Valais: Les chorales de jeunes vues par l’abbé David Roduit, aumônier de jeunesse

Apic Interview

«Il faut de l’audace pour relever le défi …»

Tharcisse Semana, pour Apic

Valais, 26 novembre 2008 (Apic) Samedi 22 novembre, les choeurs des jeunes du Valais romand se sont rencontrés à Sion pour animer ensemble la messe et échanger sur le rôle du chant dans la vie et de la musique sacrée. L’abbé David Roduit est depuis trois ans en ministère auprès des jeunes, et aumônier diocésain de la jeunesse depuis août 2008.

Ce prêtre de 28 ans décrit pour l’Apic le phénomène de ces chorales et le grand défi à relever dans le domaine de la pastorale des jeunes.

Apic: Quel rôle jouent le choeur et le chant en général dans la vie des jeunes?

Père David Roduit: La chorale, ou plutôt le chant, est une occasion pour les jeunes de se rencontrer et de partager sur tout, y compris sur les joies et les difficultés de la vie. Le choeur est donc avant tout un lieu de partage de personne avant qu’il ne soit un lieu de partage du chant. De nombreux jeunes viennent évidemment dans les chorales pour chanter et exprimer le fond d’eux-mêmes. Mais aussi, ils viennent pour se retrouver et échanger avec les amis. Quand les chorales rayonnent une fraternité et une vive convivialité, les jeunes s’y engagent absolument à fond. Et enfin, ils deviennent peu à peu actifs, voire même les vrais piliers de la vie paroissiale.

Apic: Quelle image des jeunes aviez-vous lorsque vous avez oeuvré en pastorale paroissiale?

D.R: Dans les deux paroisses de Fully et Saillon où j’ai été vicaire, l’image qui me reste est celle de jeunes motivés et engagés, mais aussi une image de jeunes qui viennent de moins à moins à l’église.

A Fully, il y avait un groupe de dix jeunes appelé «Des jeunes qui prient» qui chaque samedi matin se réunissait pour prier. Il y avait aussi un choeur de 25 jeunes, très actif qui, comme d’ailleurs celui de Saillon, préparait toujours très soigneusement le temps de l’Avent et la montée vers Pâques.

Apic: De votre engagement auprès de la jeunesse, quelle description pouvez-vous nous faire de la pastorale des jeunes dans le Valais romand?

D.R: Je considère ma nomination d’aumônier auprès des jeunes comme un défi. Car, je remarque qu’il faut de l’audace pour amener les jeunes à la foi et à les faire découvrir le sens le plus profond de la vie. Il faut, dirais-je, les percuter beaucoup, mais délicatement, pour les faire réfléchir à la fois sur le sens de la foi et de la vie. Il y a un effet de masse ou de troupeau qui consiste à considérer les religions, le sens de la vie et la foi comme un jouet.

Apic: Vous êtes un jeune prêtre et vous semblez apprécié par ces jeunes. Votre parole devrait passer assez aisément …

D.R: Oui, je me sens aimé par les jeunes et moi aussi je les aime. Avec les jeunes qui font partie des mouvements paroissiaux, il n’y a aucun problème, ils ont une bonne écoute.

Mais avec ceux qui ne fréquentent pas l’Eglise, il faut un peu modeler et marteler délicatement afin que le courant passe. Les résistances qu’on rencontre auprès des jeunes indifférents de l’Eglise est dû à une étape de racinement de la religion qui, au niveau de l’enfance, n’a pas été bien franchie. Le constat que j’ai fait est que ces jeunes ne connaissent presque pas grand-chose de la religion chrétienne, ni des autres religions. Ils connaissent les clichés véhiculés par certains médias et sans connaître vraiment le fond des religions. Ça, je le regrette. La grande responsabilité de cette ignorance revient en premier lieu aux familles et en second lieu à notre société moderne qui, malgré ses progrès scientifiques, se déshumanise davantage et se distancie de Dieu.

Apic: Le fait que les jeunes ont tendance à contester l’Eglise et à la fréquenter de moins en moins trouve donc ses explications dans cette mutation de la société?

