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apic/Le Courrier/Débat Uni-Dufour/Enjeu politique plus qu’économique

Genève:L’»affaire du Courrier» toujours au centre des débats(300696)

Un conflit davantage d’ordre politique qu’économique

Genève, 30juin(APIC/Laurence Arthur) L’»affaire du Courrier» passionne

toujours autant la communauté catholique de Genève. Vendredi, les catholiques genevois se sont déplacés en nombre à l’Auditoire Rouiller d’Uni-Dufour pour débattre de la décision de la Société catholique-romaine de Genève (SCR) de conditionner l’octroi d’une subvention en faveur du quotidien

«Le Courrier» au départ de son rédacteur en chef Patrice Mugny.

Derrière l’homme, c’est toute la ligne du journal qui est ainsi en cause. «Une ligne qui, pourtant, se trouve en accord avec l’enseignement social de l’Eglise», note l’abbé Edmond Gschwend, au nom des communautés ecclésiales de base de Genève.

Liberté de presse pour les médias et les journalistes chrétiens?

Estimant le «chantage» de la SCR inacceptable, E. Gschwend, curé de Meyrin, se demande quelle légitimité la SCR revendique pour prendre des orientations pastorales qui incombent en réalité au Conseil exécutif. Et de se

demander comment désormais pouvoir accorder sa confiance à la SCR «qui paraît avoir peu de considération pour ceux dont la possibilité de soutenir

financièrement l’Eglise sont modestes». Finalement, l’abbé Gschwend pose la

question de la signification que revêt désormais la liberté de presse pour

les médias et les journalistes chrétiens.

Au cours du débat qui opposait partisans et opposants de la décision de

la SCR , la plupart des participants ont exprimé avec passion leur soutien

au rédacteur en chef du «Courrier». La SCR devait accomplir la difficile

entreprise de convaincre la base que sa décision n’était en rien un abus de

pouvoir et une main basse de l’Eglise catholique romaine sur la liberté

d’expression.

Des «dérapages» du côté de la SCR

Il semble bien, en effet, que depuis leur décision du 12 juin, les représentants de la SCR – organe financier, et non pastoral – accumulent les

maladresses. Daniel Brun, président du Conseil exécutif de l’Eglise a

d’ailleurs concédé qu’il y a eu un «dérapage» au sein de la SCR.

«Ce que nous souhaitons est une plus grande ouverture du journal et non

un revirement», tout en soulignant qu’»il faut comprendre qu’il n’y a pas

les bons d’un côté et les mauvais de l’autre». «La problématique est beaucoup plus nuancée», a-t-il affirmé.

Durant les débats, les représentants de la SCR se sont visiblement, aux

yeux du public, empêtrés dans des explications juridiques et budgétaires

qui ne répondaient pas à la question majeure: qui a le droit de décider?

Les membres catholiques dont les hauts revenus les autoriseraient à dicter

une ligne de conduite à un organe de presse, comme l’a déjà laissé entendre

Jean-Luc Ducret, président de la SCR?

En prenant la parole durant le débat, Pierre Regad, secrétaire-général

de la SCR, a donné l’impression que la problématique se résume uniquement à

une question budgétaire et administrative. Il a d’ailleurs profité de l’occasion pour appeler les contribuables genevois à payer leurs impôts ecclésiastiques. Le déficit de l’Eglise, pour la majeure partie des personnes

présentes à Uni-Dufour, ne constitue pas, à l’évidence, une justification

de la décision de la SCR.

A ce propos, le Père Albert Longchamp, rédacteur en chef de l’Echo Illustré Magazine, a déclaré s’étonner que «malgré les difficultés budgétaires,

la SCR a trouvé 250’000 francs plutôt que 150’000 francs pour réclamer la

tête de Patrice Mugny». De son côté, la SCR reproche au «Courrier» son manque de diversité et «la prétention de l’équipe rédactionnelle, qui croit

détenir la vérité», a lancé Nicolas Jeandin, membre du Comité de la SCR,

soulevant immédiatement les protestations de l’assemblée.

Comment expliquer une telle accumulation de faux pas? Professeur au Département de Sciences politiques de l’Université de Genève et auteur de

l’ouvrage «Discours politique dans l’Eglise», William Ossipow a estimé que

l’Eglise se comprend en tant que pouvoir; «elle se prend au jeu de faire

régner l’ordre. Elle est traversée par des conflits de classe, qui s’expriment largement dans ce récent conflit». Ainsi, le conflit actuel serait davantage d’ordre politique qu’économique.

Mais en contre-attaquant de façon décidée, en s’associant l’appui indispensable de sa société d’édition et d’une bonne partie des chrétiens genevois, «Le Courrier» saura-t-il éviter le piège de tomber dans la même intransigeance que la SCR, s’interrogent observateurs? (apic/arl/be)

30 juin 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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