Apic Interview
Rencontre avec le cardinal Godfried Danneels, l’un des «papabili» à la mort de Jean Paul II
Le langage de l’Eglise doit être celui du coeur
Jacques Berset, agence Apic
Einsiedeln, 9 décembre 2005 (Apic) Considéré comme l’un des «papabili» à la mort de Jean Paul II, le cardinal Godfried Danneels était l’hôte d’honneur de la Conférence des évêques suisses jeudi au couvent d’Einsiedeln. L’archevêque de Malines-Bruxelles est venu parler des 40 ans de la clôture du Concile Vatican II, dont il est un fin connaisseur. Le primat de Belgique faisait partie des 115 cardinaux réunis en avril dernier dans la chapelle Sixtine pour désigner le nouveau pape. Interview.
Pour le prélat belge, qui s’exprime sans ambages, le Concile, qui a été «une bénédiction et un cadeau pour l’Eglise au XXe siècle», n’a pas encore livré tous ses fruits. Mais que serait l’Eglise aujourd’hui sans Vatican II, a lancé celui qui prônait un temps un Concile Vatican III. Le prélat belge est en outre un habitué des montagnes de la Gruyère, où il passe ses vacances d’été depuis une dizaine d’années.
Apic: Vous affirmez que l’on sent partout que l’homme moderne a une nostalgie de l’espérance, mais de moins en moins de gens voient en l’Eglise le signe du bonheur.
Cardinal Danneels: Certes, je crois que les gens font l’expérience de plus en plus que le bonheur ne se trouve pas au bout de la consommation et des biens terrestres, et qu’ils ont besoin de quelque chose de plus. Mais ils n’ont pas déterminé ce qu’est le bonheur qu’ils cherchent, et ils ne s’adressent pas forcément aux Eglises pour le trouver. Cela explique le succès des sectes ou des grandes religions orientales, voire des méthodes de méditation transcendantale.
Il s’agit de trouver un sens à la vie, et c’est un phénomène nouveau, car il y a 20 ans, on rencontrait surtout une soif de bien-être et de commodité matérielle. Les Eglises doivent plus se montrer avec des recettes de bonheur, car la religion est faite pour le bonheur de l’homme, sinon elle ne sert à rien.
Apic: L’Eglise sait-elle trouver le langage adéquat dans nos sociétés sécularisées ?
Cardinal Danneels: Le langage doit être celui du coeur, car l’Evangile a ce langage. Les Eglises parlent encore trop le langage de la réflexion, de l’intelligence, et on devrait se dépouiller de tout ce qui est trop théologique et juridique. Il commence à y avoir trop de droit canon dans l’Eglise.
Il y a un danger de juridisme qui n’existait pas tout juste après Vatican II. On doit décaper le message de l’Eglise de son trop plein de philosophie et d’abstrait, et retourner au langage simple de l’Evangile. Dans les paraboles de Jésus, comme le Fils prodigue ou la Samaritaine, il n’y a que du coeur. On a besoin aussi dans l’Eglise des théologiens et philosophes, mais les gens ne veulent pas directement cela: ils souhaitent quelque chose de compréhensible qui touche leur coeur.
Apic: Malgré l’aggiornamento du Concile, on voit que les Eglises se vident, les vocations se raréfient.
Cardinal Danneels: Qu’il y ait moins de vocations sacerdotales, que la pratique baisse, ne veut encore rien dire sur l’influence de l’Eglise dans la société et dans le monde. Je constate évidemment que moins de gens viennent à la messe le dimanche. Mais quand parlait le pape Jean Paul II – dont on ne suivait certainement pas tous les conseils – par exemple sur la guerre en Irak, il était très écouté. Quand l’Eglise se prononce sur la justice dans le monde, sur la violence, le terrorisme, son audience n’a jamais été aussi grande.
Apic: On voit que la sécularisation en Europe occidentale s’accélère, que l’Union européenne n’a pas voulu mentionner Dieu dans la Constitution.
Cardinal Danneels: Cela n’a pas été tellement une défaite pour le pape ou pour l’Eglise, mais une défaite pour l’Europe elle-même. Je ne comprends pas pourquoi un fait historique ne peut pas être mentionné dans la Constitution européenne. Ce n’est qu’un fait: on demande de reconnaître seulement que l’Europe a été fondée sur des valeurs juives et chrétiennes. Pourquoi a-t-on eu peur de mentionner ces racines historiques indéniables? Cela ne signifie pas que l’Eglise veut le pouvoir, car on sait depuis longtemps que l’Europe n’est plus chrétienne.
