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apic/Indonésie/ incendies d’églises/ inquiétude des chrétiens

Indonésie: La multiplication des incendies d’églises (201096)

sème l’inquiétude parmi les communautés chrétiennes

L’oeuvre de musulmans extrémistes?

Genève, 20octobre (APIC) Une organisation chrétienne de Jakarta – qui souhaite garder l’anonymat – appelle les Eglises et les chrétiens du monde entier à exercer des pressions sur le gouvernement indonésien pour qu’il assure la protection des chrétiens après une série de violents incidents et

l’incendie de plusieurs églises. Cet appel vient de parvenir au Conseil oecuménique des Eglises à Genève (COE).

Cet appel au secours fait suite à une explosion de violence survenue le

10 octobre à Java-Est. Ce jour-là, 20 églises catholiques et protestantes

ont été incendiées ou saccagées dans six villes. A Situbondo, à 750 kilomètres à l’est de Jakarta, 4’000 musulmans engagés dans une émeute ont mis le

feu à sept églises. Dans l’une de celles-ci, un pasteur pentecôtiste, son

épouse, sa fille, sa nièce et un collaborateur de l’Eglise ont péri dans

les flammes.

Le journal «Jakarta Post» a rapporté qu’en plus des 20 églises, cinq

écoles catholiques à Java-Est, un orphelinat chrétien et plusieurs véhicules ont été incendiés avant l’intervention des forces de sécurité. Quarante

personnes ont été arrêtées.

Au moins 200 églises ont été incendiées ou saccagées en Indonésie durant

ces cinq dernières années. Pour les responsables des Eglises, le fait que

la violence ait explosé simultanément le 10 octobre, en plusieurs endroits

différents, laisse à penser que ces actes de violence aient été orchestrés

par un même groupe extrémiste.

Une décision judiciaire à l’origine des incendies?

Les observateurs locaux estiment en outre que c’est une décision du tribunal à l’encontre de Soleh, chef d’un groupe musulman, qui a déclenché

l’émeute du 10 octobre. Celui-ci, traduit en justice pour insulte à l’islam, a été condamné à cinq ans d’emprisonnement, mais de nombreux musulmans

avaient réclamé la peine de mort. La foule présente, irritée par la sentence, a mis le feu au palais de justice et à une église voisine. Quelqu’un

pourrait avoir tiré parti de l’incident pour déchainer la foule contre des

églises.

Des incidents similaires ont eu lieu en d’autres endroits ces derniers

mois. En septembre, près de Jakarta, une église catholique a été incendiée.

En juin, 10 églises de Surabaya, capitale de Java-Est, ont été saccagées ou

brûlées. Dans certains cas, des chrétiens ont été traînés hors des églises

pendant le culte.

Réaction du cardinal Darmaatmadja

Le cardinal Julius Riyadi Darmaatmadja, archevêque de Semarang, et président de la Conférence épiscopale d’Indonésie, s’est aussi exprimé dans le

journal «Jakarta Post» sur ces événements qui sèment l’inquiétude parmi les

chrétiens: «Les forces de sécurité n’auraient-elles pas dû intervenir plus

tôt pour stopper l’explosion de violence du 10 octobre?», se demande-t-il.

«Nous regrettons que les forces de sécurité ne soient intervenues qu’après

le déclenchement et la propagation de l’émeute. L’agitation religieuse

pourrait hélas ’très facilement’ s’étendre à d’autres régions du pays», at-il encore ajouté.

La liberté religieuse en Indonésie est protégée par la charte de Pancasila, le prologue et la base de la Constitution de 1945. Les organisations

chrétiennes sont cependant souvent réticentes à défendre ouvertement leurs

droits à cause de la montée de l’influence islamique. Elles craignent que

l’Indonésie ne devienne un Etat islamique et pensent que le gouvernement

hésite à prendre des mesures fortes pour arrêter la vague de violence afin

de ne pas offenser la majorité musulmane, surtout à l’approche des élections nationales, qui auront lieu l’an prochain.

Des musulmans condamnent les incendies

Des organisations musulmanes importantes et représentatives ont cependant publiquement condamné les incendies des églises. L’autorité la plus

haute d’Indonésie en ce qui concerne l’islam, le Conseil musulman des Ulemas (MUI), a déploré les émeutes du 10 octobre, soulignant qu’elles pourraient entrainer une vague de violence interreligieuse. «Cet incident est

réellement choquant et il ébranle nos sentiments religieux car le prophète

Mohammed lui-même interdit aux musulmans et même aux soldats en guerre de

commettre des cruautés», a dit le président du MUI, Hasan Basri, à l’agence

officielle Antara News.

Abdurachman Wahid, président de Nahdatul Ulama, le plus grand groupe musulman de l’Indonésie, qui compte de très nombreux adeptes à Java-Est, a

également publiquement exprimé ses regrets pour ces actes de violence.

Environ 85 % des habitants de l’Indonésie (qui compte presque 200 millions d’habitants) sont musulmans. Près de 10 % sont chrétiens. Certains

musulmans extrémistes soulignent qu’en Indonésie – pays comptant la plus

forte population musulmane du monde – il y a plus de musulmans qu’au MoyenOrient – et que l’Indonésie devrait suivre l’exemple de pays comme le Pakistan et l’Iran en devenant un Etat islamique officiel. (apic/eni/ba)

20 octobre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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