APIC- Interview

Rome: Le «bon pape Jean» sera béatifié par Jean Paul II le 3 septembre prochain

Jean Chélini: Jean XXIII, l’intuition géniale du Concile Vatican II

Caroline Boüan, pour l’agence APIC

Rome, 25 août 2000 (APIC) Le pape Jean XXIII (1881-1963), le «bon pape Jean» comme il était affectueusement appelé par le peuple des fidèles, sera béatifié par le pape Jean Paul II dimanche 3 septembre. A la mort de Pie XII, en 1958, le cardinal Angelo Roncalli, tout juste nommé patriarche de Venise, est élu pape à la surprise générale. Agé de 77 ans, on pensait qu’il ne serait qu’un «pape de transition» chargé d’expédier les affaires courantes. Or, ce bref pontificat de cinq ans allait, avec le lancement du Concile Vatican II, changer la face de l’Eglise catholique.

Trois mois après son élection sur le trône pontifical, Jean XXIII allait créer la surprise en annonçant la convocation d’un concile œcuménique pour réaliser l’aggiornamento, la mise à jour de l’Eglise, afin qu’elle soit en mesure de relever les défis de cette nouvelle ère et d’annoncer l’Evangile aux hommes d’aujourd’hui. Après quatre ans de préparation, Jean XXIII ouvre la première session de Vatican II, le 11 octobre 1962. En mai 1963, il tombe malade et meurt. C’est son successeur, Paul VI, qui achèvera cette grande œuvre. Angelo Roncalli est né en 1881 à Sotto-il-Monte, un village des Alpes italiennes, dans une modeste famille paysanne de 13 enfants. Se sentant très jeune appelé au sacerdoce, il est ordonné prêtre à Rome en 1904, après son passage au séminaire de Bergame. Evêque en 1925, il est envoyé comme visiteur apostolique à Sofia.

APIC: Si l’on évoque rapidement le parcours diplomatique de Jean XXIII avant son élection pontificale, quelles sont les caractéristiques essentielles de son action, à commencer par son séjour en Bulgarie ?

J.C.: Il n’a pas eu des missions faciles. En 1925, Mgr Angelo Giuseppe Roncalli vient d’être nommé au Comité de l’Année sainte, et chargé d’une chaire de patrologie à l’Université du Latran lorsque Pie XI, qui l’aime bien, le nomme visiteur apostolique en Bulgarie. Le 19 mars, il est donc sacré évêque, et part assez vite en mission. Celle-ci commence par une prise de contact assez difficile. Les catholiques bulgares sont très minoritaires, et le reste de la population, majoritairement orthodoxe, a beaucoup de préjugés à leur égard. L’accueil réservé à Mgr Roncalli est donc plutôt froid.

Pourtant, Mgr Roncalli ne se décourage pas. Dans son petit appartement de Sofia, il apprend le bulgare et des rudiments de russe. Il n’obtient pas de résultats apostoliques importants, mais il se gagne l’estime de beaucoup d’orthodoxes. En particulier, il se lie d’amitié avec le patriarche oecuménique Basile III. Par ailleurs, il s’occupe des catholiques de rite gréco-oriental, et s’efforce d’en organiser le clergé.

Mais là encore, ce n’est pas très facile, ceux-ci étant en situation d’infériorité par rapport aux orthodoxes, et pas toujours bien vus des missionnaires de rite latin. Tout cela permet à Mgr Roncalli ­ devenu délégué apostolique en 1931 – d’approfondir sa compréhension du monde oriental et sa conception de la voie à suivre pour progresser vers l’unité des chrétiens.

APIC: Après dix ans en Bulgarie, il est nommé en Turquie et en Grèce à l’approche de la seconde guerre mondiale.

J.C.: Le 13 novembre 1934, Mgr Roncalli est en effet nommé délégué apostolique à Istanbul pour la Grèce et la Turquie. Sa mission prend alors un caractère politique plus important. Là encore, sa tâche est difficile, car la Turquie et la Grèce sont deux ennemis héréditaires, et il doit voyager entre les deux. Il met donc quelques mois à débrouiller l’imbroglio politique et religieux dans lequel se trouvent les deux pays, dont l’évolution politique s’avère ensuite assez différente.

