Suisse romande : Shafique Keshavjee passeur entre les religions

Apic Interview

Un père écrit avec son fils aujourd’hui disparu un livre lumineux

Par Valérie Bory Agence Apic

Chexbres, 13 février 2006 (Apic) Infatiguable ambassadeur du dialogue interreligieux en Suisse romande, Shafique Keshavjee, Indien né au Kenya d’une famille ismaélienne, a vécu en Angleterre avant de s’établir en Suisse. Il a choisi le protestantisme «après la découverte de Jésus Christ» et son implantation dans un coin de pays protestant, le canton de Vaud, dont il a même été l’un des Constituants. Egalement écrivain, et depuis l’automne 2005 professeur à la faculté de théologie de l’Université de Genève, son dernier livre a été fait à quatre mains avec l’un de ses jeunes fils, peu avant sa mort.

Shafique Keshavjee a reçu l’agence Apic à Chexbres, au-dessus du miroir du Lac Léman, à la veille de son départ pour la 9e Assemblée du Conseil OEcuménique des Eglises (COE), à Porto Alegre, au Brésil (14-23 février 2006), où il se rend en observateur. Sur le beau visage ouvert de ce pasteur dans l’Eglise réformée vaudoise, passe la douleur du deuil récent d’un fils de 13 ans qui a écrit, avec son père, un petit livre drôle et imaginatif. Philou et les facteurs du Ciel.

Shafique Keshavjee, actuellement retiré d’un certain nombre de groupes de travail sur l’interreligieux depuis sa nomination à l’Université de Genève, a pourtant été l’un des initiateurs principaux de l’Arzillier, à Lausanne. Cette Maison à l’Avenue de Rumine a été offerte par un notaire qui, n’ayant pas d’enfants, a décidé de la donner pour que des croyants de différentes traditions se retrouvent. «Toutes les Eglises chrétiennes sont rassemblées, catholique, orthodoxe, protestante, pentecôtiste etc. Et des croyants de tradition juive, chrétienne, musulmane, bouddhiste, hindoue, bahaïe s’y rencontrent, pour ce qui est du volet interreligieux de l’Arzillier.

Les grandes célébrations à la Cathédrale de Lausanne sont issues de ce dialogue. Une des réussites étonnantes, rappelle-t-il, étant le fait qu’une cathédrale protestante soit mise à disposition de l’Eglise catholique romaine. Il cite aussi les déclarations communes entre juifs, chrétiens, musulmans, contre la guerre en Irak par exemple. L’Arzillier est aussi à l’origine de rencontres régulières entre les responsables des communautés religieuses et politiques, sans compter les nombreuses soirées publiques où sont abordés des thèmes comme la mondialisation, la mort, la souffrance, dans l’optique que plusieurs traditions religieuses expriment leur point de vue.

Un livre à 4 mains pour éloigner le cancer

Il n’est pas facile de poser des questions à un homme qui a perdu il y a quelques mois l’un de ses quatre fils, adolescent, avec qui il a écrit à 4 mains un très beau livre pour oublier la menace de la mort qui planait sur lui. Dans la préface du livre, le père écrit comment entre deux accalmies du cancer qui le rongeait, Simon a imaginé l’idée d’un roman, qui s’est poursuivi page après page entre le père et le fils, entre salles d’hôpital et répit à la maison, avec ses frères, ses parents. «Simon a vécu sur cette Terre un peu plus de 13 ans et demi. 4980 jours exactement. Il est mort (ou né au Ciel?) le 29 août 2005» écrit Shafique Keshavjee en préface à Philou et les facteurs du ciel, dans lequel un garçon écrit une lettre à sa mère qui a «déménagé au ciel».

«Ce dernier livre, c’est d’abord l’expérience d’une déchirure. Quand on vit un tel arrachement, les mots n’ont pas beaucoup de sens. Il est à fois nécessaire d’en parler et impossible d’en parler ».

Malgré «les périodes d’extrême souffrance, Simon est resté courageux et lumineux dans sa façon de vivre ». Il fallait garder une créativité, explique le père «et c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de faire ce petit livre». Aucune description de la maladie du garçon dans cet écrit d’un adolescent. «A un moment donné, dans une situation très difficile, on crée ensemble, on crée un monde, on crée une histoire, quelque chose de la vie, qui est différent de la réalité de la maladie et de la mort. Moment très douloureux mais extrêmement beau que d’avoir pu être créatif avec Simon de cette manière là». A la fin du livre, les remerciements vont au personnel soignant et accompagnant du CHUV à Lausanne et du Kinderspital à Zurich, à l’association romande des familles d’enfants atteints d’un cancer, aux proches, aux camarades de Simon, à Chexbres, à leurs enseignants, qui ont lu avec entrain le texte en cours de route.

