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apic/Livre Danneels

Belgique: nouveau livre du cardinal Danneels (311094)

«L’humanité de Dieu», dans le prolongement de sa devise épiscopale

Bruxelles, 31octobre(APIC) «Devenir évêque, ce fut pour moi un véritable

tournant…» C’est ce que confie le cardinal Godfried Danneels, archevêque

de Malines-Bruxelles, dans un nouveau livre d’entretiens, recueillis cette

fois par Gwendoline Jarczyk, une journaliste française d’origine polonaise.

«L’humanité de Dieu»: le titre de l’ouvrage, de 213 pages, fait allusion à

la devise épiscopale du cardinal Danneels.

Cette humanité traverse toutes les pages de ce nouveau livre, dont l’auteur célébrera le 21 décembre prochain 15 ans de présence à la tête de

l’archidiocèse de Malines-Bruxelles, après avoir été évêque d’Anvers pendant deux ans, alors qu’il est originaire du diocèse de Bruges. Ces dépaysements, reconnaît-il, lui ont demandé «un temps d’apprivoisement, d’acclimatation considérable». Et pourtant, il ne regrette rien. Ancien professeur

de théologie et directeur spirituel, il était alors «maître de son temps».

Désormais, son emploi du temps est fixé, heure par heure, par son secrétaire. «Ce qui revient à dire qu’à l’évêque échappe désormais la maîtrise de

sa vie, et qu’il ne peut la programmer à sa guise».

Le regard du théologien

Du théologien, le cardinal Danneels a conservé le «réflexe» d’interroger

les choses sous l’angle du sens. Il exige une qualité du regard. «Sur la

rétine de l’oeil de nos contemporains, quelque chose semble avoir lâché. Il

y a un point aveugle et on ne voit pas. «…A ne s’en tenir qu’à l’immédiatement perceptible, on tronque la réalité. Je suis persuadé que si le

Christ se rendait aujourd’hui physiquement présent, l’on ne manquerait pas

de dire: ’Je l’aurais imaginé autrement, il me déçoit’».

Mais le même homme, qui se plaint d’une perte du sens de Dieu ou du sens

spirituel, sait reconnaître les imperfections de son propre regard et les

lacunes de sa propre formation. «Personnellement, je me vois assez démuni

face aux questions d’ordre spécifiquement économique et social. Etant plutôt de formation littéraire, philosophique et théologique, et peu versé

dans ce qui touche aux sciences positives et aux techniques, il me faut

donc me faire violence parfois pour aborder les problèmes inhérents à

l’économie et à la finance. C’est là un point aveugle sur ma rétine; je

m’attache à le corriger sans cesse».

Pasteur et jardinier

D’ailleurs, ce n’est pas d’abord sous l’angle de la connaissance que le

cardinal Danneels aime esquisser ou réinterroger son profil épiscopal. Ni

même sous l’angle d’un attachement à l’institution ecclésiale. «L’évêque

n’est pas d’abord le gardien de l’institution, il est avant tout le pasteur

de son peuple. Il se doit d’en suivre les moindres mouvements; comme le

sont les ramifications d’un arbre, certains d’entre eux seront fructueux,

d’autres comme frappés de stérilité; les brindilles qui poussent ça et là

ne constitueront pas nécessairement une branche qui résiste. C’est à l’évêque qu’il revient de donner leur chance à ces nouvelles pousses, en prenant

soin de leur développement et en sachant déjà qu’il faudra en émonder».

L’évêque, confie-t-il encore, n’est pas quelque petit pâtre qui, dans

une certaine insouciance de l’ensemble, aurait coutume de sortir le matin à

la tête du troupeau: «Nous voici en pleine nature et parfaitement heureux,

sans nul autre besoin que de nous sentir bien ensemble». Non! Tous les

jours, il lui faut prendre son bâton pour en même temps précéder et suivre

son troupeau; le précéder pour l’entraîner, le suivre pour, le cas échéant,

charger sur ses épaules l’agneau incapable d’avancer.

