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Jérusalem:Le patriarche latin Michel Sabbah (231296)
fustige la politique de Benjamin Netanyahou
La dignité de la population palestinienne foulée aux pieds
Jérusalem, 23décembre (APIC) A la veille de Noël, le patriarche latin de
Jérusalem Michel Sabbah ne mâche pas ses mots pour fustiger la politique du
premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Le gouvernement israélien,
depuis l’arrivée au pouvoir de Netanyahou, a gelé le processus de paix et
ne cesse de violer la dignité de la population palestinienne, a déclaré
lundi Mgr Sabbah dans une interview accordée au correspondant de l’agence
de presse APIC.
Le patriarche latin déplore vivement le bouclage, à l’approche des fêtes
de Noël, de la ville de Jérusalem, coupée des territoires palestiniens. Un
tel bouclage a des conséquences économiques désastreuses pour les Palestiniens, souligne Mgr Sabbah. Et ce verrouillage se fait également lourdement
sentir dans le domaine de la vie religieuse, puisque les chrétiens de Bethléem, à une distance d’à peine huit kilomètres, ne peuvent se rendre aux
lieux saints de Jérusalem.
Liberté pour les chrétiens du monde entier, pas pour les chrétiens du lieu
Les Eglises du monde entier, qui peuvent se trouver à n’importe quelle
distance de la Terre Sainte, ont la possibilité d’organiser sans encombres
des pèlerinages à Jérusalem et de visiter les lieux saints, tandis que cela
reste interdit aux chrétiens de Bethléem et de tous les autres territoires
palestiniens, affirme le chef de l’Eglise latine.
Le «check-point» installé par les Israéliens entre Jérusalem et Bethléem
ne perturbe pas seulement la vie religieuse, mais il entrave aussi gravement la vie quotidienne, les visites à la parenté et aux amis, la fréquentation des écoles et des hôpitaux. «Jérusalem, le coeur de la vie des Israéliens, est dans la même mesure le coeur de la vie des Palestiniens; pour
tous les territoires environnants, la ville demeure le coeur spirituel et
le coeur de la vie quotidienne».
Le chef religieux chrétien considère qu’installer des barrages n’est pas
la meilleure garantie de la sécurité des Israéliens. Les autorités responsables devraient trouver d’autres moyens qui permettent que la vie se développe pacifiquement dans les territoires palestiniens. Pour que les sentiments des Palestiniens se transforment et passent de la frustration et du
désespoir – et de la violence qui en résulte – à la coexistence pacifique
et à la réconciliation. «Cela serait beaucoup plus efficace que tous les
barrages possibles pour atteindre la sécurité nécessaire aux Israéliens»,
insiste Mgr Sabbah.
Seule la dignité des juifs est respectée
Dans ce conflit, affirme le patriarche latin de Jérusalem, l’homme est
traité strictement selon sa nationalité. «S’il s’agit d’un Juif, sa dignité
humaine sera respectée, si c’est un Palestinien, il passera en tout premier
lieu pour un ennemi, et on jugera de cette façon sa dignité humaine. Il
pourra ainsi facilement, et sans raison, être battu par les soldats à un
barrage, ou attendre, les bras en l’air et la face contre un mur, des
heures durant; sa terre peut être confisquée. Il y a même des lois qui ont
été votées qui doivent légaliser ces confiscations».
Le quotidien arabe «Al-Nahar» le 21 décembre dernier, se référant à des
sources militaires israéliennes, a écrit que des jeunes Israéliens s’annoncent à l’armée «parce qu’ils ont du plaisir à battre les Palestiniens». Cela concerne peut-être une petite minorité, concède le patriarche latin,
mais elle existe. L’attitude fondamentale globale contre les Palestiniens,
qui sont d’abord considérés comme ennemis avant d’être vus comme des êtres
humains, – avec toutes les conséquences pratiques que cela entraîne – ne
peut conduire à la paix, poursuit Mgr Sabbah: «Une telle attitude conduit à
la destruction de la nature humaine en même temps qu’elle ruine la paix et
la sécurité».
Le processus de paix est en sérieux danger
Pour Mgr Michel Sabbah, le processus de paix est en sérieux danger. Depuis l’arrivée au pouvoir de Netanyahou, «il n’y a en aucune façon eu des
progrès, mais bien au contraire des reculs». Et de citer la décision récente d’implanter à Jérusalem une colonie juive à proximité du Mont des Oliviers, dans une zone purement arabe. «C’est une mesure explosive, qui peut
faire sauter la paix». D’autre part, les habitants palestiniens de Jérusalem, qui pour des raisons de travail, d’étude ou autres, n’habitent pas
dans la ville, se voient dérober leurs documents, de sorte qu’ils n’ont absolument plus aucun droit de revenir à la maison. Le patriarche mentionne
encore le retard gros de frustration dans la question de la ville d’Hébron.
Dressant le bilan d’un an d’administration palestinienne de Bethléem,
Mgr Sabbah relève que le changement principal réside dans la liberté
individuelle de la population, qui a retrouvé sa dignité et n’est plus
humiliée par les soldats israéliens. La sécurité des personnes est garantie
dans les territoires administrés par les Palestiniens, même si les
nouvelles autorités manquent d’expérience. «La bonne volonté est là»,
souligne-t-il, et l’administration palestinienne demande souvent conseil
aux responsables des Eglises et prêtent attention à leurs suggestions.
Par contre, le bouclage des territoires par les Israéliens et la fermeture de l’accès à Jérusalem – centre névralgique pour la vie économique,
les domaines culturels, sociaux et sanitaires – entrave totalement la liberté de mouvement hors de Bethléem. «Les conséquences en sont le manque de
travail, l’absence d’un revenu régulier pour la population, plus de contacts avec Jérusalem, plus de vie économique normale». Evoquant les courants qui militent pour la paix dans la société israélienne et les actions
communes israélo-palestiniennes, Mgr Sabbah conclut qu’il faudrait «bien
davantage d’actions de ce genre pour relancer le processus de paix». (apickna/be)