Probablement, réfléchit-t-il, «au coeur de tout cela, il y a une continuité. Quand il y a déchirure, la tentative, à la suite du Christ, de trouver que malgré tout cela, il y a un processus de réconciliation, de pont, de traversée, qui est possible». «Et ce n’est pas parce que les communautés religieuses s’entredéchirent souvent qu’on doit l’accepter. Il faut imaginer des formes qui permettent de limiter cette violence, favoriser au sein de l’Eglise un processus de réconciliation, pour qu’il y ait un témoignage commun». C’est l’un des credo de Shafique Keschavjee: qu’un jour il y ait «une Eglise commune, une Eglise une, s’exprimant de façon plurielle mais avec un coeur commun».

Le roi, le sage et le bouffon, traduit en 15 langues

Comme auteur, Shafique Keshavjee a publié 5 livres (trois au Seuil à Paris) dont le second, Le Roi, le sage et le bouffon, a été traduit en 15 langues. Comment relie-t-il son travail d’auteur à son engagement spirituel? Le roi le sage et le bouffon est un roman qui traite de questions interreligieuses et La princesse et le prophète porte sur les enjeux de la mondialisation ». Comment traduire les idées importantes qui soient accessibles à un large public ? s’est demandé l’auteur. C’est pour lui une tentative de «donner de la chair à des idées en imaginant des personnages».

Les livres que signe Shafique Kkeshavje sont parfois une manière de faire passer dans un autre langage des idées qui lui tiennent à coeur. Ainsi des rapports Nord Sud, autre déchirure que cet homme de dialogue voudrait peu à peu combler. A ses yeux il y a de l»insolence» dans un pouvoir et une richesse qui continue à enfler. Mais l’homme qui jette des ponts ne s’arrête pas au constat. Et puisqu’on appartient à un même monde, il est urgent de favoriser un commerce plus équitable et d’oeuvrer pour plus de justice. Il importe aussi que «dans notre richesse, on découvre notre pauvreté et dans leur pauvreté matérielle, une richesse de vie incroyablement forte.»

Caricatures de Mahomet : absolument pas la bonne voie pour dialoguer !

Que pense ce connaisseur des religions, auteur d’une thèse en Histoire comparée des religions, des réactions après la publication en Europe de caricatures de Mahomet, qui a provoqué un choc des cultures sans précédent entre musulmans et occidentaux?

«Un symbole a été touché, pense-t-il. Et dès qu’on touche aux symboles, on est sur l’émotionnel. Le symbole, c’est Mahomet, et dans la tradition musulmane dominante, on n’a pas le droit de faire de représentation de figures humaines et du Prophète en particulier. Il est frappant de voir que précisément une caricature qui cherchait à critiquer l’association d’une pratique religieuse et de la violence a suscité de la part des personnes concernées un regain de violence. Plutôt que de réagir en disant: c’est vrai, cette caricature est stupide mais nous voulons précisément montrer que nous ne sommes pas ce que cette caricature dénonce. Les réactions de certains groupes, peut-être manipulés, on le dit de plus en plus, en tout cas fanatisés, confirment en partie ce que les caricatures ont essayé de critiquer».

Pour Shafique Keshavjee, la caricature «n’est absolument pas la bonne voie pour dialoguer avec le monde musulman». Mais le pire à ses yeux serait «de se taire et de plier l’échine alors que le doigt a été posé sur des réels problèmes chez certains groupes musulmans qui utilisent le religieux pour faire avancer leur cause de manière violente».

Philou et les facteurs du ciel, Simon et Shafique Keshavjee, Ed. Dynamots, Valence.

Avis aux rédactions: Photo de Shafique Keshavjee disponible, Agence Apic, Fribourg , Bd de Pérolles 36 – 1700 Fribourg. Tél. 026 426 48 11

(apic/vb)

13 février 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Rencontre avec Mgr Basile Georges Casmoussa, archevêque syrien catholique de Mossoul

Apic – Interview

Les élections en Irak doivent avoir lieu, quoi qu’il arrive

Jacques Berset, agence Apic

Bagdad/Fribourg, 24 octobre 2004 (Apic) Les chrétiens d’Irak – quelque 700’000 fidèles, soit 3% de la population – sont désormais dans le collimateur des groupes fondamentalistes islamiques. Nombre d’entre eux se sont réfugiés ces derniers mois en Syrie et au Liban. La tendance s’est accentuée suite aux dernières vagues d’attentats antichrétiens visant des églises début août et à la mi-octobre.

«En quelques mots, c’est le chaos total dans le pays, tant du point de vue politique que la sécurité», confie à l’Apic Mgr Basile Georges Casmoussa, archevêque syrien catholique de Mossoul. Il participait au Congrès mondial de l’UCIP (Union catholique internationale de la presse) à Bangkok alors que 5 églises chrétiennes de Bagdad étaient visées par des attentats à la bombe samedi 16 octobre peu avant l’aube.