Qu’on ne mentionne pas Dieu dans la Constitution, je pourrais encore le comprendre, parce que Dieu n’est pas à proprement parler un fait historique, mais qu’on n’accepte pas l’influence du christianisme et du judaïsme pendant 20 siècles dans l’histoire de l’Europe, c’est tout simplement une faute historique, motivée par de l’idéologie.
Apic: Dans un pays comme la Belgique, le parti social chrétien (PSC) s’appelle depuis quelques années Centre Démocrate Humaniste (CDH). N’est-ce pas un signe – que l’on voit aussi en Suisse – que les partis d’essence démocrate-chrétienne cherchent leur identité en dehors de l’Eglise ?
Cardinal Danneels: J’estime qu’il ne faut pas d’identification entre le christianisme et un parti politique. Un parti est indépendant de l’Eglise, c’est un principe adopté depuis la Révolution française. S’il peut être inspiré par les principes chrétiens, voire s’appeler chrétien, il ne doit pas être le bras prolongé de l’Eglise. Ce fut le cas dans le passé, mais pour moi, un parti politique est un parti politique. Les partis chrétiens ne veulent pas être considérés comme des valets du Vatican ou des évêques, et là je pense qu’ils ont raison. Mais fallait-il pour cela éliminer le mot chrétien ?
Le fait qu’en Belgique on ait enlevé le mot chrétien du PSC, devenu le CDH, vient peut-être du fait qu’on pense que s’appeler chrétien rapporte moins électoralement. Là, je pense que l’on se trompe. Si le christianisme est vraiment une valeur, il va être apprécié. Si on cache son identité, on devient «neutre», et on n’attire plus personne, alors que l’on s’achemine vers une période de l’histoire où l’on va devoir se profiler plus.
Apic: Dans nos société, on questionne l’Eglise pour le rôle qu’elle réserve à la femme!
Cardinal Danneels: Je pense que la femme n’a pas suffisamment de place dans l’Eglise, certes, mais dans le monde non plus. Il faudrait faire attention de ne pas entrer dans une logique de pouvoir, car ce n’est pas cette logique qui fait la valeur ni de l’homme ni de la femme. Il faut retrouver quelque part le véritable charisme de la femme, mais ne faisons pas des femmes des «génies masculins».
J’ai toujours plaidé pour que des femmes soient nommées dans les postes importants du Vatican. Dans mon conseil épiscopal, tout ce qui concerne le monde religieux est aux mains des femmes. On peut progresser, mais le Vatican est plus lent, notamment dans les organes suprêmes de la curie romaine. Des progrès ont tout de même été faits dans la Congrégation pour les religieux et religieuses à Rome, par exemple. JB
Encadré
Eléments de biographie du cardinal Danneels
Le cardinal Godfried Danneels est né à Kanegem (Flandre orientale) le 4 juin 1933. Il est l’aîné de six enfants. Il a étudié au Grand séminaire de Bruges, puis a obtenu la licence en philosophie à l’Université de Louvain et le doctorat en théologie à l’Université Grégorienne de Rome.
Le cardinal Danneels a d’abord enseigné au Grand séminaire de Bruges et à la Faculté de théologie de Louvain. Nommé évêque d’Anvers en 1977, il succéda au cardinal Suenens en 1979 comme archevêque de Malines-Bruxelles et fut nommé cardinal en 1983. En 1985, il a été rapporteur du synode extraordinaire convoqué par Jean Paul II pour célébrer le vingtième anniversaire de la clôture du concile Vatican II. Il est par ailleurs membre de diverses congrégations romaines, membre du secrétariat permanent du synode et fut président du mouvement pour la paix Pax Christi International. JB
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Apic – Interview
Rencontre avec Chico Whitaker, l’un des «pères» du Forum social de Porto Alegre
9 mois de gouvernement Lula, appui critique de l’Eglise maintenu
Jacques Berset, agence APIC
Fribourg, 22 septembre 2003 (Apic) Malgré l’offensive contre la théologie de la libération dans les années 80 et la nomination d’évêques plus «conservateurs», l’Eglise brésilienne reste proche des pauvres. «C’est un fait établi au Brésil que l’Eglise est avec les pauvres, et les pauvres comptent sur son appui», lance Francisco Whitaker Ferreira, l’une des chevilles ouvrières du Forum Social Mondial (FSM) de Porto Alegre. Interview.