En 1939, Mgr Roncalli est installé à Ankara lorsque la Grèce est occupée par les troupes italiennes, ce qui complique encore son rôle, lui-même devant manifester partout l’impartialité du Saint-Siège. Son activité humanitaire se révèle alors importante. Il s’efforce en effet, par son action diplomatique, de protéger les victimes du nazisme et d’empêcher la déportation des Juifs. Et il négocie un accord pour permettre l’acheminement de convois vers la population grecque affamée.

La situation en Turquie est différente dans la mesure où le pays reste neutre. Mais Mgr Roncalli se trouve là au milieu d’une atmosphère de complot et d’espionnage. Il croise sans cesse en particulier l’ambassadeur du IIIème Reich à Ankara, qui est lui-même catholique et guette ses réactions. Dans cette position délicate, Mgr Roncalli informe au mieux le Vatican de ce qu’il observe. Enfin, il doit faire face à des difficultés proprement religieuses dans les deux pays. Les chrétiens encore nombreux à cette époque sont divisés en de nombreux rites, et le gouvernement turc est de plus en plus sévère à leur égard. Les catholiques sont souvent d’origine étrangère et beaucoup quittent le pays. Malgré cela, et dans un univers musulman, Mgr Roncalli fait preuve d’une grande ouverture vis-à-vis du peuple turc, et s’efforce même d’en apprendre la langue, à près de 60 ans.

APIC: Pourquoi a-t-il ensuite été nommé nonce à Paris ?

J.C.: On ne sait pas très bien. Paris était l’une des nonciatures les plus importantes. Le nonce précédent, Mgr Valerio Valeri, venait d’en être écarté à la demande du Général de Gaulle pour avoir été impliqué dans le gouvernement de Vichy. Le 22 novembre 1944, Mgr Roncalli est donc nommé à Paris, et inaugure sa mission en prenant la parole, en tant que doyen du corps diplomatique, lors de la cérémonie des vœux du 1er janvier 1945.

Il doit s’occuper alors de «remettre sur les rails» l’Eglise de France dans le contexte de l’épuration épiscopale, et s’applique dans ce domaine à «arrondir les angles». Il se monte bonhomme et très diplomate, acceptant finalement la démission de trois évêques, sur les 30 qu’on lui demandait. «J’ai enlevé un 0 !» s’exclame-t-il. Mais il gardera un assez mauvais souvenir de l’intransigeance du Général de Gaulle, et commente avec son accent italien, le 20 janvier 1946 au moment du départ de ce dernier: «Croyez-moi, il n’y a pas d’homme qui soit irremplaçable».

APIC: Il est bien reçu par la France laïque.

J.C.: De 1945 à 1953, Mgr Roncalli accomplit une œuvre importante dans les milieux politiques français. Il reçoit énormément, prend contact avec le président Vincent Auriol, et un nouveau climat s’établit peu à peu entre l’Eglise et l’Etat, dans une France beaucoup moins laïque qu’avant 1940. Cela s’illustre par la scène bien connue où l’on voit le chef de l’Etat français, pour la dernière fois dans l’histoire de France, lui remettre sa barrette cardinalice dans les salons de l’Elysée, le 15 janvier 1953. Le nonce s’agenouille donc devant Vincent Auriol, avant de se relever promptement malgré sa corpulence. Car extérieurement, il apparaissait surtout comme un bon vivant, aimant la bonne chère, un Italien typique avec lequel on peut toujours trouver une «combinazione» !

Par ailleurs, si à Paris il joue le rôle d’un homme politique, dans les diocèses, il agit en revanche davantage comme un pasteur. Il montre qu’il aime l’Eglise de France et cherche à la comprendre, ce qui lui servira plus tard en tant que pape. Il se déplace jusqu’en Afrique du Nord, et prévoit d’ailleurs avec une grande lucidité le cours des événements à venir en Algérie.

APIC: Que peut-on retenir de son passage à Venise comme patriarche de 1953 à 1958?

