Brésil: Satisfaction chez les traditionalistes du diocèse de Campos revenus au bercail
APIC Interview
La Fraternité Saint-Pie X accusée de semer la discorde
Rome, 22 septembre 2002 (APIC/Antoine Soubrier)
Karl-Josef Romer, évêque auxiliaire de Rio de Janeiro, d’origine suisse
APIC – Interview
Une fin de non-recevoir à Leonardo Boff
Brigitte Muth-Oelschner, Agence APIC
Fribourg, 25août(APIC) Mgr Karl-Josef Romer, 61 ans, a quitté la Suisse
il y a 28 ans pour le Brésil. Il était alors prêtre du diocèse de St-Gall,
depuis un an seulement. Après avoir travaillé durant sept ans dans l’archidiocèse de San Salvador de Bahia, il a rejoint en 1972 celui de Rio de Janeiro. En 1975 il a été nommé comme l’un des six évêques auxiliaires.
Au sein de l’archidiocèse, à la tête duquel se trouve le cardinal Eugenio de Araujo Sales, Mgr Romer est responsable de la formation, en particulier du séminaire, de la formation continue du clergé, de l’orientation des
religieuses, ainsi que de la pastorale de la culture.
L’agence APIC l’a rencontré à l’occasion d’un séjour dans son pays
d’origine. Il livre son opinion sur la théologie de libération car, estimet-il, l’Europe est victime d’une information trop unilatérale sur ce sujet.
APIC: Votre nomination comme délégué à l’Assemblée générale des évêques latino-américains de St-Domingue, en remplacement de Mgr Candido Padin, candidat proposé par la Conférence des évêques du Brésil, a fait un certain
bruit en Suisse.
Josef Romer: C’est l’exemple même d’une fausse information sciemment contrôlée.
APIC: Vous voulez dire que l’agence APIC qui tenait cette information de la
Salle de presse du Vatican n’a pas informé correctement?
J.R: Le fait en tant que tel est juste. L’interprétation est fausse. La
Conférence des évêques du Brésil a élu environ vingt candidats et huit candidats de réserve. J’appartenais à ces derniers. De la même manière qu’à
Medellin et à Puebla, le pape s’est réservé le droit de désigner lui-même
quelques participants. Lorsque la liste des évêques élus a été approuvée
par le pape, le nom de l’ancien évêque Mgr Padin manquait. Il avait été élu
un an auparavant à un poste pour lequel, en tant qu’ancien évêque, il n’entrait plus en ligne de compte. Malgré cela, il a été à nouveau proposé. Rome a cette fois réagi.
APIC: Comment se fait-il que vous ayez été nommé par Jean Paul II ?
J.R: Il s’est d’abord passé quelques mois jusqu’à ce que le pape donne connaissance de deux noms, dont le mien. Je n’ai naturellement pas d’explication précise à cela. Mais je suis assez connu en Amérique latine. A Puebla
j’ai pris part à l’Assemblée en tant que représentant élu. En outre, j’ai
fait de nombreux exposés, participé à des journées d’études et collaboré
avec les organisations de base. On peut penser que mon nom est connu pour
cela à Rome. Quand le pape décide, il peut avoir des raisons que la personnes concernée ne doit pas toujours connaître.
APIC: Vous passez pour un conservateur. Cette description est-elle correcte?
J.R: Le terme de conservateur qui provient de la politique et des sciences
sociales a été utilisé de manière la plus stupide pour l’Eglise. J’ai souvent vu mon nom avec cette épithète dans les journaux. J’ai lu des choses
sur moi qui ne sont pas vraies. Mais il n’est venu à l’idée de personne de
nous questionner, nous les prétendus «conservateurs». Durant des années et
des décennies, les médias européens n’ont interrogé que des personnes qui
ont répandu en Europe une fausse image selon laquelle l’Eglise progressiste
était pour les pauvres et l’Eglise conservatrice ne travaillait que pour
les possédants. Pratiquement tout les évêques brésiliens sont très actifs
en faveur des pauvres et pour lutter contrer la misère. Mais les motifs
sont différents. Pour les uns, il s’agit de prendre l’homme et son histoire
au sérieux au nom de l’Evangile et de l’aider. Les autres tentent pratiquement – et aussi dans les cas extrêmes théoriquement- d’étayer l’aide aux
pauvres avec le travail de certains partis imprégnés d’idéologie marxiste.
APIC. En Europe, on s’inquiète du sort terible des enfants des rues. Que
fait l’Eglise de Rio pour eux?
J.R: Les enfants des rues ne sont qu’une partie du problème global. Il y a
aussi des jeunes et des adultes qui vivent dans la rue. Au Brésil, le climat est différent, il n’y a que peu de nuits froides. A Rio nous nous occupons des enfants vraiment seuls. Le cardinal s’est préoccupé pour que les
enfants soient invités par les paroisses pour jouer et pour manger afin de
crééer ainsi les premiers contacts humains. Nous avons un groupe de personnes de valeur qui s’occupent des enfants dans diverses maisons où vivent
plusieurs centaines d’entre eux.
APIC: Ce groupe travaille-t-il à la manière de Leonardo Boff?
J.R: Je ne peux rien dire à ce sujet. Il a toujours dit qu’il s’occupait
d’enfants à Petropolis. Je n’en ai jamais douté, mais je ne sais pas exactement.
