Venezuela: Le président Chavez sera au rendez-vous de la présidentielle de 2013
Apic Interview
Le Venezuela, une pierre dans «l’arrière-cour» des Etats-Unis
Pierre Rottet, Apic
Genève, 27 novembre 2008 (Apic) Le Venezuela est à la «une» de l’actualité, ces jours. Doublement. Avec les élections régionales et municipales du 23 novembre, test grandeur nature pour le président Hugo Chavez, après sa défaite lors du référendum de 2007, et la visite, le 26 novembre, du président russe Medvedev à Caracas, venu en droite ligne du Brésil, où il a rencontré le président Lula.
La visite de Medvedev à Chavez, mercredi à Caracas, a précédé l’arrivée, la veille au Venezuela, de quatre navires russes, en vue de manoeuvres. Cela après les vols d’entraînement de deux bombardiers russes effectués dans le ciel vénézuélien en septembre. De quoi inquiéter les Etats-Unis, à l’heure où les tensions sont de plus en plus vives entre Moscou et Washington, au moment où l’Oncle Sam voit s’étioler sa sphère d’influence en Amérique latine. Redistribuer des cartes géostratégiques et politiques?
Présent à Genève pour quelques jours, dans le cadre d’une session de l’UNESCO, l’Apic a rencontré le ministre de l’Education supérieure, Hector Navarro. Selon lui, les tensions entre la hiérarchie de l’Eglise catholique sont toujours aussi vives, même si, assure-t-il, les subventions de l’Etat aux écoles privées, y compris catholiques, demeurent inchangées, à hauteur de 40%. Interview.
Apic: Le Venezuela, nouveau cheval de Troie de la Russie dans la sphère d’influence nord-américaine… pour faire le pied de nez à Washington?
Hector Navarro: On peut dire cela comme ça. L’Amérique latine, et donc aussi le Venezuela, ont été le paillasson des Etats-Unis durant des décennies, qui ont tiré les ficelles de nos pays. En profitant au maximum de nos richesses naturelles, à l’exclusion de toute considération humaine. L’histoire est faite d’enseignements. Regardez ce qui s’est passé lors de la guerre des Malouines. Malgré le traité interaméricain de réciprocité, y compris de défense, Washington a pris le parti de Londres. Au mépris des accords.
Apic: Quel type de rapprochement pouvez-vous espérer de ce partenariat avec la Russie?
Hector Navarro: Ils sont multiples. A commencer par le transfert et les échanges technologiques, y compris d’étudiants au plus haut niveau, avec l’octroi de bourses d’étude, notamment. Je citerai aussi, entre autres, l’installation de fabriques sur sol vénézuélien, dotées de techniques de pointes: métallurgie, pétrochimie… Sans parler de la construction d’un réacteur nucléaire. L’autre aspect est militaire. Les Etats-Unis ont tenté en vain de déstabiliser l’actuel gouvernement, voire de le renverser. Notre flotte d’avions F 16 dépend entièrement de l’approvisionnent en pièces de rechange des Etats-Unis. Or ces derniers ne respectent pas leurs engagements de nous les livrer. Cela dure depuis près de 10 ans maintenant. Même le Brésil, qui produit des avions sous licence américaine n’a pas le droit de nous livrer. C’est dire que nous n’avons pas d’autres choix que de nous tourner vers un autre partenaire, afin de trouver des solutions.
Apic: Le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) du président Chavez a remporté les élections du 23 novembre, après l’échec subi il y a un an. L’opposition a toutefois amélioré son score par rapport à 2004. Hugo Chavez conférait à ce scrutin une valeur de plébiscite. Le verre a moitié vide ou à moitié plein?
