Fribourg: Le professeur Leo Karrer déplore la nouvelle orientation de l’Université

Apic interview

Le bilinguisme n’est pas un profil suffisant

Interview: Josef Bossart / Traduction: Bernard Bovigny

Fribourg 17 décembre 2003 (Apic) Le bilinguisme est présenté maintenant comme la marque d’identité de l’Université de Fribourg, alors que celle-ci est l’Université des catholiques suisses depuis sa fondation. Le professeur de théologie Leo Karrer, âgé de 66 ans, ne peut accepter sans discussion ce changement d’accent.

«Il me manque un profil qui comprenne également une orientation et un but intellectuels», soutient le professeur de théologie pratique dans une interview donnée à l’Apic. Leo Karrer est président de la Société européenne de théologie, qui regroupe 1’100 professeurs de théologie issus de 20 pays.

Apic: L’Université de Fribourg, fondée en 1889 pour les catholiques suisses, présente maintenant le bilinguisme comme son principal signe distinctif. Cette dénomination aurait-elle pris la place de «l’Université des catholiques suisses»?

Leo Karrer: Il est clair qu’une «université catholique», dans un sens strictement confessionnel, ne peut plus constituer un profil pour une haute école dans la société actuelle. La signification du confessionnel n’est plus la même aujourd’hui qu’à la fin du 19e siècle ou au début du 20e siècle. Les frontières confessionnelles ne sont plus les mêmes, et les Eglises ont généralement perdu en signification et en réputation. Une présentation de l’Université de Fribourg avec une référence confessionnelle passerait difficilement.

Cela dit, je pense que le bilinguisme de l’Université de Fribourg est un élément qui est simplement dû à sa situation géographique. On peut techniquement utiliser, et peut-être même forcer, l’énorme avantage de cette situation dans la programmation. Mais cela a peu à faire avec le profil intellectuel de l’Université. Et j’en viens à la question centrale: des valeurs contemporaines importantes ne vont-elles pas se perdre si l’on dit que l’Université de Fribourg n’est plus une haute école catholique et si l’on présente pragmatiquement une situation comme le bilinguisme comme marque d’identité?

Apic: Vous déplorez donc l’absence de fondement idéologique dans cette nouvelle définition .

Karrer: . Je déplore l’absence d’un profil qui comprenne également une orientation intellectuelle et soit porteur d’un but, de quelque chose qui aille au-delà de l’utilisable et du mesurable. L’Université, dans le contexte rationnel d’aujourd’hui, doit avoir le courage d’être un lieu d’expression intellectuelle où sont débattues les questions éthiques ou la question du sens, et sortir ainsi du savoir de détails.

Apic: En fin de compte, vous êtes gêné par «l’étiquette publicitaire bilinguisme». Mais la publicité ne prétend pas présenter le tout, elle veut attirer l’attention du client potentiel sur un élément .

Karrer: Je me demande simplement s’il s’agit là d’une stratégie publicitaire orientée vers le marché ou d’une véritable option. L’humanité apparaît actuellement menacée de toutes parts dans notre société. Nous avons beaucoup de problèmes qui ont à voir avec les valeurs et les questions culturelles. Dans cette situation, une haute école comme l’Université de Fribourg devrait se demander si elle n’a pas comme devoir, au vu de son histoire, de développer des modèles de société et d’humanité tenant compte des valeurs chrétiennes confrontées aux défis actuels.

Le défi, aujourd’hui, pourrait être le suivant: conscients de l’enseignement social et de la représentation humaine développée par le christianisme, prendre place dans les thèmes de discussion: existence et liberté humaines, personnalité et vie commune, .

Apic: Admettons que vous ayez toute liberté pour présenter l’Université. Quelle «marque d’identité» adopteriez-vous?

Karrer: Je ne peux vous dire spontanément comment je la formulerais. Mais je soulignerais que l’Université de Fribourg effectue sciemment un travail de lobby en faveur de l’humanité. Et je déplore actuellement cette absence dans le développement de ses visions. Je pense que nous autres humains avons tout à perdre si, dans la durée, seul compte ce qui est utile et rentable pour les prochaines compétitions économiques.