J.C.: Rien ne particulier. Il semble qu’il a été un bon patriarche, heureux de retrouver un rôle plus pastoral. Une anecdote cependant : il arrive un jour au Vatican pour l’enterrement de son prédécesseur, vêtu, comme les patriarches de Venise en avaient le droit, d’une hermine mouchetée. Il fait ainsi une vive impression au milieu des autres cardinaux qui sont en soutane violette, et le cardinal Tisserant, qu’il connaissait bien et qui avait son franc-parler, commente : «Eminence, vous êtes vêtu comme un ’buffone’ !», autrement dit, un personnage de carnaval !

APIC: C’est parfois l’image qui est restée du «bon pape Jean»…

J.C.: A tort. On l’appelle en effet le «bon pape Jean». Certainement il était bon, mais il n’était pas débonnaire, le «pacioccone», comme on disait. Lorsqu’il est élu pape le 28 octobre 1958, le même cardinal Tisserant s’agenouille devant lui pour lui demander s’il accepte son élection. Il répond d’une longue phrase : «Je tremble et j’ai peur. Ce que je sais de ma pauvreté et de ma faiblesse suffit à me confondre, etc.». Il avait quand même dû préparer son texte ! D’ailleurs, si son élection a suscité de la surprise en France, il figurait pourtant en bonne place parmi les «papabili italiens».

Physiquement, c’est vrai, il tranchait totalement avec la figure de son prédécesseur, grand, maigre et ascétique, bon mais assez froid. Jean XXIII lui était petit au point que ses pieds restaient en l’air lorsqu’il était assis sur un trône. Il bougeait ses mains et parlait beaucoup. Mais malgré tout, il avait assez belle allure, un visage énergique bien qu’un peu empâté, et les yeux très vifs. En tous cas, il était d’une grande amabilité, répondait très spontanément, et les Romains l’ont tout de suite adopté.

En prenant le nom de Jean, il s’est référé à son père, au titulaire de sa paroisse natale, à Saint-Jean-de-Latran, Saint Jean Baptiste, l’apôtre, mais il s’est placé aussi dans une perspective historique. Il faisait remarquer qu’il y avait eu beaucoup de papes du nom de Jean, mais qu’ils n’avaient jamais régné longtemps.

APIC: Il avait été élu pour être un «pape de transition»

J.C.: Pourtant, en près de cinq ans, il a fait un travail considérable. Cependant, il faut souligner que dans beaucoup de domaines, il n’a fait qu’initier certains changements, qui seront ensuite effectués par Paul VI. Toutefois, les initiatives qu’il a prises traduisent beaucoup de perspicacité de sa part.

Ainsi, Pie XII n’avait pas de Secrétaire d’Etat, et avait tendance à gouverner seul. Jean XXIII en revanche nomme dès son élection Mgr Domenico Tardini comme Secrétaire d’Etat, et ils feront ensemble assez bonne équipe, jusqu’à la mort de celui-ci en juillet 1961. Il «repeuple» ensuite le Collège des cardinaux ­ qui n’étaient que 51 au moment de son élection -, et l’on dépasse pour la première fois le nombre de 70 établi par le pape Sixte V à la fin du XVIème siècle.

Il décide d’autre part que tous les cardinaux seront évêques. Enfin, il s’efforce de renouer le dialogue avec les chefs des dicastères de la Curie, en remettant en vigueur la coutume selon laquelle ils sont reçus par le pape à des jours fixes pendant la semaine. Il remet ainsi en selle l’Etat-major de l’Eglise, qui recommence à fonctionner de manière rapide et efficace, même si ses nominations portent sur des gens plutôt âgés.

Par ailleurs, Jean XXIII convoque un synode du clergé romain, ce qui n’était jamais arrivé. Il s’efforce ainsi d’organiser et de stimuler l’action de ses 600 prêtres, pour deux millions de fidèles. Au plan pastoral, il visite les paroisses, les prisons, les hôpitaux, décide de permettre de donner la communion l’après-midi aux malades, de rétablir la procession de la Fête-Dieu dans les rues de Rome, et de se rendre en pèlerinage à Lorette et à Assise, grâce au train pontifical qu’il refait fonctionner pour la première fois depuis Pie IX.

