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apic/Interview de Mgr Fürer/Rome/CCEE

APIC – Interview

Regard de Mgr Fürer en marge du symposium du CCEE clôturé dimanche à Rome

Evangélisation nouvelle ou évangélisation d’une qualité nouvelle? (281096)

Rome, 28octobre (APIC) Quelle évangélisation de «qualité nouvelle» pour

l’Europe? Qu’est-ce que l’Eglise entend par là, et avec quelle approche selon qu’on vit à l’Est où à l’Ouest? C’est sur ces quelques questions que se

penche Mgr Ivo Fürer, évêque de St-Gall et ancien secrétaire du Conseil des

Conférences épiscopales européennes (CCEE), en marge du IXe symposium du

CCEE tenu du 23 au 27 octobre à Rome sur le thème «La religion entre le public et le privé. La place de l’Eglise dans les sociétés pluralistes».. Mgr

Fürer y représentait la Conférence des évêques suisses, en compagnie de Mgr

Henri Salina, évêque-abbé de Saint-Maurice. Notre interview

APIC: Mgr Miloslav Vlk a parlé d’une «évangélisation d’une qualité nouvelle». Qu’entend-on par là? Jusque ici, on parlait en effet d’une «nouvelle

évangélisation».

Mgr Fürer: Ces expressions ne sont pas très différentes. Il s’agit de montrer que l’évangélisation n’est pas nouvelle, mais que nous sommes dans une

période d’un nouvel effort, d’un changement structurel de l’évangélisation.

En effet, nous avons surtout été évangélisés par une conversion des peuples. Or nous sommes maintenant dans une situation où la foi est devenue

une question personnelle. Il s’agit donc de trouver les méthodes et les

moyens pour continuer notre évangélisation dans cette situation différente.

APIC: Quelle est la visibilité que souhaitent les évêques européens pour

l’Eglise actuellement? S’agit-il, par exemple, d’une plus grande place dans

les instances internationales, dans les médias… ?

Mgr Fürer: Certes, l’Eglise cherche à être présente dans les médias, dans

les instances européennes…, mais sa tâche primordiale est de prêcher

l’Evangile, de se convertir, et d’appeler les gens à se convertir à la Bonne Nouvelle du Salut. La mission de l’Eglise est basée sur la conversion

des hommes, et c’est sur cette base qu’elle doit donner sa contribution à

la société. Son devoir primordial est de faire que l’homme qui est en train

de s’enfermer sur lui-même, s’ouvre sur les autres, sente sa responsabilité

face à eux, et parvienne à une véritable solidarité, fondement de la société. Toutefois, la conversion de l’homme se faisant également dans des milieux particuliers, qui l’influencent beaucoup, l’Eglise doit aussi agir

sur ces milieux, pour les rendre propices à la conversion.

APIC: L’Eglise ne se présente-t-elle pas parfois trop désunie face au monde? Quels moyens et quelle conversion sont nécessaires pour arriver à une

meilleure communication, une véritable communion entre les évêques, et entre l’Est et l’Ouest de l’Europe?

Mgr Fürer: Dans l’Eglise catholique, il y a certainement une unité, mais il

y a aussi une grande pluralité. Dans une certaine mesure, cette pluralité

est naturelle. Chaque personne a une sensibilité et des dons différents. Il

faut donc une diversité qui forme une unité. Les moments de dialogue sont

très importants pour former une vraie communion ecclésiale. L’homme doit

être ouvert pour recevoir ce que vivent les autres personnes, et pour communiquer ce qu’il vit lui-même, sans s’enfermer dans des préjugés.

En Europe, l’histoire, après la seconde guerre mondiale, a été très différente dans les pays d’Europe de l’Est et dans ceux de l’Ouest. Pendant

cette période, il n’était pas possible que les Conférences épiscopales des

pays communistes se réunissent. En revanche, il y a deux ans, à Varsovie,

des délégués de ces Conférences ont pu se réunir pour des échanges sur cette période communiste. On s’est alors rendu compte que le communisme tendait à enfermer la religion dans la sphère privée. Sa tactique a été de

marginaliser l’influence de l’Eglise en laissant seulement la possibilité

d’une conviction religieuse personnelle. A l’Ouest, une évolution semblable

a eu lieu, non par la force, mais à travers une liberté toujours plus grande. Le religieux y est en effet considéré uniquement comme un domaine privé.

Dans ce symposium, nous sentons très bien combien l’histoire des parties

de l’Europe que nous ne connaissons pas peut être fructueuse pour chacun de

nous. Cette rencontre nous aide beaucoup à nous comprendre mieux, à prendre

conscience que l’Eglise a d’autres caractéristiques dans les autres pays, à

réfléchir en nous aidant mutuellement à comprendre nos propres situations.

APIC: On dit que dans les pays de l’Est, les habitants, les chrétiens en

particulier, ont besoin d’une «éducation à la liberté». Comment l’envisagez-vous de votre côté, dans le contexte suisse d’une société d’abondance?

Mgr Fürer: A l’Est comme à l’Ouest, les personnes doivent arriver à sentir

leur responsabilité dans la société. Une vraie liberté est l’expression

d’une profonde responsabilité. En Suisse, il arrive fréquemment que des

questions soient discutées puis votées. En vue de ces votes, nous cherchons

à sensibiliser les gens sur ces sujets. Dans le canton de St Gall, par

exemple, il y a eu un vote sur l’ouverture des magasins le dimanche. Il

était donc nécessaire de sensibiliser les gens en leur expliquant le rythme

de la semaine, le sens du repos du dimanche. C’est ainsi que l’Eglise peut

apporter sa contribution à la société. (apic/pr/ Propos recueillis à Rome

par Caroline Bouan)

28 octobre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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