L’impression selon laquelle, sous le slogan «Réforme de Bologne», la culture n’est aujourd’hui plus que de l’enseignement gagne du terrain en Suisse, mais également en Allemagne. Cette culture doit encore se réduire et devenir le plus possible conforme aux intérêts économique; elle doit répondre à ce qui est le plus nécessaire dans un tout proche avenir. Dans ce contexte, les véritables éléments de culture n’ont plus du tout leur place.

Apic: Que pourriez-vous concrètement entreprendre pour doter l’Université de Fribourg d’un profil davantage porteur de sens, par exemple en réadaptant l’attribut «catholique»?

Karrer: Beaucoup de questions actuelles pourraient être davantage abordées de façon interdisciplinaire et surtout entre les facultés. Cela est aussi valable, du point de vue pratique, pour les défis de notre société contemporaine. Mais les théologiennes et théologiens, en tant que tels, ne peuvent l’accomplir seuls. Ils ont besoins de collaborations dans les domaines de la politique, des sciences sociales, de la psychologie, des sciences naturelles, . Dans ce sens, afin de conserver une vision ou un profil pour notre Université, nous devrions lutter ensemble dans la bonne direction!

J’en voudrais aux théologiennes et aux théologiens de notre Faculté si nous ne nous immisçons pas dans la discussion. Nous avons un peu la fonction de trouble-fête dans la maison, ou de celui qui pose les bonnes questions. Mais, comme je l’ai dit, nous ne pouvons rien entreprendre seuls. Nous ne sommes pas en mesure de résoudre les problèmes, mais nous pouvons donner une impulsion. Et pour ce dialogue, il est nécessaire de pouvoir compter sur les juristes, les médecins, les travailleurs sociaux, les économistes, .

De notre côté subsiste également le danger de nous perdre dans nos disciplines spécifiques et de ne plus pouvoir présenter à l’extérieur un concept d’identité de notre faculté.

Apic: Chaque année, les catholiques suisses sont invités, le premier dimanche de l’Avent, à soutenir l’Université de Fribourg lors des quêtes à la messe. Quelle raison auraient-ils de continuer à le faire?

Karrer: On m’a à nouveau abordé à ce sujet cette année, et des prêtres m’ont demandé: Pourquoi devons-nous faire la collecte pour la haute école catholique, qui est en fait une université bilingue? A mon avis, la question de cette quête est à aborder dans le cadre plus large du profil intellectuel de l’Université .

Note pour les rédactions: une photo de Leo Karrer est à disposition à l’Agence Apic. Adresse: kipa@kipa-apic.ch

(apic/job/bb)

17 décembre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Rencontre avec Mgr Cyprien Mbuka, évêque auxiliaire de Boma

APIC – Interview

Le peuple congolais en a marre de la guerre

Jacques Berset, Agence APIC

Boma/Fribourg, 14 décembre 1998 (APIC) Les Congolais en ont marre de la guerre, c’est la réaction générale dans tout le pays, martèle Mgr Cyprien Mbuka. Pour l’évêque auxiliaire de Boma, ville tout à l’Ouest de la République démocratique du Congo, il est encore trop tôt pour dresser un bilan définitif du régime de Laurent-Désiré Kabila: «Nous voulons la paix, on fera la politique après!» Une chose est sûre: que surviennent «libérateurs» ou «envahisseurs», c’est toujours les petits qui trinquent.

«Je suis revenu à Boma au moment où Kabila s’installait aux commandes de l’ex-Zaïre. A peine un an après, voilà à nouveau la guerre. Nous avons vécu l’occupation de la ville par les rebelles le 4 août dernier; ils ont pillé, détruit, tué, violé…Le 27 août, à l’arrivée des troupes angolaises alliées de Kabila, même scénario!». Malgré une certaine lassitude, Mgr Mbuka conserve l’espoir que son pays exsangue se relève. Pourvu qu’on lui laisse le temps de soigner les plaies de trois décennies de «mobutisme» et que les grandes puissances – l’évêque vise les Etats-Unis! – cessent de s’immiscer dans la région des Grands Lacs.

APIC: La guerre se déroule à l’autre bout du pays, mais vous en avez tout de même subi les contrecoups, puisque les rebelles étaient à Matadi, dans le Bas Congo.

