Suisse: Fin du 81ème pèlerinage interdiocésain de la Suisse romande à Lourdes
Apic Interview
Bilan avec Mgr Denis Theurillat, évêque auxiliaire de Bâle
Jean-Charles Zufferey, service d’information du vicariat à Lausanne
Lourdes, le 18 mai 2003 (Apic) Le 81ème pèlerinage interdiocésain auquel ont pris part à Lourdes, du 12 au 17 mai, près de 4’000 pèlerins venus de Suisse romande, mais aussi du Haut Valais et de la partie alémanique du canton de Fribourg, s’est samedi par une messe bilingue en l’église Sainte Bernadette. Chacun est désormais sur le chemin du retour, en train, bus ou avion. L’heure est donc au bilan. Entretien avec le président de ce pèlerinage, Mgr Denis Theurillat, évêque auxiliaire du diocèse de Bâle.
Q.: Comment qualifieriez-vous cette semaine passée à Lourdes?
Mgr Denis Theurillat: Mon bilan est véritablement positif dans sa globalité. Nous avons d’abord été guidés par des paroles fortes et un thème très ouvert (ndlr: «Un peuple de toutes les nations»). Ensuite, Lourdes m’est apparue comme étant un lieu unique de rassemblement et de partage entre frères et soeurs. Je reste à ce titre impressionné par tout ce que les personnes m’ont confiées sur leur situation de vie durant la semaine et qu’il m’a été offert d’accueillir chaque jour. Cette ville est en outre marquée par l’histoire, avec ce message de Dieu à l’Homme d’aujourd’hui, à travers la Vierge Marie. Enfin, à l’heure de notre départ, je ne puis m’empêcher de revoir ces innombrables démarches de foi émanant de personnes profondément croyantes, simples et sincères, qui cherchent à mieux comprendre, à croire davantage, à donner un sens à leur vie.
Q.: N’est-ce pas plus facile de présider un pèlerinage à Lourdes, en présence d’une foule «conquise d’avance», que d’évangéliser en d’autres terrains moins favorables ?
Mgr Denis Theurillat: Il est certain que beaucoup de chrétiens viennent ici pour approfondir leur foi. En même temps, je pense que plusieurs autres personnes espèrent trouver à Lourdes des éléments de réponse à ce qu’elles vivent. En ce sens, nous sommes pleinement sur un «terrain» d’évangélisation. Les prédications qui nous sont faites, les méditations que nous accueillons, placent toujours le Christ au centre. Sans cesse, il nous est rappelé qu’Il est venu traverser nos chemins et que nous devons prendre le nôtre à sa suite. Enfin, Lourdes demeure une ville de miracles. Et, comme il n’en arrive pas tous les jours, peut-être que certains pèlerins rentrent chez eux parfois un peu déçus. Nous devons en tout temps les écouter et leur parler. La foule n’est donc pas «conquise d’avance».
Q.: Quelles paroles ou images fortes vous reste-t-il?
Mgr Denis Theurillat: L’eau et son omniprésence. Celle qui fait vivre, qui désaltère, qui vivifie, qui redonne vie. Des témoignages émouvants m’ont été confiés à l’issue du Chemin de l’eau, vendredi matin. Notamment celui d’une jeune fille qui m’expliquait combien un retour à la source était indispensable pour chacun. L’eucharistie également demeure pour moi une constante forte durant ce pèlerinage. Et puis, tous ces dialogues de qualité entre personnes. Ce sentiment d’être écouté, de partager, de se mettre au niveau de l’autre, qu’il soit valide ou handicapé. Et, vice- versa.
Q.: Vous présidiez ce pèlerinage interdiocésain, pour la première fois, s’est-il déroulé comme vous l’aviez préparé et imaginé?
Mgr Denis Theurillat: Oui, parce que je savais à quoi je devais m’attendre en fonction du programme et de ma préparation. Et non en même temps, dans la mesure où ce que j’avais rêvé de faire, est vraiment passé au bleu. Mes plans ont réellement été bouleversés. Pendant toute la semaine par exemple, aussi surprenant que cela puisse paraître, je n’ai pu me rendre personnellement qu’une seule fois à la Grotte. Je ne m’en plains pas. Au contraire, grâce à toutes les rencontres que j’ai faites ici, je rentre avec le coeur beaucoup plus riche dans mon diocèse. Certes un peu fatigué physiquement, mais heureux et comblé.
