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apic/Loi sur le travail/ contestation des conseils pastoraux

Delémont: 12e Rencontre des conseils pastoraux diocésains (061096)

La nouvelle loi sur le travail fortement contestée

Delémont, 6octobre (APIC) La nouvelle loi sur le travail a été au coeur

des réflexions de la 12e Rencontre des conseils pastoraux diocésains et

cantonaux de Suisse réunis vendredi et samedi au Centre Saint-François à

Delémont. Tous les délégués se sont retrouvés sur la même longueur d’onde

pour une protection efficace du dimanche. Non seulement à cause de son

aspect religieux, mais aussi comme une plage nécessaire pour permettre aux

adultes et aux enfants de respirer: une sorte d’antidote vivifiante face au

stress de la société de consommation.

Conformément au voeu de la réunion de Lucerne de l’an dernier, la rencontre de Delémont a mis en valeur les deux mots-clés: «Dimanche – Travail». En essayant d’appréhender ces deux mots d’une manière plus approfondie. Pour y parvenir, les délégués des diocèses ont d’abord écouté Pierre

Weiss, professeur de sociologie à l’Université de Genève. Après avoir dressé le tableau en Europe et en Suisse de la situation de l’ouverture des

grands magasins le dimanche, après avoir rappelé les arguments des adversaires et des partisans de la loi sur le travail, le sociologue a plaidé

pour le respect du bonheur qui peut se réaliser dans le libre choix du consommateur. Sans vraiment convaincre l’assistance. Six dimanches par an

d’ouverture mettent-ils en vraiment en danger le dimanche?

Pierre Weiss observe que ceux qui voteront «non» le 1er décembre sont

fortement motivés par la peur d’une brèche qui pourrait aboutir à des ouvertures tous les dimanches de l’année. N’y a t-il pas, en bloquant une

évolution irréversible de la notion du dimanche, intolérance de la part des

Eglises et des syndicats?

Christophe Gros, ethnologue au musée d’Etnographie de Genève, remplaçant

au dernier moment le professeur Bernard Crettaz, de l’Université de Genève,

a montré avec conviction, voire émotion, l’importance capitale, à ses yeux,

du dimanche. Faisant l’historique amusé et concret des dimanches d’antan

(avec les habits du dimanche et les vêpres quasi-obligatoires), tout en mêlant des récits savoureux de sa vie d’enfant, d’adolescent dans un internat

catholique, de patron de bistrot, puis de chômeur et d’ethnologue aujourd’hui.

Pour un dimanche le plus «populaire» possible

Christophe Gros s’est alors fait le défenseur motivé du dimanche le plus

«populaire» dans les deux sens du terme: «Dimanches des libertés et des libéralités pour vaquer à un rythme normal à tout ce que la semaine contrecarre, prohibe ou rend superficiel; dimanches des excès, des intensités,

des contradictions dynamiques, des réponses trouvées. Dimanches durant lesquels les sentiments et la réflexion donnent et reçoivent en direct. L’ennui d’un dimanche de pluie devenant une rencontre entre proches à une manifestation sportive exigeante et celui du témoignage autonome des valeurs

les plus collectivement intimes, les plus archaïques et les plus novatrices».

Ce plaidoyer, à la fois jubilatoire et intimiste, par des détails où

tout le monde se retrouvait, a évidemment ravi l’assistance. Pas besoin de

faire un dessin. Christophe Gros mettra un gros «non» dans l’urne le 1er

décembre. Il veut en même temps lutter contre les pouvoirs de certains

groupes professionnels «cherchant et parvenant à limiter le repos hebdomadaire et les jours fériés pour leur profit particulier».

Bien connaître la nouvelle loi

L’après midi les délégués ont encore pris davantage conscience des articles de la nouvelle loi proposée à la votation populaire. Anne Walder Pfyffer, juriste, travaillant à Berne au secrétariat des Syndicats chrétiens

(CSC), a expliqué d’une manière précise le débat parlementaire et les adjonctions de la nouvelle loi qui ont obligé les syndicats à lancer le référendum.

Lors des carrefours, tous les témoignages concordaient. Nous ne voulons

pas construire une société «à l’américaine» où tous les jours se ressemblent . Un délégué de Neuchâtel, ingénieur, craint aussi que la brèche ne

s’ouvre encore, si la nouvelle loi est acceptée. «Dans les entreprises,

tout ne doit pas être sacrifié au seul rendement économique». Il a également donné connaissance d’un tract explicatif qui sera distribué dans son

secteur à la sortie des messes.

Clôturant la rencontre, le Père Roland-B. Trauffer, secrétaire de la

Conférence des évêques suisses (CES) a remercié, au nom des évêques, les

délégués pastoraux de consacrer du temps à ce thème capital pour la vie religieuse et sociale de notre pays. Il a invité les délégués à ne pas oublier la deuxième votation fédérale du 1er décembre sur les requérants

d’asile. «Là encore il s’agit de personnes à respecter». (apic/ba)

Encadré

Déclaration de l’assemblée et qui sera remise aux évêques suisses

«23 délégués des Conseils pastoraux diocésains et cantonaux de Suisse,

réunis samedi à Delémont, se sont préoccupés de la nouvelle loi sur le travail prévoyant l’ouverture d’une brèche sur l’interdiction du travail le

dimanche. La nouvelle loi, qui sera soumise à la votation populaire le 1er

décemnre, met en danger le dimanche comme jour commun de repos et de détente. Des rencontres en famille ou avec des amis seront rendues plus difficiles. Les laïcs et prêtres réunis à Delémont lancent un appel pour ne pas

vendre le dimanche au profit d’intérêts avant tout économiques. Une déléguée d’un des trois carrefours de réflexion a dit justement: «Une semaine

sans dimanche est comme un jour sans pain».

«Les délégués pastoraux sont persuadés que des règles juridiques sur le

temps de travail sont nécessaires. Car le marché tout seul ne peut garantir

le bien être des hommes, spécialement des plus démunis». (apic/ba)

6 octobre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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