Eglises chrétiennes en Israël (250194)

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Etre chrétien en Palestine: les oubliés de la Galilée

25janvier(APIC) Comment peut-on être arabe et non musulman, israélien et

non juif, chrétien et palestinien tout à la fois? Toute la difficulté

d’être des Eglises en Israël est présente dans cette équation. Les chrétiens palestiniens vivent douloureusement leur situation d’hommes et de

femmes de seconde classe dans un Etat qui ne fait pas grand cas de leur

condition. Découverte et rencontre avec des Eglises en quête de reconnaissance.

Quand, en 1947, l’ONU partage la Palestine et en attribue une partie dont Jérusalem – aux juifs, cette décision est accueillie par eux avec soulagement. Le peuple élu martyrisé par l’holocauste retrouve sa terre, celle que Dieu avait promise en son temps à Abraham et à Moïse. A ce momentlà, on a voulu ignorer que des hommes et des femmes habitaient déjà cette

terre et qu’elle n’était pas vierge de tout occupant.

Il y avait bien sûr les arabes musulmans, qui avaient fait de Jérusalem

une ville sainte et un lieu de pèlerinage. Mais des arabes chrétiens animaient également les lieux saints. Ces communautés chrétiennes en Israël et

dans les territoires occupés sont aujourd’hui ignorées.

L’histoire de ces communautés chrétiennes sur la terre d’Israël commence

avec la vie et les actes de Jésus de Nazareth. La première communauté chrétienne s’est concentrée à et autour de Jérusalem. Malgré les inimitiés du

début, il semble que la cohabitation des différentes religions à Jérusalem

et dans la Palestine se soit relativement bien passée, tout d’abord avec

les juifs, ou se qu’il en restait après la destruction du Temple en 70 et

la dispersion, puis avec les musulmans, après les conquêtes de l’islam, à

la fin du 7e siècle.

L’image d’une division

Les choses se gâtent avec les croisades, qui vont ouvrir une longue période de luttes et d’affrontements. Si les questions soulevées par la présence de musulmans en Israël ne sont de loin pas résolues, celles posées

par la présence chrétienne restent elles aussi en suspens.

Qui sont-ils, ces chrétiens? La Palestine offre le triste spectacle

d’une chrétienté divisée. Toute les communautés de l’Orient et de l’Occident se juxtaposent, chacune avec sa couleur propre, son rite, sa tradition, sa langue et son patrimoine culturel. Ces chrétiens divisés représentent pourtant une petite minorité: ils sont à peine 150’000 pour la grande

majorité de langue arabe. 60% d’entre eux sont catholiques, dont la moitié

de rite latin. Les autres sont melkites (greco-catholiques), maronites, syriens, arméniens, coptes et chaldéens.

Eglises actives

En soulignant la profonde unité des Palestiniens, qu’ils soient musulmans ou chrétiens, Mgr Kafiti, l’évêque arabe et anglican de Jérusalem,

propose une esquisse de solution: «Chacun doit avoir le droit de vivre ici

en sécurité dans le respect de son droit». Il rappelle par ailleurs que les

arabes doivent avoir les mêmes droits que les juifs. En s’adressant à ces

derniers, il souligne: «Comprenez que la paix n’est pas un danger pour Israël, mais la seule voie possible».

Aujourd’hui plus que jamais, les Eglises en Israël se préoccupent du

sort des plus démunis. C’est finalement dans le domaine de la diaconie

qu’elles sont le plus actives. Dans la région de Ramallah, par exemple, un

orphelinat recueille quelque 120 fillettes et jeunes filles de 3 à 16 ans.

Leurs familles ont été séparées, leurs maisons détruites, l’expropriation

prononcée. Ces représailles ont eu lieu parce que des pères et des frères

sont en prison pour avoir osé lancer des cailloux durant l’intifada, la révolution des pierres. Un toit, une école, des chants, de la danse, et beaucoup d’affection pour redonner goût à la vie à ces jeunes filles en détresse.

En Cisjordanie, le YMCA (Union chrétienne de jeunes gens) élabore un

programme pour les adolescents de 13 à 18 ans, victimes de l’intifada. Ils

sont blessés, parfois handicapés à vie. Les séquelles psychologiques sont

énormes. Le programme mis en place se définit selon deux axes: donner aux

adolescents le soutien psychologique dont ils ont besoin, et leur fournir

une orientation professionnelle.

Troisième exemple: l’Union chrétienne palestinienne de femmes, qui travaille dans les camps de réfugiés. Elle anime entre autres des jardins

d’enfants, et assure la formation technique pour les femmes (secrétariat,

informatique, arts ménagers, couture). Ce qui pèse le plus fortement sur

les Eglises palestiniennes, c’est le sentiment d’être méconnues, voire

ignorées. Alors qu’elles sont un facteur important de la vie palestinienne

et qu’elles jouent un rôle dans le processus de paix.

Rééduquer à la paix

Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, explique la position

des Eglises à la suite des accords entre l’OLP et Israël: «Nous avons toujours prôné le dialogue et la non-violence. Depuis deux ans, ce dialogue

existe. Il commence à porter des fruits. Malgré les nombreuses critiques,

bien incompréhensibles, je crois que la paix s’imposera à tous». Et de rappeler que juifs et palestiniens ont été éduqués, depuis 70 ans, à haïr et à

tuer. «Il reste un effort à faire pour les rééduquer à la paix».

Mgr Sabbah définit ainsi le rôle des Eglises: «Contrairement à ce que

certains voudraient faire croire, les chrétiens palestiniens ne représentent pas une entité à part. Ils sont palestiniens à part entière et, à ce

titre, s’engagent dans toutes les actions politiques qui peuvent conduire à

la justice et à la paix. Par loyauté envers leur peuple, et par fidélité à

l’Evangile. (apic/spp/pr)

25 janvier 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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