Figure emblématique du mouvement social brésilien, Francisco Whitaker Ferreira – «Chico» pour le grand public – était l’hôte de marque ce week-end du 1er Forum Social Suisse, qui a réuni à l’Université de Fribourg quelque 800 participants et de nombreuses ONG de la société civile. Jusqu’à l’an dernier secrétaire exécutif de la Commission «Justice et Paix» de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), Chico Whitaker s’exprime dans un excellent français, mâtiné d’un suave accent latino. Pas étonnant, car cet intellectuel pauliste aux cheveux blancs – il va prochainement fêter ses 72 ans – a passé 11 années d’exil en France, et 4 autres au Chili.
8 ans durant conseiller municipal du Parti des Travailleurs (PT) à Sao Paulo, parti où il milite depuis deux décennies, Chico Whitaker n’a jamais caché son appartenance politique. Cela ne l’a pas empêché de recevoir un «appui total» de la CNBB pour lancer avec d’autres le 1er Forum Social Mondial (FSM) et une imposante campagne de lutte contre la corruption électorale.
«Le bébé n’est pas encore né»
9 mois après l’intronisation du président Luiz Inacio Lula da Silva, à la tête du 1er gouvernement de gauche de l’histoire du Brésil, Chico Whitaker affirme que «le bébé n’est pas encore né». Le pays doit en effet gérer la gigantesque dette publique et la dette sociale laissées par les précédents gouvernements, en particulier l’héritage du régime néo-libéral du président Collor de Mello. Sur les 170 millions d’habitants du Brésil – pays faisant partie des 10 premières puissances économiques mondiales – la moitié vivent dans la pauvreté ou dans une situation proche. Seuls 60 à 70 millions de Brésiliens sont véritablement «dans le marché», le reste doit se contenter de survivre. 33 % des Brésiliens vivent en dessous du seuil de la pauvreté, soit, selon l’Institut de recherche appliquée en économie (IPEA) du Brésil, 56,9 millions de personnes, dont 24,7 millions sont dans l’indigence la plus complète.
Apic: L’épiscopat brésilien soutient la démarche du Forum Social de Porto Alegre
C. W.: Lors du 1er FSM en janvier 2001, quelques secteurs d’Eglise ont dénigré cette rencontre, qu’ils qualifiaient de «gauchiste», voire de «communiste». Lors de la seconde édition, l’année suivante, les gens d’Eglise étaient déjà beaucoup plus nombreux et visibles, alors que cette année, le président de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) était au premier rang lors de l’ouverture!
Nombre de participants au FSM sont des religieux, des religieuses, des prêtres et des laïcs. Ce n’est pas étonnant, car l’Eglise brésilienne est très intégrée à l’histoire récente du pays. Pour moi, la méthode du FSM, sa pédagogie, son horizontalité, sont très proches de celles des communautés ecclésiales de base. Elles sont plus importantes que les contenus mêmes des discussions. L’Eglise brésilienne se reconnaît dans cette démarche participative.
Apic: Etre chrétien au Brésil, cela a des conséquences concrètes
C. W.: Que veut-on dire en effet quand on affirme être chrétien? Est-ce pouvoir montrer une carte de membre d’une Eglise chrétienne ou bien vivre la solidarité au quotidien. Historiquement, depuis la colonisation portugaise et les missionnaires, le Brésil est un pays catholique. Aujourd’hui, sociologiquement, le pays est aussi marqué par les mouvements évangéliques pentecôtistes qui gagnent du terrain. On a affaire à une autre proposition religieuse, plus «escapiste» (fuite magique hors du monde, ndr): «Ne vous engagez pas trop dans les luttes sociales et politiques, pensez aux miracles, à l’aide que Dieu vous apporte individuellement.»
Apic: Cette tendance ne se développe-t-elle pas également au sein de l’Eglise catholique, avec les groupes charismatiques, le phénomène des «curés chanteurs», dont le plus connu est le Père Marcelo Rossi ?
C.W: Le phénomène des «curés chanteurs» est symptomatique: il y a très peu de contenu social dans cette mouvance charismatique. Elle est née d’une tendance à croire que l’Eglise catholique était en train de perdre du terrain face aux Eglises pentecôtistes. Dans ce cas, on évite d’en analyser les vraies raisons.