Mgr Mbuka: Les rebelles n’étaient pas seulement à Matadi, à une centaine de kilomètres, mais ils sont également entrés dans la ville de Boma. Ils ont attaqué la base militaire de Kitona, dans la région de Muanda, située dans mon diocèse. Un avion parti de Goma – près de 2’000 kilomètres plus à l’Est – a traversé l’ensemble du pays, pour les amener. Le 4 août, les insurgés ont occupé Kitona et progressivement, ils ont investi toutes les villes de la région. On ne connaît pas leur nombre. La plupart d’entre eux ne sont pas d’ici. Parmi eux, il y a certainement des étrangers, des Rwandais, probablement aussi des Ougandais. Les contacts ont été très éphémères, car ils ont été chassés de la région le 27 août.

Nous avons souffert de ces combats: il y a eu des morts, des vols, des pillages, des viols par les rebelles, aussi lors de l’arrivée des Angolais. Toutes les troupes combattantes se comportent de la même manière. Que penser de ces «libérateurs»? La conclusion naïve et populaire, c’est qu’on en a marre de la guerre. C’est un peu la réaction générale maintenant au Congo. C’est pourquoi à la question «que pensez-vous de Kabila?», je réponds premièrement que nous voulons la paix, on fera la politique après.

APIC: Il semble difficile de désigner les fauteurs de troubles par leur nom et de savoir qui a raison et qui a tort dans ce conflit!

Mgr Mbuka: Je crois que cette nouvelle guerre nous a surpris. Il y a 1 an et 3 mois que les combats venaient de se terminer; ils avaient fait couler beaucoup de sang. Kabila est arrivé au pouvoir par la force des armes, soutenu lui aussi par de grandes puissances. On commençait à retravailler, un peu dans la confusion peut-être, car le pays était au fond du trou après 30 ans du règne sans partage de Mobutu. Ce n’est pas en un an que l’on aurait pu remonter la pente. Psychologiquement, nous étions conscients qu’il fallait du temps pour essayer de reconstruire le pays. A peine un an après, voilà que l’on s’engage à nouveau dans la voie des armes. D’aucuns veulent la justifier par les dysfonctionnements politiques. Certes, il est patent que le développement politique du Congo laisse beaucoup à désirer, mais faut-il pour autant résoudre les problèmes en nous lançant dans une nouvelle guerre?

APIC: La population congolaise, qui a salué l’arrivée de Kabila à Kinshasa, attendait-elle le paradis tout de suite!

Mgr Mbuka: Celui qui croit que tout peut se résoudre par un coup de baguette magique est pour le moins naïf. En fait, les naïfs ont été légion. On ne peut tout de même pas s’imaginer qu’un pays descendu aussi bas allait trouver le paradis un an après. Des insatisfactions, il y a en. Nous avons pour notre part critiqué la suspension des partis politiques édictée par Kabila. De plus, le nouveau pouvoir a pratiquement ignoré l’immense travail réalisé les années précédentes par la Conférence nationale souveraine (CNS), présidée par l’archevêque de Kisangani, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya. Ce n’est pas l’Evangile, mais la CNS a été le lieu d’une grande concertation nationale. Cette consultation très vaste au niveau du pays permettait de recréer la société civile. Un véritable processus d’écoute, une relecture de l’histoire du pays, un débat public suivi par le peuple, où il pouvait réagir et donner son opinion. Autre point négatif: on se serait attendu à la mise sur pied d’un gouvernement issu des différents partis politiques. Pourtant, accuser le gouvernement de tribalisme ou de régionalisme serait exagéré. On y trouve tout de même au moins un ministre venant de chacune des grandes régions du pays.

APIC: Le gouvernement de Kabila peut toutefois difficilement être qualifié de démocratique…

Mgr Mbuka: Qu’entend-on par démocratique? Pour l’Europe, multipartisme égale démocratie. Mais pour nous, dans nos traditions, on peut avoir un groupe uni mais qui travaille pour le peuple. Le gouvernement n’est pas tout à fait démocratique dans le sens où nous sentons encore l’insécurité, l’exploitation des petits par les grands, la corruption.

Sous certains aspects, le respect des droits de l’homme laisse même beaucoup à désirer. Pourtant, en matière de médias, par exemple, une certaine liberté de presse s’est maintenue. On y critique même la présidence, bien que certaines choses aient été interdites. Il faut quand même se rappeler ce qu’était la situation des droits de l’homme sous Mobutu….