Si les derniers attentats n’ont pas fait de victimes, contrairement à ceux d’août dernier, qui avaient fait une quinzaine de morts dans les églises de Bagdad et de Mossoul, ils contribuent à semer encore davantage la peur dans les rangs des chrétiens irakiens.

Mgr Casmoussa voit dans ces attaques contre la petite minorité chrétienne diverses sources: l’opposition organisée mais occulte, les fondamentalistes islamiques, sans oublier les profiteurs qui pêchent en eau trouble et qui sont dépourvus de motifs politiques ou religieux. Nombre d’enlèvements relèvent de cette dernière catégorie, affirme-t-il. Certains leaders religieux attisent la haine, mais ils ne représentent pas à ses yeux la ligne officielle.

Apic: Comment voyez-vous l’avenir de la petite communauté chrétienne d’Irak ?

Mgr Casmoussa: Nous sommes en plein inconnu en ce qui concerne le futur proche. Mais il serait à mes yeux erroné de présenter la situation d’insécurité dans laquelle nous vivons comme de la persécution religieuse. Il y a effectivement un climat de peur voire de terreur dans le pays, mais la terreur vise tous les citoyens: les musulmans comme les chrétiens ont des victimes. Evidemment, parce que nous sommes une minorité, les coups que nous recevons sont plus durs. Quand un chrétien est tué, la nouvelle se propage partout et cela provoque de nouveaux départs.

40’000 chrétiens seraient partis ces dix derniers mois partout dans le pays, selon certaines sources. S’il est difficile de la confirmer, cette estimation me semble pourtant plausible et raisonnable. Dans mon diocèse, effectivement, il y a déjà une cinquantaine de familles qui sont parties.

Apic: Les chrétiens étant moins nombreux, les coups assénés leur font plus mal.

Mgr Casmoussa: C’est un fait! On ne peut pas dire que les attentats contre les églises soient innocents: c’est pour troubler le pays, gêner le gouvernement, mais aussi pour créer une ambiance de peur et de terreur contre les chrétiens.

Les chefs religieux chrétiens ou musulmans sont unis sur ce sujet: ils ne faut pas se laisser aller au conflit intercommunautaire, ne pas se laisser diviser sur des questions religieuses. Qu’ils soient sunnites ou chiites, ils ont refusé d’entrer dans le jeu. Si nous acceptions pour notre part d’y entrer, ce serait très dangereux. Dans ce cas, nous nous condamnerions nous-mêmes à l’extermination. Nous ne devons pas alimenter une telle discorde!

Il ne faut pas oublier que des mosquées aussi ont été la cible d’attentats. Le but est d’affaiblir le plus possible le gouvernement provisoire. Et l’on constate que jusque-là, une telle tactique a eu de l’effet.

Apic: Vous parlez d’une véritable tactique des mouvements terroristes.

Mgr Casmoussa: C’est un fait que l’on attaque tour à tour toutes les institutions: le gouvernement, la police, puis les Eglises. Cela a pour conséquence de créer la terreur et la crainte chez les chrétiens.

Mais c’est l’effet contraire qui se passe au niveau des responsables: des délégations officielles musulmanes sont venues rendre visite aux responsables religieux chrétiens. On m’a rapporté que dans certaines mosquées, le discours officiel s’oppose à cette terreur, les chrétiens étant des compatriotes.

Apic: Le président Bush, du moins au début, a parlé d’une croisade. Cela faisait des chrétiens locaux des quasi alliés de l’invasion américaine.

Mgr Casmoussa: Le président américain a effectivement utilisé de tels termes malheureux. Les fondamentalistes de tous bords ont exploité cette situation. Le mot croisade – dans un contexte arabo-musulman – a un tout autre sens que dans la bouche occidentale. Pour un Arabe, cela réveille tout de suite la mémoire des croisades contre les musulmanes. Au début, nous avons souffert de cet amalgame. Mais rapidement, nous avons fait comprendre que les chrétiens irakiens n’avaient rien à voir avec les Américains.

Nous avons condamné sans ambages l’invasion et l’occupation américaines. C’est tout à fait clair pour nous: tôt ou tard, les Américains devront quitter le pays. Avec des arrangements politiques, d’accord, mais pas question qu’ils deviennent les maîtres du pays. Nous refusons cette mainmise en tant que citoyens irakiens et en tant que chrétiens.

Apic: Vous vous sentez parfois plus proches des musulmans irakiens que des chrétiens occidentaux ?