APIC: Jean XXIII a également publié deux encycliques majeures.

J.C.: La première, «Mater et Magistra», concerne le dialogue avec le monde, le sous-développement, la nécessité de lier le progrès social au développement économique, le rôle de l’Etat comme régulateur dans ce domaine. La seconde, «Pacem in Terris», publiée le 11 avril 1963 sans avoir été annoncée, produit un maximum d’effet de surprise. Elle est en effet adressée «à tous les hommes de bonne volonté».

Le pape y définit les bases du gouvernement des hommes, en rappelant que l’ordre politique est destiné à l’homme, qui a des devoirs et des droits, inviolables et sacrés, découlant de sa nature intelligente et libre. Jean XXIII condamne ainsi tous les totalitarismes, la primauté de la raison d’Etat, et l’ordre fondé sur la force. Il insiste sur la distinction des pouvoirs, souligne le rôle des corps intermédiaires, et encourage l’engagement de tous les hommes dans la gestion des affaires publiques.

Cela relève du rôle des laïcs, affirme-t-il, pourvu que ceux-ci soient fidèles au principes du droit naturel, et à l’enseignement des autorités ecclésiastiques. Enfin, le pape laisse entendre que localement, il est possible aux chrétiens, dans le domaine politique, de collaborer avec des non chrétiens.

APIC: Et le rôle de ce pape dans les affaires internationales ?

J.C.: Au plan international, Jean XXIII va également assez loin. Il insiste sur l’importance du rôle de l’ONU et adopte une certaine attitude de détente vis-à-vis de l’URSS, recevant au Vatican le gendre et la fille de Krouchtchev en mars 1963, et s’efforçant de desserrer l’étau qui pèse sur les chrétiens.

APIC: Enfin, c’est le pape de l’ouverture du Concile Vatican II!

J.C.: Il a eu effectivement l’intuition géniale de convoquer un Concile oecuménique. Quand il l’annonce le 25 janvier 1959 dans la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs, à peine trois mois après son élection, les cardinaux sont stupéfaits. Il explique que le Concile doit servir à «mettre au point la discipline ecclésiale aux besoins de notre temps». C’est l’»aggiornamento». Ce ne sera donc pas un Concile de définition doctrinale, et encore moins de condamnation, mais de mise à jour. Le pape, qui suit de près la préparation des textes, voudrait qu’il soit optimiste et tourné vers l’avenir, et non pas une lecture pessimiste du présent.

On envoie donc une lettre de consultation aux évêques et aux supérieurs des ordres religieux. En même temps, Jean XXIII invite les observateurs non catholiques. C’est la tâche du Secrétariat pour l’unité des chrétiens, qu’il créé au printemps 1960 et confie au cardinal Béa, un de ses amis et ancien collaborateur de Pie XII. Le pape initie ainsi l’œcuménisme moderne. Enfin, le jour de Noël 1961, il convoque officiellement les évêques pour le 11 octobre 1962.

Le début du Concile est un peu difficile, parce que la Curie a prévu une liste de noms pour l’élection des membres des commissions, et que plusieurs cardinaux demandent que les listes soient préparées par les épiscopats eux-mêmes. Le pape intervient alors dans leur sens. Lui-même ne préside pas les séances, mais suit tous les travaux par télévision en circuit fermé, tout en intervenant parfois de façon discrète.

APIC: Pourtant, il va devoir s’interrompre à cause de sa maladie.

J.C.: Lorsque la première session, consacrée à la réforme de la liturgie, se termine le 8 décembre 1962, le pape est déjà sérieusement malade. Il est atteint d’un cancer à l’estomac. Pendant les mois qui suivent, il lutte de toutes ses forces et continue à travailler. On annonce sa maladie le 22 mai 1963, et cela suscite beaucoup d’émotion dans le monde entier. Lui-même commente ces réactions devant son secrétaire Mgr Capovilla : «il ne faut pas craindre, mes valises sont prêtes !»