Hector Navarro: Le PSUV a remporté 17 des 22 Etats en jeu et 80% des mairies. C’est vrai que l’opposition contrôlera la capitale et 5 Etats au lieu de 2. Un constat: le gouvernement sort néanmoins vainqueur, alors que la participation à ce scrutin a été supérieure par rapport au référendum de l’an dernier. Je note également que le dialogue entre les partis en présence a également été plus serein. De là à dire que la démocratie est sortie vainqueur le week-end dernier, il y a un pas, qu’il convient de franchir. Même l’opposition, y compris la hiérarchie de l’Eglise, a dû concéder la fiabilité du système. A mes yeux, le vote des citoyens a aussi été celui de soutenir les institutions dans le pays
Apic: Y compris pour un nouveau mandat du président Chavez en 2013?
Hector Navarro: Sans aucun doute.
Apic: Mais le référendum de l’an dernier a clairement manifesté son opposition…
Hector Navarro: C’est un fait. Mais il existe d’autres options: une initiative nationale, ou encore, par exemple, une démarche dans ce sens de l’Assemblée nationale. C’est dire que le chapitre de la réélection du président Chavez n’est pas fermé. Loin de là. Au contraire.
Apic: Restons dans l’actualité. L’élection d’Obama… modifiera-t-elle la donne dans les rapports du Venezuela avec Washington?
Hector Navarro: Ce que nous pouvons espérer est un changement d’attitude du président élu Obama, une politique faite de respect à notre égard, le respect de la souveraineté de notre pays, et, au-delà, de l’Amérique latine. Mais notre attente ne va guère plus loin. Le système américain est ainsi fait qu’il n’y a pas de place pour un troisième parti autre que républicain ou démocrate. Or l’un et l’autre sont les deux faces, de la même monnaie.
Apic: En votre qualité de ministre de l’Education supérieure, comment réagissez-vous à la critique du manque d’infrastructure scolaire dans votre pays?
Hector Navarro: Lors de notre arrivée au pouvoir, en 1999, l’école publique ne recevait que peu d’aide. Une inscription coûteuse pour les parents était de plus obligatoire. Chose que nous avons immédiatement abolie, en amenant la gratuité de l’école pour l’éducation de base, primaire et secondaire. En 1999, le Venezuela comptait plusieurs centaines de milliers d’analphabètes. De 2003 à aujourd’hui le système a permis l’alphabétisation de 1,6 million de personnes. Il reste certes du travail. Mais y a-t-il un seul pays au monde qui puisse se targuer d’avoir le taux zéro d’analphabètes?…
Apic: … reste la question des infrastructures…
Hector Navarro: Pas d’accord. De nombreuses écoles ont été construites ces dernières années. Avec de nouvelles classes. A ce jour, nous pouvons dire que la couverture éducative est de 95% dans le pays.
Mais c’est vrai que nous devons augmenter le nombre de classes, afin de diminuer le nombre d’élèves par cours. Le budget consacré à l’éducation est de près de 40%, contre moins de 10% pour la défense.
Apic: Dans une récente lettre pastorale, la Conférence des évêques du Venezuela s’est inquiétée de l’insécurité croissante dans le pays, avec, dit-on 13’000 homicides annuels, dont le tiers pour la seule ville de Caracas. Est-ce que les tensions sont toujours aussi vives, avec la hiérarchie?
Hector Navarro: Avec la hiérarchie, oui. Mais pas avec les catholiques, largement majoritaire, à plus de 90% au Venezuela, qui ne suivent du reste pas les mots d’ordre de leurs évêques, sinon, il y a belle lurette que notre gouvernement aurait dû abdiquer. Quant au thème de la sécurité, c’est là une question qui nous interpelle et à laquelle nous faisons face. Les prélats feraient bien de se rappeler que le gouvernement subventionne les écoles privées et donc aussi catholiques à hauteur de 40%. Dernièrement, j’ai rencontré les différents responsables du secteur éducatif au niveau supérieur. La présidente de cette association d’Ecoles privées, une religieuse catholique, a fait l’éloge du système. Cherchez la différence…
Apic: Avec la chute des prix du pétrole, l’hiver venant dans le nord, allez-vous renouveler votre action de l’an dernier de donner du combustible de chauffage gratuit aux familles pauvres de New York, notamment?
Hector Navarro: Nous sommes disposés à le faire. Mais on se heurte à des refus de la part des autorités locales. (apic/pr)