D.R: Il y a beaucoup de changements dans la société. Nous sommes dans la période la plus confortable au niveau de la vie, du travail, etc. Les jeunes, qu’ils soient croyants, pratiquants ou pas, sont tous en recherche du sens à la vie: Pourquoi sont-ils là? Pourquoi vivent-ils? Pourquoi réussissent-ils ou ne réussissent-ils pas? Les uns trouvent une réponse dans la foi et les autres dans les futilités de ce monde.

Un jeune – croyant non pratiquant ou tout simplement non croyant – qui arrive à intégrer un choeur dans lequel il rencontre ceux qui croient et pratiquent la religion, y trouve un réseau d’amis. Il y entre d’abord comme on entre au stade de foot pour participer à un match. Il s’ouvre ensuite à ces copains et copines (croyants pratiquants) et trouve auprès d’eux un soutien moral, un appui dans la quête du sens de sa vie.

Apic: Et comment vous situez-vous avec les jeunes à propos des questions actuelles et brûlantes de morale et de bioéthique, notamment celles portant sur le clonage, le suicide planifié et assisté, l’euthanasie, l’homosexualité, … ?

D.R: Mon engagement pastoral auprès des jeunes se veut d’abord propositionnel et non magistral. Concernant les prises de position de l’Eglise en matière éthique ou bioéthique, il y a des jeunes qui sont d’accord et d’autres non avec l’intégralité des positions de l’Eglise. Cela me paraît normal et c’est leur totale liberté. Je ne leur en veux pas. Mais quand je discute avec les jeunes (adeptes ou non de la position de l’Eglise), beaucoup me donnent de l’espoir pour l’avenir. Ils me donnent l’impression qu’ils tiennent encore au respect de la vie. Nos jeunes, du moins la majorité avec qui je m’entretiens, ne sont pas des partisans fervents des nouvelles visions irrespectueuses de la vie. Ils sont plutôt tournés vers le sens de la vie. Ils attendent de nous de bons conseils accompagnés, bien sûr, de bons exemples.

Apic: À propos de ces questions morales et bioéthiques, votre message trouve-t-il un bon écho auprès des jeunes ?

D.R: Concernant ces questions qui mettent aujourd’hui en jeu notre tradition chrétienne qui, inspirée et en lien avec l’Evangile, s’attache au respect de la vie, je n’y joue qu’un rôle d’éclaireur. J’essaie toujours d’inviter les jeunes à réfléchir sérieusement sur le sens de la vie et de la dignité de l’homme. Quand il y a l’un(e) ou l’autre jeune qui m’y entraîne, je profite de cette opportunité pour l’amener à s’interroger sérieusement sur la vie, sur la responsabilité et la liberté humaine vis-à-vis de la vie et de son auteur. Je le laisse lui-même prendre position, librement. Je l’interpelle évidement à être conséquent à partir de sa position et de son choix. Je l’invite à en examiner toutes les conséquences.

Encadré:

Chant religieux et chant profane

Les chorales de jeunes du Valais romand et Territoire abbatial de Saint-Maurice sont presque toutes engagées au sein des paroisses. Elles animent régulièrement la messe, au moins une ou deux fois par mois. Cependant, beaucoup d’entre elles, comme par exemple le choeur des jeunes «Vive La Vie» de Monthey, organisent souvent des concerts de chants profanes dans lesquels elles intègrent toutefois des chants religieux. L’abbé David Roduit juge cet engagement de jeunes Valaisans au sein de l’Eglise et de la société très positif. «Autant lorsque ces jeunes choristes animent les célébrations eucharistiques et lorsqu’ils offrent des prestations musicales profanes au public, ils s’offrent eux-mêmes et contribuent à notre bonheur mais aussi à notre sanctification. Que ce soient les fidèles chrétiens ou le public, croyant ou non croyant, tous ensemble en tirent grand profit», relève l’aumônier des jeunes. (apic/ts/bb)

26 novembre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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