Alors que l’Eglise catholique propose aux pauvres de se mettre debout, de s’engager dans les communautés de base, de devenir des citoyens, les mouvements pentecôtistes proposent aux pauvres de prier, de chanter, de donner leur argent pour être sauvés. C’est beaucoup plus facile de promettre des miracles que de contribuer à changer la réalité quotidienne. Car c’est effectivement difficile de construire des communautés. Voyant le succès des pentecôtistes, des tendances catholiques ont dit: «Faisons comme eux!» On a vu alors de jeunes prêtres brésiliens lancer de grands spectacles intégrant danse, chansons, musique et liturgie. Padre Marcelo Rossi est le plus connu de ces curés chanteurs; il peut attirer des centaines de milliers de personnes et a déjà vendu des millions de disques.
Ainsi, un jour que j’étais engagé dans la récolte des signatures pour la loi contre la corruption, on m’a dit de contacter le Père Rossi, qui a beaucoup d’influence. Son évêque m’avait invité à une réunion, mais cela n’a eu aucun effet: il n’a pas bougé.
Apic: Peut-on parler de changement de tendance et de sensibilité au sein de l’épiscopat brésilien depuis une bonne décennie ?
C. W.: On constate que l’Eglise était très engagée au plan sociopolitique durant la dictature militaire. C’était la seule institution capable de résister, raison pour laquelle elle était en pointe. Mais au fur et à mesure du retour de la démocratie et de l’ouverture à la société civile organisée, l’Eglise a perdu ce rôle central de résistance. Elle est devenue l’une des organisations de soutien aux revendications populaires, l’une parmi de nombreuses autres.
La tentation de retrait dans l’engagement sociopolitique a été renforcée par la politique de la curie romaine concernant les nominations épiscopales. Rome voulait des évêques moins «politiques» et beaucoup plus centrés sur l’obéissance à la centrale et sur la vie interne de l’Eglise. Le pape, marqué par sa propre expérience politique très forte dans la Pologne communiste, nous voyait comme de futurs communistes. Ce que nous n’étions pas du tout.
Apic: Cette politique de nominations a-t-elle éloigné l’épiscopat brésilien des réalités du peuple ?
C.W.: Pas nécessairement. Car la plupart de nos évêques dans leur diocèse sont restés très proches du peuple. Ils se convertissent en rencontrant les gens, au contact de la réalité. On a d’énormes surprises: de nouveaux évêques, qualifiés de conservateurs, finissent plus ou moins rapidement par se rendre compte des défis à affronter. C’est un fait établi au Brésil que l’Eglise est avec les pauvres, et les pauvres comptent sur son appui.
Nous avons également des mécanismes qui favorisent cet engagement et cette solidarité, comme l’Assemblée générale des évêques qui a lieu chaque année à Itaici. La constante recherche d’équilibre, c’est ce qui fait la grande force de l’Eglise brésilienne. Certes, il existe un certain nombre d’évêques qui aimeraient voir disparaître cet instrument d’unité qu’est la CNBB, qui a sa dynamique propre. Les évêques de cette tendance estiment qu’il ne doit pas y avoir d’intermédiaire entre eux et Rome.
Apic: Pas question donc que l’Eglise se retire du débat sociopolitique.
C. W.: Certainement pas. Ainsi, toute la lutte pour faire échec à la corruption électorale et obtenir une loi la punissant comme un véritable crime a été initiée par l’Eglise dès 1996, avec la campagne de la Fraternité de la CNBB, durant le temps de carême, intitulée «Fraternité et Politique». Depuis quatre ans, la justice brésilienne peut invalider immédiatement les candidatures de ceux qui se sont rendus coupables du crime consistant à acheter des votes d’électeurs. C’était de tradition pour les politiciens d’acheter des voix contre des paniers de nourriture, des paires de lunettes, voire des dentiers.Depuis, il y a eu des dizaines de destitutions immédiates d’élus, dont au moins une trentaine de maires en 2002. Actuellement, il y a une procédure de destitution du gouverneur du district fédéral de Brasilia.
La pratique de l’achat des votes est largement admise; les électeurs attendent chaque scrutin pour soutirer quelque chose aux candidats. Le problème a donc une dimension culturelle. Or la collecte des signatures a donné l’occasion de discuter de la valeur du vote, selon le slogan créé lors de la campagne: «Un vote n’a pas de prix, il a des conséquences.»