A sa mort, le monde entier porte son deuil, même dans les pays communistes. Les délégations sont nombreuses et abondantes pour ses funérailles. Il laisse un regret immense, universel, et l’image très populaire du bon pape Jean.

Mais cette image ne doit pas induire en erreur. Il était doux mais énergique. Et très traditionnel par ailleurs. Il n’a rien changé aux coutumes vestimentaires du Vatican, aux liturgies pontificales, à la cour romaine, etc. Tout cela, c’est après le Concile que c’est apparu.

Ce que l’on peut dire en tous cas, c’est qu’il n’a pas connu les désillusions et les difficultés d’application du Concile. Il a mangé son pain blanc, en ce qui concerne Vatican II. Paul VI, lui, devait en manger le pain noir. (apic/cb/imedia/be)

25 août 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!

Zurich: L’évêque Laszlo Tökes dénonce la montée du chauvinisme en Roumanie

APIC – Interview

Les minorités nationales sont persécutées, affirme le «héros de Timisoara»

Zurich, 15juillet(APIC) Alors que les regards sont tournés vers la Yougoslavie, les minorités nationales sont persécutées en Roumanie sans que

personne ne s’y intéresse, lance, désabusé, le pasteur Laszlo Tökes, le

«héros de Timisoara» devenu évêque d’Oradea. De passage en Suisse, où il a

participé à Genève à la Conférence sur les minorités organisée dans le cadre de la CSCE, L. Tökes a affirmé lundi à l’agence APIC qu’en Roumanie

«presque rien n’a changé depuis le temps de Ceaucescu : la nomenklatura,

grâce à la surenchère nationaliste, tient toujours les rênes du pouvoir !».

Aujourd’hui, «même le Parlement, à l’exception notable des députés de la

minorité hongroise, participe au culte du maréchal Antonescu, le dictateur

de la période fasciste durant laquelle des centaines de milliers de juifs

furent exterminés…». La majorité de la presse – «théoriquement libre,

mais souvent aux mains du pouvoir ou de groupes nationalistes extrémistes»

– a également une attitude positive par rapport à Antonescu. Cela va de

pair, affirme-t-il, avec son antisémitisme croissant et sa tendance générale en faveur du nationalisme roumain.

Les deux millions de Hongrois de Roumanie sont les premières victimes de

cette idéologie de la «Grande Roumanie», déclare-t-il. La presse en langue

hongroise (plus d’une centaine de titres), et même un quotidien d’opposition comme «Romania libera» par exemple, ne peuvent lutter à armes égales

contre les grands journaux comme la nationaliste «Romania Mare» ou «Azi»,

le journal officiel du Front de Salut National (FSN) au pouvoir. Plus difficile encore de contrer la toute-puissance de la télévision, sous contrôle

du gouvernement.

Même s’il n’y a pas de censure, il y a d’autres moyens de faire obstacle

à la presse libre : limiter l’allocation de papier ou «saboter» par le

biais de la poste – qui est un monopole d’Etat – la distribution des journaux dérangeants. C’est ainsi que le principal journal en langue hongroise

«Romaniai Magyar Szo», édité à Bucarest, est en crise. Plus d’un tiers du

tirage n’arrive pas à destination, à cause du sabotage de la poste. Son tirage est tombé en quelques mois de 80’000 à 40’000.

«L’Occident ignore le problème des minorités»

«L’Occident ignore encore le problème des minorités», affirme le pasteur

Tökes, président d’honneur du plus grand parti d’opposition en Roumanie,

l’Alliance démocratique des Hongrois de Roumanie (8 % des sièges au Parlement de Bucarest). «Nous considérons pour notre part que les droits des minorités font partie des droits de l’homme, poursuit-il, et qu’ils joueront

un rôle de plus en plus important dans cette dernière décennie du XXe siècle». De l’avis de ce porte-parole de la minorité hongroise de Roumanie, si

l’on ne prend pas cette réalité au sérieux, il risque d’y avoir des conflits d’envergure – pas seulement en Yougoslavie comme c’est déjà le cas mais également en Roumanie et dans les pays voisins.

