Rencontre avec le nouvel évêque de Coire, Mgr Vitus Huonder

Apic Interview

«Conservateur signifie porter le souci de notre foi»

Par Thomas Binotto (*), traduction Jacques Berset

Coire, 11 juillet 2007 (Apic) «Nous devons rendre attentifs les hommes sur le fait que sans Dieu rien ne va», déclare Mgr Vitus Huonder, âgé de 65 ans. «Si conservateur signifie porter le souci de notre foi», alors le nouvel évêque du diocèse de Coire se considère effectivement comme un conservateur. Mgr Huonder a été élu par le Chapitre cathédral de Coire le 6 juillet, et ce choix a été confirmé par le pape le 8 juillet

Il sera ordonné évêque le samedi 8 septembre à l’Abbaye d’Einsiedeln, car la cathédrale de Coire est actuellement en travaux.

Apic: Quand on écrit sur vous, le terme «conservateur» revient toujours. Cette façon de vous décrire vous crée-t-elle des problèmes ?

Mgr Huonder: Cela ne me fait absolument rien, car j’aimerais transmettre la doctrine et la vie de l’Eglise comme nous les avons reçues. Et les racines de notre foi se trouvent en effet dans le passé. Si conservateur signifie porter le souci de notre foi, je n’ai aucun problème à ce propos. Par contre, si on prétend par là que je ne suis pas ouvert aux problèmes de notre temps, alors je me défends. Je réfléchis toujours à la façon dont je peux transmettre aujourd’hui le trésor de notre foi, pour savoir quels sont les moyens les plus judicieux pour le faire.

Apic: On vous qualifie également de «fidèle à Rome». Que comprenez-vous vous-même sous ce vocable?

Mgr Huonder: Nous avons un magistère et un pape qui sont une partie de notre foi, et je dois donc m’y tenir, avant tout dans les points qui sont fondamentaux. Etre fidèle à Rome ne signifie pas que l’on ne puisse pas discuter avec le Saint-Père et ne pas attirer son attention sur une réalité particulière existant chez nous. Mais le pape est pour moi fondamentalement le rocher de Pierre. Je dois respecter cette réalité et je veux aussi la respecter.

Apic: Vous passez pour «ambitieux». Peut-on vraiment devenir évêque sans être ambitieux ?

Mgr Huonder: Ambitieux, c’est un terme que je considère comme quelque chose de négatif. Je ne peux pas laisser dire cela. J’ai essayé, comme curé et comme vicaire général, de remplir ma tâche aussi bien que possible. Si on m’attribue une autre tâche, je dois réfléchir pour savoir si je peux la remplir. Si j’accepte cette tâche, cela n’a cependant rien à voir avec de l’ambition. Il n’y a personne qui pourrait attester que j’aurais prétendu vouloir devenir évêque. J’ai toujours eu le sentiment que c’était un ministère qui était donné d’en haut.

Apic: A côté de ce qualificatif pas très gentil d’»ambitieux», on vous reconnaît des «capacités d’apprentissage». Où voyez-vous les nouveaux champs d’apprentissage que vous allez rencontrer, ayant la charge d’évêque ?

Mgr Huonder: Je peux m’imaginer, à partir de mes expériences comme vicaire général, où vont se trouver ces domaines d’apprentissage. Sans mentionner des domaines concrets, je devrais certainement être capable d’apprendre pour pouvoir toujours à nouveau cerner où devrait se passer quelque chose en pastorale. Je devrai aussi intervenir pour corriger ce qu’il sera nécessaire de rectifier si j’arrive à la conviction que le chemin que l’on a choisi mène à une impasse. De toute façon, j’aimerais toujours tirer le meilleur pour la vie de foi.

Apic: Ces prochaines semaines et ces prochains mois, vous allez être submergé par des demandes. Lesquelles d’entre elles portez-vous personnellement ?

Mgr Huonder: Ma préoccupation personnelle est tout à fait simple: nous devons commencer là où Jésus a commencé. Jésus a appelé les hommes de son temps à la conversion. Nous devons prendre cet appel au sérieux également dans l’époque actuelle et toujours davantage nous concentrer sur Dieu. Car la foi, ces dernières années, a beaucoup baissé. Nous devons rendre attentifs les gens au fait que sans Dieu, cela ne va pas.

C’est par la conversion que l’on peut redécouvrir le don de Dieu, avant tout dans la prière. Nous découvrons ici notre réservoir et quelque chose de nouveau surgit: nous nous ouvrons aux dons de la grâce de Dieu, concrètement aux sacrements. Et comme quatrième préoccupation, la fraternité, l’amour vécu entre les chrétiens. Les quatre points qui me tiennent à coeur sont: la conversion, la prière, la grâce et l’amour chrétien.

Apic: Cela ressemble à un système fermé pour catholiques croyants. Où trouve-t-on la diaconie et les relations dans notre société marquée par le sécularisme ?

