Journée des malades avec l’aumônerie du CHUV à Lausanne

APIC Interview

«Pour nous, le 7 mars a lieu chaque jour»!

Lausanne, 3 mars 1999 (APIC/Jean-Charles Zufferey)

3 mars 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!

Martin Hauser, professeur invité de l’Institut

APIC – Interview

d’études oecuméniques de l’Université de Fribourg

Relance du dialogue oecuménique sur le ministère ordonné?

Prophète et évêque: la compréhension du ministère ordonné chez Zwingli

Fribourg, 8juin(APIC) Le nouveau livre de APIC – Interview des études oecuméniques de l’Université de Fribourg, risque de secouer bien des partis-pris dans un dialogue oecuménique stagnant.

Stagnant entre autres à cause des points de vue très différents sur le ministère ordonné dans l’Eglise. Intitulé: «Prophète et évêque, la compréhension du ministère ordonné chez Ulrich Zwingli dans le cadre de la Réformation de Zurich», cet ouvrage rédigé en allemand s’adresse aux pasteurs,

prêtres et théologiens de Suisse. Il revéle la parenté de la compréhension

du ministère ordonné chez Zwingli avec toute la tradition chrétienne antérieure, biblique, patristique et même scholastique.

Par ce livre, le professeur Hauser entend apporter un élément réel de

rapprochement dans le dialogue entre la Fédération des Eglises protestantes

de la Suisse (FEPS) et la Conférence des évêques Suisses (CES). L’ouvrage

est d’ailleurs dédié au pasteur Heinrich Rusterholz, président de la FEPS

et à Mgr Pierre Mamie, président de la CES. L’ouvrage se verra par ailleurs

décerner le prix Jean-Louis Leuba – du nom d’un célèbre théologien réformé

neuchâtelois – qui couronne une oeuvre oecuménique importante.

APIC: aujourd’hui on comprend très souvent le pasteur comme mandaté ou

fonctionnaire de la paroisse. Mais pour Zwingli, dites-vous, il était le

prophète à l’autorité épiscopale et en tant que tel appelé par Dieu…

Martin Hauser: Il me paraît important de présenter la position authentique

du réformateur zurichois, donc le point de vue de la Réforme initiale suisse. De le connaître sans altération, et sans l’adapter tout de suite à nos

goûts et nos besoins. Avant de présenter ce que nous appelons aujourd’hui

le ministère ordonné, retenons que Zwingli souligne largement l’importance

de l’ensemble de la communauté chrétienne qui en tant que telle est appelée, constituée et comblée par Dieu. Ainsi la communauté chrétienne, qui se

concrétise en paroisses, a une origine divine, et elle devrait être par la

même le noyau inspiré et innovateur qui change le monde. Chaque membre de

la communauté est illuminé et guidé par le Saint-Esprit pour son action

dans le monde et dans l’Eglise. Chaque membre reçoit des dons, comme le don

de prophétie qui permet d’interpréter l’Ecriture Sainte au profit de la

communauté dans une situation historique déterminée.

Certains membres de la communauté reçoivent ce don de manière particulière et permanente. Cela leur permet, d’abord, d’apprendre les langues anciennes, surtout l’hébreu et le grec, et de faire, ensuite, des études de

théologie.

Certains d’entre ces derniers, peut-être la majorité, reçoivent ce don

aussi en vue de la présidence d’une paroisse, en vue d’un ministère ’épiscopal et pastoral’ paroissial. Certains même deviennent ’évêque d’évêques’

soit pasteur de pasteurs, en travaillant pour un plus grand nombre de paroisses, respectivement pour leur cohésion. Ce ministère épiscopal -diocésain- ne recevra cependant pas d’ordination particulière, parce que les

Eglises issues de la Réforme n’ont pu conserver, dans leur grande majorité,

que la lignée apostolique presbytérale et non pas épiscopale au sens catholique-romain et orthodoxe du terme.

Pour souligner l’importance du ministère apostolique aux teintes prophétique et épiscopale, Zwingli conçoit l’ordination à ce ministère par l’imposition des mains comme troisième sacrement, s’ajoutant aux sacrements du

baptême et de l’eucharistie (Sainte Cène).

Ce que notre recherche sur le ministère ordonné nous a fait découvrir

c’est que à notre surprise Zwingli n’est pas d’abord un politicien, il est

surtout prêtre et évêque-pasteur. Après la malheureuse rupture avec l’Eglise catholique, il essaie d’élaborer pour les exigences de son temps une

compréhension de l’Eglise (de la communauté chrétienne) et du ministère ordonné sur la base de la Bible, mais aussi à l’aide des écrits des Pères de

l’Eglise et de la théologie médiévale catholique. Ce que Zwingli présente

est exigeant pour nous réformés du XXe siècle, dans le sens que cela ressemble parfois assez peu à ce nous vivons et pensons aujourd’hui.

APIC: Qu’est-ce qui reste important de la conception zwinglienne du ministère ordonné pour le ministère pastoral réformé d’aujourd’hui?