Q.: Vous êtes-vous senti «davantage évêque» en présidant ce pèlerinage?
Mgr Denis Theurillat: Oui, absolument. Et, depuis bientôt trois ans que je suis évêque, c’est sans doute même l’une des plus grandes joies que j’ai vécues ici à Lourdes. J’ai eu l’impression de sortir d’une structure, qui s’appelle diocèse, indispensable bien évidemment, mais pour arriver quand même sur un vrai terrain pastoral. Autrement dit, LA mission que doit remplir un évêque. Notre ministère n’a-t-il pas trop à faire avec les structures? Je me suis beaucoup posé la question cette semaine. Je quitte donc Lourdes avec cette réflexion-ci: «Dans ton futur, comment vas-tu faire pour être mieux encore en contact, être plus réceptif à tous ces téléphones, à tous ces e-mails, à toutes ces visites que tu devrais effectuer et que tu n’as pas le temps d’honorer»?
Q.: Il faudrait donc «un miracle» pour que cela change?
Mgr Denis Theurillat: Il est sûr que je souhaiterais avoir, chaque matinée ou chaque après-midi de la semaine, la disponibilité nécessaire pour les personnes qui désirent un entretien direct avec moi. Pas uniquement tous nos baptisés, mais déjà les 1’200 engagés dans l’Eglise de notre diocèse de Bâle. Voilà «le miracle» que j’aimerais!
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(apic/jcz/pr)
Ex-Yougoslavie: les convois humanitaires de Marie-José Currat (071293)
APIC – INTERVIEW
Noël ou le rendez-vous de Medjugorge
Propos recueillis par Marie-Claude Fragnière
Fribourg, 7décembre(APIC) La guerre en ex-Yougoslavie n’en finit pas de
semer la mort. Et le sourire des politiciens affichés devant les caméras
pour rendre compte de l’échec des négociations ne contribuera pas à rendre
le leur aux populations dans la misère. Qui appellent, dans la détresse. Un
appel entendu un jour par la Fribourgeoise Marie-José Currat. En 92, avec
l’aide de son mari, elle organise un premier convoi humanitaire en direction de ce pays en guerre. Sept autres sont partis depuis. Bouffée d’air
pur et généreux que la rencontre avec cette Bulloise d’une cinquantaine
d’années, qui vit aujourd’hui une autre dimension de la maternité.
Noël prochain, Marie-José Currat le passera à Medjugorje. Un sanctuaire
marial qu’elle et son époux connaissent bien. Ils s’y trouvaient lorsque le
conflit a éclaté… Le début d’un engagement, dont l’histoire remonte à une
révolte. Sept fausses couches, toujours aux alentours de Noël… et l’évidence de ne jamais avoir d’enfant, alors que son but, en se mariant, était
de fonder une famille.
M.-J. Currat: Cela a été une réaction très négative de révolte. Je ne
voulais plus prier, plus aller à la messe… Pour moi, tout cela était terminé. Et là-dessus me sont arrivées deux choses très graves, un accident et
une maladie. Je suis passée très près de la mort et j’ai beaucoup pensé,
réfléchi. Je suis allée à Lourdes avec mon mari et là, à notre grande surprise, on a repris confiance. Au retour, nous nous sommes remis à prier; en
retrouvant le chemin de la foi, nous avons retrouvé le chemin de la vie.
Très reconnaissants, nous sommes allés à Medjugorje… Nous y étions lorsque la guerre a éclaté. Nous avons d’ailleurs eu de gros problèmes pour le
retour. Puis les voyages en ex-Yougoslavie ont été déclarés impossibles…
APIC: Vous avez donc renoncé?
M.-J. Currat: Non, car nous avons eu écho d’un appel de détresse par une
infirmière habitant ici et dont toute la famille est à Mostar. Sa famille
lui écrivait: «On a froid, on a faim, on n’a plus d’électricité». A partir
de là, mon mari et moi avons désiré faire de l’aide humanitaire. Nous pensions au début partir tous les deux, avec une camionnette et quelques vivres. Après quinze jours, on a déjà dû envisager un camion, puis un semi-remorque de 80 mètres cubes.
