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Irak:De retour en France, la mission des (031296)

groupes «Chrétiens-Proche-Orient» témoigne

«Les chrétiens d’Irak se sentent abandonnés par l’Occident»

Paris, 3décembre (APIC) «Les chrétiens d’Irak, un pays mis à genoux par un

embargo excessivement sévère, se sentent abandonnés par l’Occident». De retour en France, la mission des groupes «Chrétiens-Proche-Orient» témoigne

de la situation dramatique dans laquelle se trouve la population civile et

révèle qu’une délégation de la Conférence des évêques de France pourrait se

rendre prochainement en Irak.

Lors d’une conférence de presse à Paris, la délégation de six personnes

venant des groupes «Chrétiens-Proche-Orient» de Paris et de Lyon, emmenée

par Me Maurice Buttin, avocat à la Cour de Paris, a vivement dénoncé les

effets de l’embargo imposé par les Etats-Unis. Le pays, potentiellement

très riche et autrefois plutôt développé pour la région, connaît une régression sans précédent. La délégation des groupes «Chrétiens-ProcheOrient» était invitée en Irak par les autorités et le patriarche Raphaël

Ier Bidawid, chef de la communauté catholique chaldéenne.

«Les 80% de la population irakienne sont au-dessous des normes de nutrition. Beaucoup n’ont qu’un repas par jour, et c’est souvent du pain. Les

fonctionnaires ne gagnent qu’entre 3 et 5 dollars par mois. Or un kilo de

sucre coûte 700 dinars, l’équivalent de 2,5 dollars». Quant à la santé, «le

bilan est catastrophique», affirme «Chrétiens-Proche-Orient», qui travaille

en relation avec «Justice et Paix France» et le Secrétariat pour les relations avec l’islam (SRI), dépendant de l’épiscopat.

Mafia, prostitution et criminalité prospèrent

«Il n’y a aucun médicament, l’hygiène est très précaire. Tout est arrêté

et suspendu à la vente de pétrole». Dans la vie quotidienne, chacun se met

en quête de petits boulots et revend ses affaires personnelles pour survivre. On voit apparaître une mafia qui commerce avec la Jordanie, la société

se désagrège de l’intérieur et la prostitution et la criminalité se développent rapidement.

«Depuis 5 ans, poursuit la délégation française, les gens ne travaillent

plus. Se remettront-ils au travail et comment? Les enfants se déscolarisent de façon très visible et ils vivent massivement de mendicité… Les

intellectuels sont obligés de revendre livres et documents, leur outil de

travail, pour survivre. Pas un livre n’a été édité pendant ce temps, alors

que l’Irak publiait beaucoup de livres; le souk est vide…»

Intervention des Eglises occidentales

Les Eglises occidentales interviennent par le biais de la Caritas locale. Caritas s’active beaucoup et a monté un réseau de distribution de

vivres, dont 20% vont aux musulmans, et qui complète celui de l’Etat. Celui-ci assure 10 jours de nourriture par famille, tandis que la Caritas

couvre les besoins pour 10 autres jours. La Caritas a aussi monté des ateliers de couture et de tissage dont les produits sont vendus dans les paroisses catholiques le dimanche, après la messe.

Les Eglises, seuls lieux de liberté

Les religieux dominicains, très inculturés dans la société irakienne,

sont aussi très actifs. «Les Eglises sont les seuls lieux où les débats

d’idées sont libres, un peu comme ce fut le cas dans l’ex-Allemagne de

l’Est sous le régime communiste; la liberté religieuse existe, mais pas la

liberté d’opinion. En Irak, les chrétiens sont très solidaires; du reste,

toute la population de ce pays assiégé fait front derrière les gouvernants,

chrétiens et musulmans confondus», affirment les membres de la délégation.

Les chrétiens irakiens se sentent abandonnés par les Eglises

occidentales, et ont soif de contacts avec les étrangers. «Notre délégation

leur a apporté un véritable ballon d’oxygène; ils attendent maintenant que

nous revenions avec des évêques…». Tant le vice-premier ministre irakien

Tarek Aziz (de confession catholique) que le ministre des Affaires

étrangères ou les responsables d’Eglise, tous ont clairement fait savoir

qu’ils attendaient un retour actif de la France en Irak.

Faisant suite à la lettre du président de la Commission «Justice et

Paix», Mgr Delaporte, transmise par la délégation française, Mgr Bidawid,

patriarche de Babylone des Chaldéens, a invité la Conférence des évêques de

France à envoyer une délégation épiscopale à Bagdad. «Celle-ci envisage d’y

répondre favorablement, peut-être dans les prochains mois». (apic/jcn/be)

3 décembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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