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apic/Intdrview Longsdale
APIC – Interview
Rencontre avec Michael Longsdale, metteur en scène (090596)
«Reconversion» sur fond de quête spirituelle par envie de servir l’Esprit
Par Jean-Claude Noyé, pour l’Agence APIC
Paris, 9mai(APIC) Avec ses adaptations pour la scène de «Bernard de
Clairvaux», des «Récits d’un pèlerin russe» et récemment des «Fioretti de
saint François d’Assise», le metteur en scène Michael Longsdale articule
désormais son travail théâtral autour de préoccupations spirituelles. Une
orientation voulue depuis sa «conversion», en 1987, survenue à l’âge de 57
ans. Rencontre. Et explication sur le pourquoi de cette quête spirituelle
dans son travail théâtral.
M. Longsdale: C’est un peu un engagement. Beaucoup de choses que je faisais avant et que je croyais essentielles me paraissent aujourd’hui de
l’ordre du divertissement. Je ne les referais plus. Mais le passé est le
passé et il se construit quelque chose à travers tout cela. J’ai aujourd’hui l’impression d’avoir les yeux qui se sont ouverts. Une fois qu’on
est sous l’éclairage de Dieu, on ne peut plus batifoler. On a envie de servir l’Esprit. Après on ne peut plus se passer de préoccupations spirituelles, relatives à la profondeur de l’humanité.
APIC: Qu’est-ce qui vous a séduit dans les «Récits d’un pèlerin russe?
M. Longsdale: Ce qui m’a frappé dans ce témoignage, c’est le don de pouvoir prier «sans cesse», comme nous le recommande les Evangiles, que le pèlerin a reçu. On peut certes prier, mais de là à le faire ainsi, de manière
ininterrompue, c’est une autre affaire… Ce texte a enlevé mon adhésion
parce que je suis convaincu que la prière est absolument nécessaire dans le
monde. Et de manière plus générale qu’il est bon de faire connaître cette
pacification grâce à laquelle on n’est plus (ou en tout cas moins) soumis à
tous les ballotages de la vie. La prière du coeur, héritée de la tradition
hésychasme, très ancienne, antérieure au schisme avec l’orthodoxie, est le
chemin que prend le pèlerin russe pour y arriver.
APIC: Vous avez récemment mis en scène les Fioretti de François d’Assise. Pourquoi?
M. Longsdale: Dans la pagaille d’aujourd’hui, il est urgent de se plonger dans l’incommensurable compassion de François, dans son abandon total à
la volonté de Dieu. Il est d’une humilité incroyable, il nous réapprend la
pauvreté, l’esprit d’enfance, l’innocence, la capacité de croire…
APIC: Qu’est-ce qui est à l’origine de votre «retournement»?
M. Longsdale: J’ai subi de grandes épreuves. En 1987, j’ai perdu coup
sur coup cinq personnes très proches de ma famille. Je n’étais pas préparé
à cela, n’ayant pas vécu les choses en profondeur dans la foi. Ce grand
chagrin m’a fait prendre conscience de ma pauvreté radicale. J’ai «plongé»
et j’ai appelé au secours: j’ai demandé à Dieu qu’il m’aide. La réponse a
été très rapide. Comment s’est-elle présentée? Mon parrain, quelques jours
après, m’a invité un soir dans un groupe de prière charismatique de l’Emmanuel, à Paris. Là, j’ai ressenti comme un éblouissement. J’ai vu des gens
prier, ouverts et accueillants. Ce fut une vraie conversion: une conversion
qui s’est opérée par l’apprentissage de ma pauvreté radicale. Ensuite, avec
le Père Dominique Ray, on a fondé un groupe de prière qui s’appelle «Magnificat», destiné plus spécialement aux artistes.
APIC: Vous avez été longtemps associé à un milieu d’intellectuels et
d’artistes d’avant-garde. Comment ont-ils réagi?
M. Longsdale: Les uns n’ont pas compris, ils ont pensé que j’étais devenu fou. D’autres, curieux de ce changement, viennent me poser des questions. J’essaie autant que possible de porter témoignage, d’être attentif à
la souffrance des gens. Il y a parmi les artistes beaucoup de gens qui ont
besoin de s’entendre dire qu’on les aime, qui ont besoin d’être rassurés
sur le fait qu’ils existent. Aujourd’hui je discerne mieux cette détresse.
La pratique de la foi passe par des petites choses comme appeler quelqu’un
et lui demander ce qu’il devient. Ca n’a l’air de rien… Et pourtant.
Quand on se rend disponible, beaucoup de choses arrivent rapidement.
APIC: Comment vous situez-vous par rapport à votre foi?
M. Longsdale: Aujourd’hui je suis en chemin, je découvre, je trie, j’essaie d’évacuer tout ce qui n’est pas témoignage. Mais je ne veux pas non
plus militer, arriver avec ma pancarte: «Je suis croyant!» Je ne renie pas
toutes les rencontres qui j’ai pu faire avec Beckett, Duras, etc. Des personnes merveilleuses et finalement préoccupées de Dieu. Duras m’a dit: «Je
ne crois pas en Dieu mais j’en parle tout le temps». Beckett aussi n’était
préoccupé que de cela. Mais les traumatismes de son éducation religieuse
l’ont amené à évacuer tout ce qui était «ecclésiastique». Remarquez bien
qu’il a mis les pauvres en majesté dans ses textes.
APIC: Des projets…?
M. Longsdale: Je travaille en ce moment sur sainte Thérèse de Lisieux.
dont on fêtera l’an prochain le centenaire de sa mort. (apic/jcn/pr)