M.H.: La première chose à répéter est que la position zwinglienne et celle

de ses successeurs immédiats (Bullinger et dans une certaine mesure Calvin)

échappe souvent aujourd’hui non seulement aux fidèles, mais aussi aux théologiens et aux pasteurs. Il y a là un problème de mémoire qu’on ne peut pas

ne pas prendre au sérieux.

Il est vrai aussi que nos préoccupations actuelles ne vont plus dans la

direction des réformateurs et de leurs sucesseurs. Notre recherche, également spirituelle, est bien plus individualiste qu’au XVIe siècle. Elle est

marquée en outre par une nouvelle exploration du monde matériel et physique. Les Eglises réformées de Suisse sont très marquées par cette situation. La sécularisation qui se trouve derrière ce phénomène n’a pas seulement transformé la société, mais aussi les Eglises.

Les anciennes autorités et les valeurs ont de la peine à se maintenir ou

disparaissent carrément. Jamais dans l’Histoire, peut-être, l’individu et

la société n’ont été autant confrontés à eux-mêmes, soit à leurs liberté et

responsabilité. Jamais auparavant ils n’ont été autant en manque de points

de repères extérieurs ou transcendants. Le moment que nous vivons est à la

fois passionnant et difficile.

Ce que la théologie de l’Eglise et du ministère ordonné chez Zwingli

peut nous rappeler, c’est que malgré tout et en définitive, la réponse à

notre recherche spirituelle nous est donnée «du dehors». Elle nous parvient

peut-être de très loin, même si elle nous pénètre et nous habite. Pour

Zwingli, la vie, aussi la vie chrétienne et communautaire vient du Dieu

trine, d’un Dieu que nous ne pouvons jamais posséder. L’Eglise et la société peuvent avoir tendance à l’oublier. C’est alors que doit intervenir le

prophète-évêque envoyé par Dieu pour rappeler cette donnée inaltérable malgré les temps qui changent. Ne pas supporter l’existence de tels prophètesévêques dans l’Eglise revient à ne pas supporter le rappel du fondement et

de l’inspiration divins de notre existence. Une Eglise qui refuse cette

présence de prohètes-évêques peut difficilement continuer à s’appeler

«Eglise».

En résumé, il s’agit d’intégrer l’essence de la théologie zwinglienne de

l’Eglise et du ministère ordonné dans la démarche qui est la nôtre actuellement.

APIC: Quelle est la signification oecuménique de la compréhension zwinglienne du ministère ordonné?

M.H.: J’ose affirmer deux choses. Premièrement dans le dialogue oecuménique

en Suisse – qui n’a pas vraiment abouti en matière de ministère ordonné il faut vraiment prendre en compte la position des réformateurs, dont celle

Zwingli qui représente pour la Suisse la réformation initiale et originelle. Cela n’a pas du tout été fait jusqu’à présent. Cette démarche est importante pour prendre conscience des grandes convergences interconfessionnelles qui existent encore au XVIe siècle (et au-delà), malgré la division

dans l’Eglise.

Deuxièmement, en Suisse, c’est surtout à partir du XIXe siècle que les

conceptions du ministère sont devenues très différentes entre les confessions chrétiennes. Cela est dû notamment aux réactions diverses face à

l’’Auflkärung’ et à la sécularisation. Les deux attitudes, catholique et

réformée, peuvent être comprises comme des réponses – plus ou moins réussies – à un défi commun. Il devrait être possible, avec le recul du temps,

de reconsidérer et de retravailler ces questions dans un travail oecuménique mené en commun. Cette prise en charge commune du passé qui nous a divisé sur des points essentiels, serait déjà un pas décisif vers le rapprochement.

Pour conclure, je reprends l’idée très pragmatique et prometteuse déjà

développée lors de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens en 1993.

J’ai parlé à l’époque de Conseils d’Eglises sur le plan local. Nous

devrions en avoir également en Suisse. Ces Conseils d’Eglises permettraient

aux ministres ordonnés et à des laïcs des diverses Eglises de collaborer en

vue des décisions à prendre par rapport aux Eglises individuellement et en

commun. Cette pratique rapprocherait naturellement des fidèles des différentes confessions dont des ministres. La compréhension du ministère ordonnée ne deviendrait-elle pas ainsi plus compatible entre les Eglises? (apiceg/mp)

Martin Hauser: Prophète et évêque. La compréhension du ministère ordonné

chez Ulrich Zwingli dans le cadre de la Réformation de Zurich, Fribourg,

1994, 292 p. Editions universitaires, Cahiers Oecuméniques 21 (en allemand)

Du même auteur: «Berger ou troupeau: une alternative?» dans: L’Impartial,

La Chaux de Fonds, 31 octobre 1990

«Qual’è l’importenza del ’defectus ordinis’ nella teologia di Ulrico Zwingli?» dans: Studi Ecumenici 11 (1983) 203-213

(éd.) «Unsichtbare oder sichtbare Kirche? Beiträge zu Ekklesiologie» Freiburg, Schweiz, 1992 (Ökumenische Beihefte 20), 102 pp.

«Le Christ de la Création dans l’Evangile selon Saint Jean. Etude oeucuménique de l’exégèse contemporaine et de ses fondements dogmatiques. Apports

protestants et orthodoxes.» (1986) Ca. 350 pp version définitive en préparation.

23 juin 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!