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apic/Mariage/ pape/ Rote
Jean-Paul II et les causes de nullité de mariage: (270197)
le «bien des personnes» ne peut être opposé au «droit»
Rome, 27janvier (APIC) Le mariage implique immanquablement une «lutte»
pour demeurer fidèle aux engagements pris. La prise en considération par
les tribunaux ecclésiastiques des limites du mariage, des conditionnements
et du péché ne doit en aucun cas faire perdre de vue que l’alliance des
époux constitue un «lien sacré», indissoluble, «comportant de façon intrinsèque des aspects juridiques», a affirmé lundi le pape, rappelant que le
droit lui-même est une réalité interpersonnelle.
A l’occasion de l’audience annuelle accordée aux membres du tribunal ecclésiastique de la Rote romaine, dont relèvent les causes de nullité de mariages, à l’occasion de l’ouverture de l’année judiciaire, Jean- Paul II a
invité à poursuivre l’effort pour harmoniser, dans le cadre de la mise en
oeuvre du concile Vatican II, les «aspects personnalistes» du mariage et
leurs «répercussions juridiques».
Une alliance irrévocable
Un «sain réalisme» ne s’étonnera pas des faiblesses humaines, a relevé
le pape: dans les tribunaux ecclésiastiques chargés des causes matrimoniales, une prise en compte «trop large» de considérations relatives à la maturité psychologique, à la liberté et à la conscience des personnes, certes
nécessaires à la validité d’un mariage, risque de diminuer le principe de
l’indissolubilité fermement rappelé par le Magistère.
De fait, a constaté Jean-Paul II, la conception du mariage selon la constitution pastorale «Gaudium et Spes» (qui place son chapitre sur la dignité du mariage et la famille en premier parmi les problèmes les plus urgents) a des conséquences juridiques. Le sacrement de mariage sur lequel
est fondé ce que le Concile appelle «la communauté profonde de vie et
d’amour que forme le couple» n’est pas laissé à la «fantaisie de l’homme»
(n. 48). C’est une «union intime», un «don réciproque» qui exige la fidélité des époux et l’indissolubilité du lien, et comporte donc une dimension
juridique.
Le Code de Droit canon publié en 1983, qui remplaçait celui de 1917, a
définit ainsi le consentement matrimonial comme l’acte de volonté par lequel un homme et une femme se donnent et se reçoivent mutuellement par une
alliance «irrévocable». La fin naturelle de cette «alliance» que constitue
le mariage est double, réaffirme à la suite du Concile, le bien des conjoints, d’une part, la génération et l’éducation des enfants, d’autre part.
C’est ce bien que le droit a charge de protéger.
Dans chacun des principes sur lequel repose le droit canon, c’est en effet le bien des personnes qui vient au «premier plan» de la réflexion, souligne Jean-Paul II. Et de renvoyer à la disposition du canon 1060 où, en
cas de doute sur la validité d’un mariage, on demande de le tenir pour valide jusqu’à preuve du contraire.
Le «bien des personnes» n’exclut pas le droit
Le «bien des personnes» ne saurait donc être opposé au «droit». Le droit
fait intrinsèquement partie du bien des personnes. Il s’agit, dans les relations entre conjoints et entre parents et enfants, de garantir la justice. «Mettre, par conséquent, la personne au centre de la civilisation de
l’amour, n’exclut pas le droit, mais l’exige plutôt», conclut le pape. Et
d’inviter à redécouvrir le droit comme une réalité interpersonnelle, en
mettant en lumière le lien «constitutif» existant entre les institutions
juridiques et les personnes, lien essentiel lorsqúil s’agit du mariage et
de la famille.
C’est pourquoi l’application du droit matrimonial canonique requiert la
référence au Magistère de l’Eglise, garant de l’interprétation authentique
de la Parole de Dieu en la matière, y compris dans ses aspects juridiques.
En d’autres termes, le pape réaffirme que «les normes canoniques ne sont
que l’expression juridique d’une réalité anthropologique et théologique
sous-jacente», à laquelle il convient de se référer pour éviter le risque
d’interprétations trop faciles.
L’indissolubilité appartient justement, réaffirme le pape, à une vision
personnaliste authentique, puisqúelle vise le bien des conjoints et des enfants. Elle s’oppose à une conception «individualiste», où le sujet se pose
comme source de la vérité, «selon ce qui lui plaît», et n’admet pas qu’autrui exige quoi que ce soit de lui au nom d’une vérité objective. Dans ces
conditions, il n’y a pas de don de soi «sincère», expliquait déjà le pape
dans sa «Lettre aux familles» du 2 février 1994 (Année de la famille).
Un «minimum»
Le mariage chrétien relève au contraire d’une conception «intégrale» de
l’homme. La lumière de la foi, explique Jean-Paul II, éclaire en effet, assume et confirme les données naturelles. Dans cette vision de foi, jamais
la grâce de Dieu ne vient à manquer dans les difficultés. Mais le chrétien
ne fait pas pour autant l’économie du sacrifice, de l’acceptation de la
souffrance, de la lutte indispensable pour demeurer fidèle à ses devoirs.
Il ne faudrait donc pas trop vite, ajoute le pape, assimiler les difficultés normales de la vie conjugale à une incapacité à assumer ses responsabilités dans le mariage: l’»intégration sentimentale pleine et réciproque» d’un couple demande de surmonter les difficultés du chemin. La personne humaine est toujours en croissance, ajoute Jean-Paul II.
Or, pour évaluer la validité d’un mariage, il faut considérer la capacité des personnes et l’acte du consentement. Mais, comme le mariage est le
chemin de la majeure partie des hommes et des femmes, il ne s’agit pas
d’exiger d’eux ce qu’on ne peut exiger en général de personnes humaines.
Cette vision «réaliste» de la personne n’a rien à voir, souligne le pape,
avec un «pragmatisme minimaliste»: il s’agit d’établir, avec l’aide de la
science, un «minimum» à partir duquel on peut parler de «capacité» et de
«consentement» suffisants pour qu’il y ait véritablement mariage.
Un travail exigeant pour les 20 prélats de la Rote romaine, issus de 8
pays différents, qui ont déclaré cette année 40 cas de nullité de mariage.
(apic/imed/ba)



