonce Amnesty

International dans un rapport présenté à Bangkok. L’organisation lance une

campagne mondiale afin que la communauté internationale cesse de tolérer

les violations des droits de l’homme dans l’archipel.

L’organisation mondiale de défense des droits de l’homme affirme que le

recours à la manière forte, qui avait servi à écraser le communisme, le 1er

octobre 1965, sert désormais à réprimer de nouvelles formes de dissidence.

Selon Pierre Sané, secrétaire général d’Amnesty International, il est

scandaleux que la communauté internationale, qui semble ne voir l’Indonésie

qu’en termes de marché économique et d’atout stratégique, n’ait pas réagi

pendant longtemps.»

Les brochures touristiques sur l’Indonésie donnent l’image d’un pays

peuplé de gens heureux évoluant dans un cadre idyllique. Les institutions

financières la représentent comme une puissance économique en devenir.

Pourtant, dans son rapport intitulé: «Indonésie et Timor oriental: Près de

trente ans d’impunité», Amnesty International décrit une autre réalité,

celle d’un pays gouverné d’une main de fer, où toute forme de dissidence

est punie par la torture, l’emprisonnement et la mort. Des milliers de gens

ont été incarcérés à l’issue de parodies de procès, tout cela au nom du

maintien de l’ordre et de la stabilité.

Ces dernières années, la politique agressive de développement économique

a entraîné l’interdiction des syndicats libres et des déplacements de

paysans pour permettre la construction de centrales hydroélectriques, la

réalisation de projets immobiliers ou l’aménagement de terrains de golf.

Cette situation a provoqué la montée de l’agitation ouvrière ainsi que

celle de l’opposition dans les campagnes. Face à cette contestation, le

gouvernement a recours au harcèlement délibéré, à l’emprisonnement

arbitraire, à la torture et aux meurtres.

Depuis 1989, l’ouverture politique tant vantée par le gouvernement

indonésien a incité les journalistes, les étudiants et les militants

politiques à réclamer une plus grande liberté et le respect des droits de

l’homme. Mesures d’interdiction, emprisonnements ou «disparitions» ont été

la réponse du gouvernement. En 1991 le général Hariyoto, ancien commandant

militaire du Java central, déclarait: «Nous sommes pour l’ouverture, mais

l’ouverture a bien entendu des limites. Si elle va au-delà du système que

nous avons mis en place, elle n’est plus permise.»

Des violations graves même dans des régions stables

Certaines des violations les plus graves, notamment des massacres, ont

été perpétrées ces dernières années au Timor oriental, ainsi que dans

d’autres régions où le régime est confronté à une opposition armée, comme

l’Aceh ou l’Irian Jaya. Des violations systématiques sont toutefois

commises dans tout le pays, même dans les régions généralement présentées

comme étant stables et paisibles telles que Java et Bali. Le gouvernement

tente de minimiser la gravité de ces violations en les présentant comme des

faits isolés ou comme étant l’oeuvre de soldats indisciplinés. Elles sont

en fait le produit d’un réseau d’institutions, de dispositions

réglementaires et d’une politique sur lesquels se fonde le gouvernement

pour contrer tout mouvement perçu comme menaçant la stabilité et l’ordre,

selon les dires d’Amnesty International.

Face aux critiques, le gouvernement a pris ces dernières années quelques

mesures. Une Comission nationale des droits de l’homme a notamment été mise

en place. Rien n’a cependant été fait pour attaquer le mal à la racine.

Bien que l’Indonésie soit membre de la Commission des droits de l’homme des

Nations Unies depuis 1991, elle n’a adhéré à ce jour à aucun des grands

traîtés internationaux relatifs aux droits fondamentaux.

Le pouvoir en place a largement échappé, jusqu’à une date récente, à la

réprobation de la communauté internationale à propos de la situation des

droits de l’homme. Acceptant sans réagir les arguments sur les «valeurs

asiatiques» et le «développement», de nombreux gouvernements ont continué à

fournir à l’Indonésie une aide économique et militaire importante ainsi

qu’un solide soutien politique tout en fermant les yeux sur les violations

flagrantes et systématiques des droits de l’homme. (apic/com/eb)

26 septembre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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