Mon mari et moi avons été stupéfaits de la mobilisation des gens. Nous
avons été soutenus par les communes, les paroisses, les prêtres. J’ai rencontré personnellement Mgr Mamie, lui demandant s’il était possible d’organiser des quêtes pour l’ex-Yougoslavie. Il a tout de suite été d’accord,
d’autant plus que lui-même s’était rendu sur place quelque temps auparavant.
Ce que coûte un voyage d’aide humanitaire? Pour un camion complet, il
faut compter entre 35 et 45’000 francs. Le premier voyage a été effectué
en novembre 1992. Depuis, il y a eu sept convois.
APIC: Comment réagit votre mari face à cette tâche qui vous prend votre
temps, votre argent?
M.-J. Currat: Ce n’est pas seulement ma tâche, car c’est à deux que nous
vivons cela. Nous avons le même désir de faire quelque chose et nous nous
investissons autant l’un que l’autre. Il prend une semaine de congé dans
son travail pour m’accompagner là-bas. Pour nous qui n’avons pas eu d’enfant, cette communion dans l’action est véritablement une sorte de béton
entre nous, un ciment qui nous soude. C’est quelque chose de très grand que
l’on ne peut pas vraiment expliquer.
APIC: Qu’est-ce qui vous fait le plus mal là-bas, quelles images vous
poursuivent?
M.-J. Currat: Ce sont ces gens qui nous montrent par gestes qu’ils ont
froid et qui dès qu’on leur a donné des vêtements chauds (nos cartons sont
répertoriés par tailles) reviennent habillés nous montrer comme ils sont
heureux. Il y a aussi ces petits corps d’enfants à l’hôpital de Mostar,
couverts seulement par un drap léger, alors que nous, nous arrivions avec
nos vêtements les plus chauds. Une grand-maman m’a prise par la main et m’a
serrée contre elle en sanglotant, disant combien elle avait besoin de savoir que dans d’autres pays on pense à eux.
APIC: Comment va être Noël cette année à Mostar?
M.-J. Currat: Je n’ose pas y penser. Je vous dirai cela quand on en reviendra. Le 24 au soir, on sera à la messe de minuit à Medjugorje et le 25,
nous irons faire la distribution des repas à l’hôpital et dans les camps de
réfugiés. Pourvu que la trêve de Noël soit respectée.
On a certes besoin de jouets, mais surtout d’habits chauds pour les enfants et d’alimentation. Si je préfère 50 kg de pâtes ou une petite enveloppe? 50 kilos de pâtes, ça rend service, bien sûr, mais ce qu’un privé
achète à un prix fort, nous pouvons, nous, l’obtenir à un prix très bas
grâce aux grandes quantités commandées. Donc, avec une petite enveloppe,
pour le même prix, nous pouvons avoir des quantités beaucoup plus grandes.
Pour vous donner un exemple, nous payons le sucre 80 cts le kilo.
APIC: Vous avez parlé d’images insoutenables là-bas. Lorsque vous rentrez ici, y a-t-il quelque chose qui vous dérange?
M.-J. Currat: C’est la vie qu’on mène. Ici, on gaspille la marchandise.
APIC: Ces voyages ont-ils changé votre quotidien?
M.-J. Currat: Complètement. Notre vie a beaucoup changé depuis que nous
allons là-bas. Maintenant, les repas au restaurant, les banquets qui accompagnent en général les grandes fêtes, l’entrée-plat de résistance-déssert
de tous les jours ne nous sont plus possibles. Non, pas par solidarité,
mais parce l’on n’a plus du tout envie de vivre en riches. C’est devenu impossible… une évidence. Cela ne nous demande même pas un effort. Et l’on
s’aperçoit que c’est aussi un enrichissement personnel.
APIC: Vous aimez votre vie, Marie-José Currat?
M.-J. Currat: Oh oui, j’aime beaucoup ma vie, qui est devenue un continuel désir de faire plus, une continuelle soif. (apic/mcf/pr)