C’est qu’en Roumanie, la situation est devenue sérieuse : s’il est luimême attaqué et vilipendé dans la presse de Bucarest comme «agent de Budapest», «chauviniste hongrois», etc., relève-t-il, c’est parce que l’intérêt

de ceux qui veulent préserver l’ancien régime est de compromettre et de

«dévaluer» tous ceux qui symbolisent les événements de décembre 1989 et représentent les valeurs de la démocratie et du changement social.

Les attaques et les calomnies sont en fait dirigées non seulement contre

sa propre personne, mais contre les principales figures d’opposition.

Laszlo Tökes relève que l’expérience montre que la distance entre les mots

et les actes est souvent très courte: «Juste après le début de la propagande antisémite a commencé l’extermination des juifs…».

Ainsi, relève-t-il, en mars 1990 à Tirgu Mures, en Transylvanie, après

les attaques verbales des nationalistes roumains – notamment de «Vatra romaneasca» – contre la minorité hongroise, sont venues les atrocités : six

personnes ont trouvé la mort à cette occasion. L’évêque d’Oradea s’inquiète

que le pouvoir à Bucarest joue sur les sentiments anti-hongrois de la population pour asseoir son pouvoir anti-démocratique.

Il estime que les structures de la Roumanie n’ont pas changé, malgré

l’élimination de Ceaucescu. Les élections locales n’ont pas eu lieu et

partout, même à la campagne, les localités sont aux mains de la «deuxième

garniture» de l’ancien régime. La «Securitate» a été incorporée dans la

nouvelle Sécurité d’Etat et près de 70 % des anciens responsables sont toujours en fonction.

A part quelques exceptions pour la consommation extérieure, la plupart

des responsables des atrocités commises sous le régime de Ceaucescu non

seulement n’ont pas été punis, mais on n’a même pas mené d’enquêtes sur

leur compte. Laszlo Tökes affirme qu’il n’y a quasiment pas eu d’épuration

dans l’armée et que partout les représentants de l’ancien système sont restés en place. La surenchère nationaliste était déjà un trait particulier

sous Ceaucescu, «et sous cet aspect, c’était plus un régime de droite qu’un

régime communiste».

Les Eglises minoritaires unies dans l’adversité

Dans cette situation d’adversité, les Eglises minoritaires se sont réunies face à la politique de l’Etat central, soutenu par «l’Eglise d’Etat»,

l’Eglise orthodoxe roumaine dirigée par le très contesté patriarche Teoctist. «Dans le clergé orthodoxe, le mouvement extrémiste ’Vatra romaneasca’

rencontre malheureusement beaucoup de sympathie», lance Laszlo Tökes. Pour

l’évêque d’Oradea, il y a une ligne très claire qui sépare l’Eglise orthodoxe et des Eglises minoritaires comme l’Eglise catholique roumaine (grécocatholique), toujours en butte aux obstacles bureaucratiques, à la répression et à l’hostilité des orthodoxes, l’Eglise catholique de rite latin,

l’Eglise réformée, l’Eglise unitarienne et l’Eglise luthérienne. «En raison

de la situation, nous avons une collaboration étroite entre les Eglises minoritaires et vivons un oecuménisme que nous n’avions pas connu auparavant».

Petre Roman, «figure-clé des actions anti-démocratiques»

En conclusion de son analyse, qui fait peu de place à l’optimisme,

l’évêque réformé Laszlo Tökes met en cause consciemment le premier ministre

roumain Petre Roman, et le président Iliescu, «son complice» : «Petre Roman

est la figure-clé de toutes les actions anti-démocratiques qui se développent actuellement en Roumanie». (apic/be)

Propos recueillis par Jacques Berset

15 juillet 1991 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!

Le cardinal Hamer à Sion (091089)

APIC-INTERVIEW

Sion, 9octobre(APIC) De passage à Sion où il participait à l’assemblée

générale des supérieures majeures de Suisse romande, le cardinal Jean-Jérôme Hamer, Préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et

les Sociétés de vie apostolique a confié à l’agence APIC son regard sur la

situation actuelle des vocations dans l’Eglise catholique.

