Zoug: Elections et engagement pour les droits humains chez les Soeurs de Menzingen
Apic interview
Les nouveaux accents adoptés lors du chapitre général
Interview: Bernadette Kurmann / Traduction: Bernard Bovigny
Menzingen, 1er août 2007 (Apic) Le Chapitre général des Soeurs de la Sainte-Croix Menzingen s’est terminé le 31 juillet. La rencontre de quatre semaines a été marquée par la présence de la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey, qui a abordé la vision féminine de la dignité humaine et des droits humains, et de la Soeur Blanche Lea Ackermann, fondatrice de «Solidarité avec les femmes en détresse» (Solwodi).
Les 52 déléguées, qui représentent plus de 2’000 religieuses dans le monde, ont également élu une nouvelle supérieure générale en la personne de Sr Alma Kohler, une Sud-Africaine, qui entrera en fonction début 2008. Elles ont adopté un concept d’engagement davantage orienté vers l’extérieur, en faveur de la dignité et des droits humains. Le point sur ces quatre semaines de travaux et de réflexion avec Sr Anne Roch, encore supérieure générale.
Bernadette Kurmann: Etes-vous contente du résultat de ce chapitre général?
Sr Anne: Je suis même très contente. Nous sommes arrivées à la décision de davantage collaborer avec des personnes qui poursuivent le même but que nous, en vue d’un monde meilleur. Les Soeurs de Menzingen vont s’engager plus activement et plus consciemment pour le respect des droits humains et pour la dignité humaine. C’était ma vision et elle s’est maintenant concrétisée.
BK: Le thème de ce chapitre général était: «Donner un visage humain à notre monde». Comment l’avez-vous adopté?
Sr Anne: Il y a 6 ans, nous avions surtout abordé notre propre identité et notre spiritualité. Mais je voulais que la congrégation s’ouvre vers le monde. Si la préoccupation sur nous-même était importante, il était ensuite temps de nous orienter vers l’extérieur.
BK: Et comment a été abordé le thème de cette année?
Sr Anne: Tout d’abord nous avons approfondi la Convention des droits de l’Homme, la Bible et la mission donnée par notre fondateur. Sur ce, nous avons cherché la base de lancement du thème «droits humains – dignité humaine». C’était un excellent départ. Puis nous nous sommes laissées inspirer durant une semaine par des personnes engagées à la base.
BK: Des personnalités politiques et sociales vous ont témoigné de leur engagement. Qu’est ce que cela a apporté aux religieuses?
Sr Anne: Elles nous ont montré que des activités ont lieu dans des domaines sociaux très divers et sur le même thème. Madame Calmy-Rey nous a vraiment impressionnées. Elle est venue sans garde du corps, elle a parlé avec nous et montré qu’elle était engagée auprès des pauvres. Les soeurs ont remarqué qu’elles pouvaient aussi collaborer avec des politiciennes. Et pas seulement avec des gens d’Eglise. Cela a déclenché un clic décisif.
BK: Vous travaillez avec 2’000 soeurs dans quatre continents. Où les droits humains sont-ils vraiment bafoués?
Sr Anne: En fait partout, mais de façon plus ou moins prononcée. Si la corruption prédomine en Inde et l’argent pour les écoles est détourné vers le privé, il s’agit d’une violation des droits humains. De même, en Afrique si des femmes ne savent ni lire ni écrire, elles travaillent presque gratuitement. En Amérique latine, nous avons constaté que les indigènes ont toujours été désavantagés, que ce soit à l’école ou au travail.
BK: Les Soeurs de Menzingen oeuvrent depuis leur fondation intensivement dans les domaines de la formation et de la santé, et ainsi en vue d’un monde meilleur, pour le respect des droits humains et de la dignité humaine. Dorénavant, quels seront les nouveaux accents?
Sr Anne: Nous aimerions nous ouvrir davantage et collaborer avec d’autres organisations. Jusqu’à maintenant nous avons été très occupés avec nos écoles et hôpitaux. C’est là que nous avons été importantes et reconnues. Et cela permettait à nos religieuses de rester attachées à notre base: le Christ et nos Pères fondateurs.
BK: Et qu’y a-t-il de nouveau?
Sr Anne: Peut-être le langage. Des termes comme les droits et la dignité des hommes. Jusqu’à maintenant, nous n’en avions pas parlé. Mais également le fait que nous voulons nous engager encore plus pour ces valeurs. Les religieuses ont tendance à ne pas exprimer leurs points de vue. Nous avons remarqué que nous devons davantage prendre position. Nous sommes attentives aux violations locales des droits humains. Et nous voulons lutter contre elles, sur place.
BK: Vous avez adopté une forme de résolution, avec des pas concrets. Plus de 50 religieuses de quatre continents ont participé au chapitre, avec différentes langues et mentalités. Comment avez-vous pu vous mettre d’accord?
Sr Anne: Nous avons travaillé quatre semaines sur ce thème avec un processus. A la fin, nous avons rapidement remarqué qu’il était plus difficile de trouver les différentes formulations. Mais cela a vraiment bien fonctionné. Il y a eu par le passé des chapitres généraux durant lesquels sont apparues de fortes divergences. Cette année, la bonne préparation nous a certainement aidées.
BK: Et comment les décisions seront-elles mises en application?
Sr Anne: Lors du chapitre général, nous travaillons un thème qui concerne toutes les Soeurs de Menzingen dans le monde entier. Cela nous relie et nous unit. Durant les quatre semaines, des propositions sont travaillées, en vue de mettre en pratique le thème dans les quatre continents. Les soeurs retournent maintenant dans leur province et réfléchissent avec leurs consoeurs comment mettre en pratique le thème, en fonction des besoins et des problèmes locaux.
BK: Vous avez eu personnellement une vision, et vous avez réussi lors de ce chapitre général à lancer une étincelle. Celle-ci commence maintenant à prendre feu. Et pourtant vous avez décidé de vous retirer comme supérieure générale. Pourquoi?
Sr Anne: Car d’une part j’ai atteint l’âge de me retirer, et d’autre part cette tâche nécessite énormément de force. Je suis contente de pouvoir maintenant confier ce travail à d’autres mains. Aucun souci: l’étincelle va jaillir!
Encadré:
Une Sud-Africaine à la tête des Soeurs de Menzingen
La nouvelle supérieure générale des Soeurs de la Sainte-Croix de Menzingen s’appelle Sr Alma Kohler. Elle est âgée de 64 ans et vient du Cap. Elle est née en Afrique du Sud et y a grandi. Elle a exercé une activité d’enseignante, d’abord à l’école primaire puis dans le domaine de la formation et de la formation continue. Sr Alma connaît la Suisse pour avoir oeuvré comme conseillère générale de 1989 à 1995 à Lucerne. Elle entrera en fonction au début 2008. Elle affirme apprécier l’impulsion donnée à la congrégation lors du chapitre général et se dit prête à continuer le travail dans cette direction.
La direction générale des Soeurs de Menzingen a été entièrement renouvelée lors du chapitre. Ont été élues: Sr Alma Kohler (Afrique du Sud), supérieure générale, Sr Antoinette Hauser (Suisse), Sr Mariela Sandoval (Chili), Sr Mary Clare Komban (Inde), Sr Monica Madyembwa (Zimbabwe) et Sr Manuela Kollmannsberger (Allemagne).
Note: Une photo (Bernadette Kurmann) de Srs Anne Roch et Alma Kohler est gratuitement à disposition à l’Apic: apic@kipa-apic.ch (apic/bk/bb)



