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apic/Lettre Mgr Grab
En direct avec nos évêques
Novembre 1994
Peuples de la terre, louez le seigneur!
Récemment, des amis sont venus me voir. Ils habitent une ville
touristique, qui me semblait n’avoir rien à envier à Genève. Mais ils m’ont
fait une réflexion qui m’a frappé: ” Ce qui me révèle immédiatement le
caractère de métropole de Genève, ce n’est pas le nombre des banques, le
luxe des commerces ou le jet d’eau, c’est le nombre d’étrangers qu’on
croise partout.»
On voit peut-être d’abord ceux qui entrent et sortent des grands hôtels.
Mais il faut un peu de temps et d’attention pour remarquer ceux qui se
cachent ou, confondus avec les pauvres d’ici, cherchent où manger et
dormir.
Avant la votation du 25 septembre sur la loi antiraciste, partisans et
adversaires se sont largement exprimés. L’interprétation du résultat n’est
pas mon propos. Parmi ceux qui ne voulaient pas de cette loi, il n’y avait
certes pas que des racistes déclarés ou honteux. Il y avait aussi ceux que
la vie n’a pas gâtés, ceux qui craignent pour leur avenir professionnel, ou
qui ne reconnaissent pas leur pays. Les Eglises ont fait leur devoir en
rappelant clairement que le racisme est incompatible avec l’Evangile.
Elles ont dit leur satisfaction après le vote. Ces prises de position ne
sont vraiment pastorales que dans un contexte plus vaste. Contexte fait
d’attention à ceux qui n’étaient pas du côté de la majorité pour les
raisons évoquées; les évêques suisses en ont tenu compte dans le message de
leur président au lendemain du 25 septembre. Contexte fait surtout de
l’appel que le Seigneur adresse à toutes nos communautés à travers les gens
venus d’ailleurs et qui sont d’autant plus Jésus pour nous (»J’étais
étranger et vous m’avez acceuilli») qu’ils sont en position difficile.
Le message des évêques pour le 13 novembre place la Journée des peuples
dans le cadre de l’Année de la famille. Avez-vous remarqué combien les
enfants fraternisent vite avec leur camarades d’écoles enfants d’immigrés?
C’est souvent par eux que s’établissent des liens entre les parents. Les
décisions politiques qui permettront de mieux résoudre les questions liées
à l’asile politique et à l’accueil humanitaire dans une vision plus globale
de la migration se préparent ainsi: dans la rencontre des familles, dans le
partage.
Chrétiens, nous n’ignorons pas les problèmes que posent l’économie, le
logement, les infrastructures et la psychologie identitaire. Mais nous
savons surtout que tout homme est à l’image de Dieu. Et qu’il n’y a qu’une
vocation: peuples de la terre, louez le seigneur! Et si je commençais avec
ma voisine? «Et Jésus vint à leur rencontre et il leur dit: ’Je vous
salue’» (Mt 28,9). En grec le Ressuscité dit: «Réjouissez-vous!»
+Amédée Grab
év. aux.