APIC – A l’heure où l’on parle de «crise des vocations» vous êtes optimiste, puisque vous venez de déclarer aux supérieures majeures de Suisse

romande : «La vie religieuse se porte bien». Comment se présente la situation ?

J.-J. H. Lorsque l’on aborde ce sujet il faut être conscient d’une chose :

il existe une géographie des vocations. Celles-ci, peu nombreuses dans le

monde occidental – Europe, Amérique du Nord, Canada -, connaissent une progression plus marquée dans l’hémisphère sud : L’Asie – surtout l’Indonésie,

l’Inde, la Corée et les Philippines -, l’Afrique et l’Amérique latine

voient le nombre de leurs religieux croître plus fortement. que

L’Afrique surtout voit naître des congrégations apostoliques de femmes

qui secondent les évêques. Suscitées par les besoins locaux, elles travaillent dans l’enseignement, la pastorale,… Au Guatemala jamais le séminaire

n’a été rempli comme aujourd’hui.

L’Europe est moins favorisée. Il existe malgré tout des Instituts qui

ont beaucoup de vocations : les Frères de Saint-Jean, qui sont passés en

dix ans de 100 à 200, et les Soeurs de Bethléem, qui, plus anciennes, sont

aujourd’hui 331.

Si l’on considère les statistiques des vocations à l’échelle du monde

données par le Bureau des Statistiques de Rome, le nombre de novices augmente, mais il est encore insuffisant pour assurer la relève : cependant il

y a là un avenir pour la vie religieuse. Mais si l’on regarde le nombre total des religieux, la courbe est descendante, les générations les plus nombreuses étant les plus âgées.

APIC – Quel regard portez-vous sur le développement de la vie religieuse

dans le tiers-monde ?

J.-J. H. L’Eglise pourra compter sur les prêtres, les religieux et les religieuses du tiers-monde. Elle compte d’ailleurs déjà sur eux : actuellement un certain nombre de missionnaires viennent de l’hémisphère sud.

Je conseille très souvent aux supérieures générales d’envoyer des vocations du tiers-monde dans le tiers-monde même. Si on les envoie en Europe,

quelquefois c’est mal compris. Il serait très dangereux de développer les

vocations nationales dans le sens d’un nationalisme religieux. Il faut

donner à toutes les vocations un sens universel et missionnaire. Certaines

congrégations très bien organisées l’ont saisi, qui envoient des vocations

d’Argentine en Afrique, du Burundi au Tchad.

APIC – Quel rôle la vie religieuse a-t-elle à jouer aujourd’hui face aux

défis du monde moderne ?

J.-J. H. Une simple ouverture au monde n’aurait pas de sens. Tout en retournant à l’intuition du fondateur, les religieux doivent répondre aux appels du monde par la communication de l’Evangile. Cela se réalise de différentes façons : par la prédication, la catéchèse, l’enseignement, les oeuvres de bienfaisance.

APIC – Qu’attend l’Eglise des religieux et des religieuses ?

J.-J. H. L’Eglise attend d’eux qu’ils soient des religieux et des religieuses. Les Instituts religieux sont des écoles de sainteté, des écoles

d’amour de Dieu soutenues par les voeux et la vie commune. La diversité des

Instituts traduit la diversité du service de Dieu : vie contemplative,

enseignement, aide aux lépreux, aux drogués.

APIC – Qu’est-ce qui attire aujourd’hui dans les congrégations ?

J.-J. H. Dans le tiers-monde les vocations répondent à toutes les formes de

la vie religieuse. en Occident, c’est la dimension contemplative de la vie

consacrée qui attire : les Frères de Saint-Jean et les Soeurs de Bethléem

par exemple ont beaucoup de vocations l’heure actuelle. Sans doute parce

que les Instituts contemplatifs ont une identité beaucoup plus claire que

les Instituts apostoliques. Les Ordres médiévaux attirent eux aussi beaucoup de jeunes. (apic/cor)

9 octobre 1989 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!