Mgr Huonder: La diaconie appartient toujours à l’amour, le fait de se consacrer à l’homme dans ses besoins quotidiens. L’amour exige que nous nous tournions vers tous les hommes, aussi vers les non chrétiens. Pensez seulement à Mère Teresa.

Apic: Le pape vient de permettre à nouveau la messe tridentine. Que pensez-vous de ces concessions aux milieux traditionalistes ?

Mgr Huonder: Je considère cela comme très important et comme un coup très intelligent. Vous ne devez pas oublier que l’on a fait dans ce domaine beaucoup de fautes après le Concile Vatican II. Nombre de personnes ont été blessées dans leurs sentiments religieux. On a agi à l’époque avec très peu de sensibilité, et je considère cette décision comme une réparation de ce qui a été fait faux en ce temps-là.

Apic: On pourrait alors être tout aussi généreux avec ce qu’on appelle la «prédication des laïcs», c’est-à-dire donner aux assistantes et assistants pastoraux la permission ordinaire de prêcher.

Mgr Huonder: Ce qui est décisif, c’est ce que l’Eglise dit à ce sujet. Si l’Eglise donne son accord, alors le cas est pour moi clair. Mais si elle dit non pour telle ou telle raison, et réserve la prédication aux seuls prêtres, alors je dois l’accepter.

Apic: Ne pourriez-vous pas vous engager en faveur de la prédication des laïcs. Concrètement, qu’allez-vous faire en tant qu’évêque ?

Mgr Huonder: Je ne pourrais pas décider en ce moment parce que je ne connais pas la riche littérature théologique à ce sujet. Si j’avais fait ce travail et que j’arrivais à la conviction qu’ici il y aurait une restriction inutile, je m’engagerais dans ce sens.

Il me semble en tout cas important que l’on reste en dialogue avec le magistère et que de lui viennent des normes claires, car autrement l’Eglise universelle risque de dériver.

Apic: On peut parier que l’on va vous interroger sur la question du célibat, des ministères, ou du sacerdoce féminin. Mais quelles sont pour vous les questions centrales que doit affronter l’Eglise aujourd’hui ?

Mgr Huonder: La question tout fait urgente me semble être celle-ci: comment pouvons-nous ramener l’homme à la foi, de sorte qu’il vive de cette foi de façon autonome, même s’il n’y a peut-être pas de ministre. Je considère que c’est très important, parce que la foi porte l’homme. Ma question est celle-ci: comment transmettons-nous la foi de façon à ce qu’elle vive dans le coeur de l’homme.

Apic: Et maintenant, comment vous situez-vous par rapport au célibat ?

Mgr Huonder: Les expériences dans l’histoire de l’Eglise et les expériences que nous avons déjà faites avec les diacres mariés nous conseillent la plus grande prudence. Je suis d’avis que le célibat est pour l’Eglise une grande aide. Je suis très sceptique concernant l’ordination d’hommes mariés (viri probati).

Apic: .Et l’ordination sacerdotale des femmes ?

Mgr Huonder: Nous n’avons, dans toute notre tradition, aucun indice qui va dans ce sens. Et je verrais également arriver de gros problèmes dans ce cas pour le dialogue oecuménique avec les orthodoxes. TB/JB

(*) Thomas Binotto est rédacteur en chef du bulletin paroissial «forum» à Zurich.

Encadré

Mgr Vitus Huonder, spécialiste de l’Ancien Testament et de la liturgie

Mgr Vitus Huonder, nouvel évêque du diocèse de Coire, jusqu’ici vicaire général pour le canton des Grisons, est un spécialiste de l’Ancien Testament et de la liturgie. Vitus Huonder est né à Trun, dans le diocèse de Coire, le 21 avril 1942. Il a étudié la philosophie et la théologie à l’Abbaye d’Einsiedeln, puis à l’Athénée pontifical Saint-Anselme et à l’Université de Fribourg, où il a obtenu une licence en théologie. Il a été ordonné prêtre pour le diocèse de Coire le 25 septembre 1971. Il a ensuite obtenu le doctorat en théologie à l’Université de Fribourg.

Il a été de 1975 à 1976 professeur d’Ancien Testament et d’introduction au judaïsme à la Haute Ecole Théologique de Coire. De 1976 à 1981, il a été curé à Kilchberg, puis de 1981 à 1986 vicaire à Sachseln et de 1986 à 1987 curé à Egg. En 1989, il a passé sa thèse d’habilitation en liturgie à l’Université de Fribourg. En 1990, il est nommé chanoine du Chapitre cathédral. L’évêque d’alors, Mgr Wolfgang Haas, le choisit comme vicaire général du diocèse de Coire pour les Grisons, le canton de Glaris et la Principauté du Liechtenstein. Depuis 1995, il est vicaire épiscopal pour les questions liturgiques et linguistiques régionales. (apic/be)

11 juillet 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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