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apic/Jésuite/20 ans/Bilan

Italie: La revue «Civilta Cattolica» fait le point

sur l’engagement des Jésuites pour la justice sociale (250796)

Rome, 25juillet(APIC) Le dernier numéro de la revue «Civilta Cattolica»,

éditée en Italie par la Compagnie de Jésus, propose un bilan de l’engagement des Jésuites en faveur de la justice sociale. Ce bilan concerne surtout les vingt dernières années et est rédigé en fonction de l’option pour

la justice réaffirmée par la dernière Congrégation générale.

Le Père jésuite Gianpaolo Salvini, auteur de l’article, s’efforce

d’éclairer l’évolution des Jésuites en matière de «promotion de la justice»

en remontant aux débuts de la Compagnie au XVIe siècle, puis en évoquant

«les disputes et les divisions» dues à «trop d’expériences risquées» dans

les année 1970, avant d’en venir à la dernière Congrégation Générale que le

supérieur général de l’ordre a convoquée l’an dernier.

«L’écroulement du communisme° a donné aux Jésuites engagés pour la justice sociale une plus grande liberté, en évitant que toutes leurs initiatives, par exemple, en Amérique Latine, soit constamment assimilées à un

projet politique déterminé, «marxiste qui plus est», constate le Père Salvini dans son bilan des vingt dernières années.

«Le temps n’est pas passé en vain», se réjouit-il. «Entre 1975 et 1995,

le cadre historique a changé et l’expérience a enseigné quelque chose à

chacun, pacifiant ainsi les esprits.» L’auteur range «l’écroulement du

communisme» parmi les facteurs fondamentaux qui ont contribué à «libérer»

la Compagnie de Jésus d’une certaine «lourdeur» politique dans certains engagements précis. Et d’expliquer : «Certains, impressionnés par les dommages du capitalisme sauvage dont ils étaient les témoins, ont semblé poser

des choix anti-capitalistes, sans percevoir adéquatement, ce qui se passait

dans les pays communistes».

A propos du marxisme…

Le Père Salvini est plus modéré dans son jugement sur le capitalisme,

sans pour autant émettre un jugement définitif : «les critiques des aspects

négatifs du capitalisme restent évidemment ouvertes». Il importe d’abord à

l’auteur de relever que le modèle du «marxisme» est révolu. Beaucoup ont

compris qu’il n’était pas «l’unique alternative historiquement possible» à

l’économie capitaliste. Et l’analyste jésuite regrette que des confrères

partisans d’un changement fondamental pour une société plus juste aient focalisé leur attention sur le dialogue le marxisme, comme l’ont fait «plusieurs formes des plus radicales de la théologie latino-américaine».

Bien sûr, corrige l’auteur, les «abus» qui ont pu conduire à la disparition totale ou partielle de la «dimension sacerdotale» du Jésuite ne sont

pas à mettre sur le compte de la majorité. Mais, poursuit le Père Salvini,

il faut reconnaître que l’évolution des mentalités à l’intérieur de la Compagnie, n’a pas été facile. On s’en est encore rendu compte à la dernière

Congrégation Générale d’automne 1995, la trente-quatrième depuis le fondateur Ignace de Loyola.

Lors de ce sommet mondial des Jésuites, une commission spéciale a été

chargée de préparer «un examen de conscience» de toute la Comapgnie sur les

«abus» ou les tendances trop «unilatérales» dans l’engagement pour la justice. Le Père Salvini écrit à ce sujet : «Les premières versions de ce document étaient très radicales, et rédigées dans un langage plus sociologique que spirituel. Mais le travail de discernement en commun, et l’écoute

attentive d’expériences culturelles et historiques assez différentes, ont

conduit à un document final plus équilibré et approfondi.»

Ces influences venues de l’Asie et de l’Est

L’auteur de cette étude, ne cache pas qu’entre la Congrégation Générale

de 1975 qui avait formalisé la priorité de l’engagement des Jésuites pour

promouvoir la justice sociale, et le sommet de 1995, les vents dominants

ont changé au sein de la Compagnie : «En 1975, les influences majeures venaient surtout des Jésuites latino-américains. En 1995, les Jésuites asiatiques ont eu une influence non négligeable de même que les Jésuites d’Europe orientale, qui participaient aux travaux pour la première fois et en

grand nombre. Ces derniers ont eu une influence déterminante dans la reformulation de ce texte».

Le Père Salvini relève en ces termes la pointe du témoignage apporté par

les Jésuites d’Europe de l’Est : «50 ans d’histoire avaient démontré que,

sans une vision humaniste, inspirée de la foi, et sans une référence à

Dieu, la lutte pour la justice peut conduire à une nouvelle aliénation et à

un nouvel esclavage».

Bien sûr, conclut l’auteur, il n’est pas question que la Compagnie

abandonne le choix de la dimension sociale de son engagement, qu’elle a

confirmé lors de la dernière Congrégation Générale. Mais, suggère-t-il, elle devra tenir compte d’une situation «plus complexe» car «elle s’est rendu

compte que les racines de l’injustice dans le monde d’aujourd’hui ne sont

pas seulement d’ordre socio-économique ou socio-politique, mais aussi de

nature socio-culturelle et socio-religieuse». (apic/imed/pr)

25 juillet 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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