APIC: Pas étonnant donc que pour beaucoup, Kabila représente un certain espoir!

Mgr Mbuka: Un an, cela ne suffit pas pour juger vraiment des changements, mais il faut tout de même mentionner des aspects positifs. Je suis revenu à Boma en octobre 97; Kabila était déjà là. J’ai trouvé très intéressant d’observer le mouvement qui se développait depuis la base. Un peu partout, on discutait de la reconstruction nationale dans des réunions à tous les niveaux. Les hommes d’Eglise participaient, on étudiait les questions, on débattait. Le gouvernement a essayé de restaurer un certain ordre, les services de l’Etat, l’aéroport de Kinshasa, ont été mieux organisés, la propreté a fait des progrès dans les centres urbains.

Autre élément positif, l’introduction de la nouvelle monnaie a été reçue avec beaucoup de joie, parce que tout s’est déroulé dans le calme. On n’en a pas profité pour exploiter les gens. Du temps de Mobutu, les dévaluations ou les changements de monnaies avaient lieu sans délais suffisants. Des gens ont tout perdu, ils n’avaient pas eu le temps d’aller changer leurs vieux billets à la banque. Un aspect plus fondamental, que l’on ignore parfois à l’étranger: durant un an, à la grande satisfaction des gens, le cours de la monnaie est resté stable. Avant, l’argent était dévalué pratiquement chaque semaine. Le «zaïre», la monnaie du pays, a gardé quasiment la même parité vis-à-vis du dollar. La nouvelle monnaie, le franc congolais, avait repris le même chemin. On a recommencé à payer les salaires arriérés, bien qu’au début, on avait trouvé les caisses non seulement vides, mais encore cassées.

Malheureusement, le retour de la guerre a précipité la spirale de l’inflation. Même si la guerre à Boma n’a pourtant duré que quelques heures, j’ai bien vu ce qu’ont apporté les hommes en armes: un cortège de destructions, de vols, des magasins complètement vidés.

APIC: Si Kabila a amélioré certaines choses, comment peut-on alors expliquer que la rébellion ait pu s’emparer si facilement d’une bonne partie du pays ?

Mgr Mbuka: Pourquoi la rébellion, quelle est sa motivation? Chez nous, les rebelles se sont d’abord présentés comme n’étant pas des Rwandais ou des Ougandais, mais des ex-FAZ, des anciens soldats des Forces Armées Zaïroises de Mobutu, en révolte contre le gouvernement de Kabila. Ils veulent lui montrer que s’il est arrivé au pouvoir, c’est en partie grâce à eux. Lui, au lieu de les prendre en considération, les a fait interner dans des camps, où ils ont été brimés. Ces prisonniers laissés à l’abandon ont été soumis à une sorte de rééducation politique et idéologique. Pour cette raison, ils voulaient nous persuader que Kabila était en train de réintroduire la dictature dans le pays, le tribalisme, l’exploitation, etc.

Du point de vue des rebelles, Kitona ressemblait, pour des milliers d’ex-FAZ, à un véritable camp de concentration. Je suis témoin de leurs souffrances, certains en sont morts. Mais les internés de Kitona ne sont pas seuls en cause dans la rébellion. L’affaire avait été préparée de longue date. Elle est politisée et internationalisée. Le commandant militaire de la région du Bas Congo était parmi les rebelles. C’est même lui qui était à la réception de l’avion en provenance de Goma. Il a joué un rôle dans la non réaction des troupes basées à Kitona. Des ex-FAZ ont rejoint les rebelles, d’autres se sont enfuis ou sont redevenu civils.

APIC: Le conflit a très rapidement pris une dimension internationale. Vous dénoncez le rôle des grandes puissances qui alimentent la guerre.

Mgr Mbuka: Effectivement, les Angolais sont intervenus pour repousser les rebelles, car l’armée nationale a fait défection. Ce sont eux qui occupent la région maintenant. La partie de l’armée nationale restée fidèle combat les rebelles avec des contingents angolais, tchadiens, namibiens et zimbabwéens. Ce n’est plus un secret pour personne, car Kabila a confirmé ces accords publiquement. De l’autre côté, on a des Ougandais, de Rwandais, des Burundais. Ils ont fini par reconnaître qu’ils sont là, avec l’argument qu’ils protègent ainsi leurs frontières. Mais nous ne savons pas qui se cache derrière les combattants sur le terrain. Nous sommes pourtant convaincus que le Rwanda n’est pas en mesure de mener seul de telles opérations. Des grandes puissances agissent dans l’ombre.