APIC: Cela veut-il dire que vous ne désirez pas vous exprimer à ce propos?
Finalement Petropolis n’est pas très éloigné de Rio.
J.R: Non, en outre Boff habite à Rio, à Alto de Boavista. Ses confrères disent qu’il vit dans la maison de gens très riches. Il est très triste.
L’Europe a été informée de manière étroite et unilatérale.
APIC: Comment vous situez-vous par rapport à Leonardo Boff?
J.R: Leonardo Boff a certainement eu beucoup de bonnes intentions. Lorsqu’il est revenu d’Europe au début des années 70, et qu’il a écrit «Jésus
Christ libérateur» ce livre n’avait pratiquement rien à faire avec la théologie de la libération – en Europe beaucoup ne l’avait pas encore remarqué
-. Leonardo Boff, il faut le dire clairement n’est pas du tout dans cet
ouvrage un théologien de la libération. Ce livre a été tout de suite fortement critiqué, le plus durement par l’archevêque de Porto Alegre de
l’époque, le cardinal Alfredo Scherer.
A la demande personnelle de Boff, j’ai écrit une recension de ce livre,
dans laquelle je l’ai clairement défendu, mais j’ai aussi montré les points
qui n’étaient pas assez mûris et ce qui était intolérable. Parce qu’il
avait des positions inacceptables pour lesquelles il ne donnait pas de justifications. Boff présentait des assertions provenant de théologiens protestants de tendance libérale. Malgré sa grande valeur, ce livre va dans
certaines parties au-delà du seuil de l’exégèse protestante, surtout de
tendance libérale. Malgré cela, même avec quelques réserves, je l’ai défendu parce qu’il était le prermier essai d’un jeune théologien brésilien.
Après ce livre, Boff a aussitôt sauté sur le train en marche de la théologie de la libération. Et comme il écrit facilement et beaucoup, il a été
bientôt considéré en Europe comme le précurseur de la théologie de la libération. Mais Boff n’a jamais été un philosophe, il n’a jamais étudié à fond
une philosophie ou une idéologie claire. Il s’est gardé de tomber dans les
extrêmes.
APIC: Qui sont pour vous les théologiens de la libération extrêmistes?
J.R: Par exemple le prêtre brésilien Hugo Assman et le chilien Pablo Richard et ceux qui ont intégré dans leur théologie la méthode de la lutte
des classes au sens de l’idéologie marxiste.
APIC. Où se situe Gustavo Guttierez?
J.R: Guttierez est le père de la chose, et pour moi il appartient exactement comme Boff au groupe le moins dur. Celui-ci ne veut pas de l’idéologie
marxiste, mais il s’agit de la praxis marxiste. Lorsqu’un évêque a dit à
Boff, après l’abandon du marxisme par l’Allemagne de l’Est, ’vous ne
devriez plus déterrer de vieux cadavres’, Boff a répondu qu’il ne défendait
pas le marxisme corrompu de la Russie, mais celui de la Chine. Il a été fatal à Boff de se tenir visiblement sous le signe de la lutte pour les pauvres. Cela a été accentué en Europe dans certains cercles qui se trouvaient
en parenté avec lui: non pas dans la théologie de la libération, mais dans
son engagement protestant dans la théologie de l’Eglise. Boff lui-même
s’est entouré de cette aura de théologien de la libération.
APIC: Vous reprochez donc à Boff de propager une pensée protestante libérale?
J.R: Dans son livre «Eglise: charisme et puissance», il abandonne les positions fondamentales de l’Eglise. Je ne dis pas toutes. Sa critique de la
charge de pasteur – pour ne pas utiliser le terme de hiérarchie mal vu par
beaucoup – est pour moi un mélange de ridicule et d’arrogance, pour ne pas
dire d’insolence ou de méchanceté. Lorsqu’il dit que la hiérarchie a dépossedé le peuple des moyens de production symboliques – entendez les sacrements – et exerce ainsi le pouvoir sur le peuple. Il dit ensuite, pragmatique, que l’Eglise n’a pas besoin de rendre au peuple ces moyens de pouvoir
parce qu’il viendra lui-même les chercher! Si on peut être totalement d’accord avec le fait que la forme concrète de l’exercice des tâches de pasteur
dans l’Eglise doit toujours être interpellé de façon critique, il faut aussi dire que le rôle des pasteurs et leur tâche d’enseignement dans l’Eglise
reposent sur une initiative positive de Jésus-Christ.
APIC: Comment jugez-vous vos confrères qui se reconnaissent comme théologiens de la libération, comme Mgr Pedro Casaldaliga ou Mgr Erwin Kräutler?
J.R: Ces évêques n’ont à faire qu’indirectement avec la théologie de la libération, parce-qu’ils sont confrontés à de graves problèmes auxquels ils
s’attaquent de manière pastorale pragmatique. En outre sur le plan pastoral, ils sont des collaborateurs indirects, parce qu’ils protègent les
théologiens de la libération et font croire – j’ignore s’ils le croient
eux-mêmes – que cette théologie de la libération «modérée» peut être une
grande aide pour l’Eglise. On peut parler encore d’une théologie de la libération «culturelle». Enfin il existe un quatrième groupe qui au nom de la
foi combat pour la justice dans le monde. Pour moi, ce groupe se trouve à
peu près là où il faut chercher l’enseignement social de l’Eglise. (apicoe/mp)