Mgr Casmoussa: Effectivement, je me sens souvent plus proche de mon frère musulman irakien que de mon frère occidental chrétien. Non seulement par la proximité géographique, mais par certaines valeurs que nous partageons en commun depuis des siècles. Parfois je peux comprendre mon voisin musulman – comme mentalité et psychologie – beaucoup mieux que mon confrère chrétien de l’Occident. Je ne dis pas cela pour enjoliver nos relations, mais je ne peux me défaire de mon pays pour plaire à l’Occidental.

Les chrétiens ne seront jamais une cinquième colonne en Irak. Un pays sous occupation cherchera toujours à se libérer. Les Français et les Allemands, qui se sont battus à plusieurs reprises, sont devenus des partenaires, voire des amis. C’est très bien. Nous avons nous aussi intérêt à nous rapprocher du peuple américain, mais pas en étant sous sa botte. Cela jamais, et cette idée est partagée par l’ensemble des Irakiens.

Apic: Les Américains se sont donc trompés en envahissant l’Irak au nom de la lutte contre le terrorisme.

Mgr Casmoussa: Ils prétendent exterminer le terrorisme en utilisant les armes du terrorisme. Cela ne marche pas! Or une guerre n’a jamais résolu les problèmes, elle en a même rajouté. Le prétexte avancé contre les armes de destruction massive – et l’on sait depuis longtemps que ce n’étaient que des mensonges, qu’il n’y en avait plus depuis la première guerre du Golfe! – ou contre Saddam Hussein, ne leur permettait pas de démolir toute une nation, ses infrastructures, sa vie politique, sociale et économique.

Sachez que nous ne sommes pas des agents de l’ancien gouvernement irakien. mais c’était tout de même un régime laïc, pro-Occidental! On aurait pu facilement l’écarter, or Bush voulait affronter et anéantir la volonté d’une nation qui était tout de même la plus forte de la région.

C’était le seul pays qui combinait l’économie, le facteur humain et l’histoire. Alors, quand ils nous ont frappés, ils ont pensé que c’était comme l’Afghanistan, que tous les Irakiens allaient applaudir à leur venue. Certes, durant les premiers mois, les Irakiens attendaient quelque chose de positif des Américains, malgré tout. Or, il s’est avéré qu’ils n’avaient rien à nous offrir, au contraire!

Apic: En fait, les Américains ont ouvert la boîte de Pandore, et ils ne savent plus comment la fermer!

Mgr Casmoussa: C’est malheureusement ce qui s’est passé ! Nous devons maintenant faire face au fondamentalisme, à l’arrivée de terroristes de l’extérieur, tout cela face au vide politique. Les prisons ont été vidées par Saddam Hussein avant l’arrivée des Américains, et il se trouvait des criminels parmi eux. Il est évident que des criminels se sont recyclés à cette occasion.

Certes, il y a très certainement une opposition irakienne, je dirais «propre», nationaliste, mais il s’agit plutôt d’une opposition intellectuelle. Tandis que ce qui domine aujourd’hui, c’est la logique des armes. Les fondamentalistes de tous bords bénéficient de l’aide des responsables de l’ancien régime, qui ne peuvent agir ouvertement. Que le régime de Saddam ait été anéanti ne signifie pas que ses idées politiques soient anéanties. L’élément nationaliste s’allie aux islamistes pour mener le combat contre l’occupation.

Apic: Vous avez l’air tout de même très pessimiste sur l’avenir de votre pays ?

Mgr Casmoussa: J’ai interrogé des officiers américains sur le but de cette guerre. Ils m’ont servi le discours officiel: on vous apporte la démocratie et la liberté. Or, ce qu’ils nous ont effectivement apporté, c’est la terreur et le chaos!

Les Américains ne nous ont jamais protégés; ils n’ont jamais assuré la sécurité des Irakiens, car ils peuvent à peine assurer leur propre sécurité. Et s’ils veulent construire une immense ambassade – la plus grande de tout le Moyen-Orient, avec plus de 3’000 personnes! -, ce n’est tout de même pas pour s’occuper uniquement des visas.

Apic: Vous attendez beaucoup des prochaines élections en Irak?

Mgr Casmoussa: Dans la situation actuelle, les Irakiens ont beaucoup plus de danger d’être enlevés qu’avant. Nous avons attendus près de six mois pour donner le temps au temps de changer quelque chose. Mais pendant ce temps, la situation, loin de s’améliorer, a empiré, et rien n’a été mis en place pour y faire face. Malheureusement, nous sentons que les Européens sont absents de la scène, et cela, nous le regrettons amèrement.

En attendant, nous exigeons que des élections aient lieu et que les Américains partent. Même si les terroristes tenteront de les empêcher par des attentats, c’est tout de même préférable à un éventuel ajournement. JB

Les illustrations de cet article sont à commander à l’agence Apic, Bd de Pérolles 36 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 11 Fax. 026 426 48 00 Courriel: apic@kipa-apic.ch

(apic/be)

24 octobre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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