Je suis choqué quand, après un bombardement, on nous annonce qu’un pays occidental a envoyé telle ou telle quantité de riz ou de haricots. Il a donc fallu attendre qu’on nous tue pour que l’on nous envoie à manger. A la limite, ce sont les mêmes qui ont le pouvoir de nous bombarder et qui nous envoient ensuite du riz. Quand je vois les armes utilisées chez nous, et les missiles pour descendre un avion à Kindu, je m’imagine difficilement que ce soient des Africains qui les ont fabriquées. Elles ont bien dû venir de quelque part. On se rend compte que l’on joue un jeu de plus en plus pernicieux sur le dos des Etats africains.

Nous devrions réfléchir sur l’implication des grandes puissances en Afrique et dans le tiers monde d’une façon plus générale. Interpeller les chrétiens des pays du Nord sur l’imbrication des multinationales et des intérêts politiques. Les armes sont fabriquées dans vos pays. Au lieu d’envoyer des sacs de riz, je crois que vous devriez d’abord manifester devant une usine d’armements pour crier qu’il faut arrêter cette production meurtrière. Allez-vous le faire, avec le risque de causer des pertes d’emplois, du chômage, une diminution du pouvoir d’achat?

APIC: Les Congolais ne devraient-ils pas aussi se réconcilier entre eux ?

Mgr Mbuka: Que peut faire à lui seul un chrétien congolais dans le monde actuel régi par les intérêts communs des grandes puissances et des grands groupes financiers? La presse devrait davantage pousser ce genre d’analyse structurelle pour montrer qu’au fond, ce n’est pas uniquement en demandant aux Congolais de se réconcilier qu’on résoudra les problèmes du Congo. Il faut aussi que cesse l’immixtion des puissances étrangères.

Les Etats-Unis sont impliqués dans la guerre du côté des rebelles. Peu importent les raisons, on ne peut admettre qu’ils s’ingèrent parce que certains estiment que Kabila agit mal. Ce n’est pas parce qu’il y a un dictateur quelque part qu’il faut tuer mille personnes. Nous passons d’un point de vue éthique à la défense de je ne sais quels intérêts. En Europe, comme en Amérique, d’aucuns se sont aperçus que Kabila ne sert pas leurs intérêts: il faut donc l’écarter du pouvoir. Tous les moyens sont bons, même s’il faut pour cela tuer des innocents. On oublie en général que ce ne sont jamais les personnes visées qui sont éliminées, mais d’autres… alors que partout en Occident l’on prêche les droits de l’homme soi disant pour protéger l’innocent.

Les pays européens nous déçoivent par leur duplicité, voire même leur hypocrisie. On ne les entend pas dire non, avec fermeté, aux grandes puissances qui s’impliquent dans une guerre comme la nôtre. On oublie aujourd’hui que les multinationales au niveau économique, le sont aussi au niveau politique. Aujourd’hui, il n’y a plus de politique, il n’y a que l’économie. On dit qu’il faut que Kabila soit démocratique, que l’élite du Congo soit démocratique, mais nous sommes dans un réseau. Cela signifie qu’il faut que la Suisse, la France, les Etats-Unis soient effectivement démocratiques dans les rapports internationaux… En demandant aux Congolais de faire la démocratie, il faut en même temps assainir le système de relations internationales. On ne peut pas isoler un élément, le soigner et laisser le reste pourrir.

Si les gens de chez vous, dans un élan de solidarité, veulent vraiment aider nos peuples, ils verront que le rééquilibrage du système en faveur du tiers monde aura pour conséquence probable la diminution de leurs acquis actuels. Les sociétés occidentales s’appauvriront quelque peu car il y aura davantage de chômage, moins de pouvoir d’achat. Qu’on le veuille ou non, si l’on cesse l’exploitation de l’un, on diminuera l’avoir de l’autre. (apic/ab/be)

27 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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