Pour la première fois dans l’histoire du pays a été mis en oeuvre un instrument de participation directe des citoyens, créé par la Constitution de 1988: l’initiative populaire en matière législative. Le projet de loi anti-corruption électorale a été soumis au Congrès sous la forme d’une pétition signée d’un million d’électeurs – soit 1 % du total de l’électorat, pourcentage minimal exigé par la Constitution.
Apic: L’Eglise a sensibilisé la population aux dangers de la corruption électorale
C. W.: Au Brésil comme dans presque tous les pays du tiers-monde, l’achat des bulletins de vote était monnaie courante. La lutte contre la corruption électorale était quasiment intouchable et ne figurait dans aucun des projets de réforme politique. Et pour cause: c’est à elle que la plupart des élus doivent leur mandat.
La lutte pour faire passer la Loi 9840/99, de septembre 1999, même si elle a été menée conjointement par une soixantaine d’organisations, a été perçue comme un combat de l’Eglise. Les députés en parlaient comme de «la loi des évêques». C’est d’ailleurs cela qui a donné sa force à la lutte contre la corruption électorale et permis la récolte du million de signatures. L’Eglise brésilienne jouit en général d’une grande crédibilité dans la société, à l’exception de quelques groupuscules qui la détestent, comme le mouvement catholique d’extrême droite TFP, Tradition, Famille, Propriété, fondé par Plinio Correa de Oliveira.
Apic: Lula à peine arrivé au pouvoir lance le programme «Faim Zéro», également inspiré par l’Eglise du Brésil..
C.W.: Ce programme est sorti presque au même moment où la CNBB lançait le «mutirao» contre la faim et la misère. Quand le président Inacio Lula da Silva n’était encore que candidat, il a visité la CNBB pour présenter son programme contre la faim. L’Eglise n’a pas peur de Lula – décrit par certain comme un dangereux socialiste, voir marxiste ndr – et elle garde une attitude d’appui critique.
Le programme «Faim Zéro», comme d’ailleurs le projet de «mutirao» contre la faim de l’Eglise, ne marche pas aussi rapidement que nous le souhaitons. «Faim Zéro» doit impliquer pratiquement tous les ministères du gouvernement fédéral, les gouvernements des 27 Etats brésiliens, les municipalités, les organisations de la société civile, les entreprises et la population brésilienne en général. Avec un budget initial d’environ 500 millions d’euros pour 2003 – sans tenir compte des aides privées et des dons de particuliers -, le programme «Faim Zéro» est destiné aux quelque 50 millions de Brésiliens qui vivent avec moins d’un euro par jour. Le théologien dominicain Frei Betto est l’un des conseillers spéciaux du président Lula pour le programme «Faim Zéro».
Il y a déjà de petites réalisations concrètes – comme la construction de citernes pour faire face à la sécheresse dans le Nordeste -, mais elles sont pour moi encore insuffisantes. Le peuple a l’espoir que les choses vont enfin changer. Lula est encore très haut dans les sondages d’opinions. Mais il faut absolument accélérer les changements sociaux, notamment sur le front de l’emploi, qui reste critique. A Sao Paulo, par ex. on compte officiellement près de 2 millions de personnes sans emploi (environ 20% de la population active), ce qui, évidemment, provoque un fort taux de criminalité et de violence.
Apic: Le gouvernement de Lula doit jouer serré.
C.W.: La grave crise économique relève cependant de facteurs macro- économiques que le Brésil ne maîtrise pas forcément. Lula a également conscience que s’il va trop vite dans les changements, on peut faire tomber son gouvernement. Les Etats-Unis surveillent de près la situation brésilienne et ils ont tous les moyens de faire pression de façon plus ou moins cachée. On connaît leurs actions contre le Venezuela d’Hugo Chavez, ou les méthodes utilisées pour saborder le régime, issu d’élections démocratiques, du président Salvador Allende il y a tout juste 30 ans.
Pour le moment, le puissant réseau télévisé privé «Rede Globo» appuie le gouvernement de Lula. Il ne joue pas du tout le rôle d’opposition qu’avait joué en son temps au Chili le quotidien d’opposition «El Mercurio» pour faire tomber Allende. Lula ne cherche pas la confrontation sociale, mais le jour où il touchera des intérêts économiques trop puissants, il y aura sûrement un raidissement de la part de certains secteurs de la droite. JB
Les illustrations de cet article sont à commander à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1700 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: ciric@cath.ch
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