Bâtisseur de ponts

Comment faire vivre dans l’Eglise des tendances différentes et donc donner leur chance à des personnes différentes et aux dons de Dieu qui résonnent en elles? C’est là une préoccupation majeure du cardinal Danneels.

L’évêque est un bâtisseur de ponts, souligne-t-il. Et il inclut dans cette

tâche les ponts à construire entre les communautés, entre les cultures, entre les Eglises locales et avec l’Eglise universelle.

De ponts, il en est beaucoup question aussi, dans ce livre, pour réconcilier des aspects divers ou opposés de la réalité. Par exemple, «la

rigueur et la miséricorde», «la loi et la grâce», «la loi et la liberté»,

«les deux aspects d’un Dieu-Père, à la fois proche et exigeant». Le cardinal n’a pas oublié cette réplique d’une jeune fille, devant qui il exaltait

la bonté de Dieu: «J’ai assez de camarades, je veux un vrai Dieu».

Dans le même sens, l’archevêque veille à faire entendre «la partition de

l’Evangile en en respectant toutes les notes, certes, mais en les confiant

aussi, autant que faire se peut, à un Stradivarius…»

Ecoute et ouverture à l’autre

«Vous demandez des choses apparemment simples, mais combien difficiles!»

fait remarquer au cardinal Danneels son interlocutrice. Il ne le nie pas,

mais ajoute: «seule une parole authentique est vraiment efficace». Par expérience, l’archevêque sait qu’il en coûte de parler vrai: on devient «une

cible facile» pour ses auditeurs ou ses lecteurs. Mais il ne refuse pas

cette «vulnérabilité», qui lui permet d’être à l’écoute.

Le cardinal Danneels sait ce qu’il doit à sa culture et à sa formation.

Mais il laisse entrevoir une autre force quand il évoque son expérience de

la prière: une prière d’évêque en communion avec tout son peuple, à commencer par les plus humbles des fidèles. A ceux-là aussi, il sait réserver des

parts précieuses de son temps. «Mon expérience d’évêque m’a fait découvrir

la misère humaine, raconte-t-il. Il y a une telle souffrance, une si grande

pauvreté et souvent un si profond déséquilibre; des gens désorientés, qui

ont un besoin affectif immense, des gens privés de tout point d’appui, qui

n’entendent jamais une seule parole de réconfort, des êtres exposés sans

merci à la froideur de l’efficacité… Et cela, je le constate tous les

jours».

Il suffit d’écouter: «Puis-je quelque chose pour vous?» A la fin de

l’entretien, «je leur demande souvent de prier pour moi. Certains pensent

alors que je suis un homme accablé et que j’ai besoin d’aide, que je risque

d’abandonner ma tâche demain. Et ils prient. Longtemps après, il m’arrive

d’en revoir; ils me rappellent alors ma demande et quel fut leur étonnement, et m’assurent n’avoir pas passé un jour depuis sans se souvenir de

moi dans leur prière».

Et le cardinal ajoute: «C’est un contact qui demeure, j’en suis persuadé, y compris avec ceux que je n’ai plus revus et dont je n’ai plus jamais

entendu parler. La prière des humbles, cette prière continue, silencieuse,

elle finit par former un tissu qui m’enveloppe; c’est elle qui, lorsqu’il

le faut, me fait trouver la réponse juste, le mot qui pourra sauver».

L’essentiel, le cardinal Danneels le trouve avec saint François dans «un

amour fou du Christ». Il y puise l’exigence suprême d’une reconnaissance de

chacun «dans ce qui constitue sa vérité profonde, au-delà du fait qu’il est

étranger et inconnu, en butte à des préjugés politiques, raciaux et idéologiques». On ne s’étonne donc pas de le voir insister, en finale, «sur la

nécessité d’une éducation, au sens premier du terme, qui permette à tous et surtout aux jeunes – de s’ouvrir toujours plus au sens de l’autre».

(apic/cip/pr)

Cardinal G. DANNEELS, «L’humanité de Dieu. Entretien avec Gwendoline

Jarczyk», Paris, Desclée de Brouwer, 213 pages.

31 octobre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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