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apic/Maurice Zundel/ centenaire/ Marc Donzé

APIC – Interview

Maurice Zundel: La grande aventure, c’est de se faire homme pp. 2/7

Entretien avec Marc Donzé sur le centenaire

de la naissance de Maurice Zundel

Bernard Litzler, pour l’agence APIC

L’année 1997 marque le centenaire de la naissance du prêtre neuchâtelois

Maurice Zundel. Décédé en 1975, cet homme, méconnu de son vivant, ne cesse

de gagner de nouveaux auditoires grâce à sa théologie profonde et originale. L’abbé Marc Donzé, ancien professeur à l’Institut de théologie pastorale de l’Université de Fribourg, connaît bien le témoignage théologique de

Zundel. Il a publié plusieurs ouvrages sur lui et ne cesse de le diffuser à

travers de nombreuses conférences. A la veille de cet anniversiare, l’abbé

Donzé nous livre les axes principaux de la réflexion zundélienne, en particulier la place de l’homme et la pauvreté de Dieu. Entretien sur un prêtre

à la fécondité pastorale étonnante.

APIC: Pourquoi cet anniversaire et l’éclat un peu particulier donné au centenaire de la naissance de Maurice Zundel ?

M.D. : On s’est aperçu que Maurice Zundel, vingt ans après sa mort, avait

un grand rayonnement dont je suis le premier surpris, avec bonheur. Fêter

cet anniversaire est une manière de mieux diffuser sa pensée, qui parle à

beaucoup et les aide à vivre leur foi.

APIC: Vous sentez-vous, avec d’autres, l’héritier de Maurice Zundel?

M.D. : Je n’emploierai pas ce mot d’héritier. J’ai fait ma thèse sur Maurice Zundel. Sa pensée est tellement en connotation avec ce que je ressens au

profond de moi qu’elle me rejoint fortement. S’instituer héritier me paraît

possessif. C’est même anti-zundélien…

APIC: Pourquoi cet engouement autour de la pensée de Zundel?

M.D. : Sa pensée naît d’une expérience intérieure profonde qui rejoint

beaucoup d’autres hommes. Pas tous… Une des particularités de l’accès à

Maurice Zundel, c’est que, ou bien l’on se sent en profonde connivence, ou

alors pas du tout, car l’expérience peut être très différente. Il y a là

une question de famille d’esprit qui me paraît assez fondamentale.

Un des grands axes, assez nouveau, c’est sa manière de parler de l’homme. Il y a toujours l’homme au départ de sa pensée. Avec cette affirmation

fondamentale «Je crois en l’homme», parce que Dieu en premier a cru en

l’homme. «Je crois en l’homme» engage, parce que si je crois en lui, je ne

peux le piétiner, mais le respecter infiniment. L’homme est appelé à se déployer en toutes ses virtualités, dans sa dignité, sa liberté, son intériorité. Et plus l’homme se développe dans sa grandeur, plus Dieu est considéré comme grand. L’homme n’est pas en concurrence avec Dieu, car il y a entre les deux une alliance, un échange d’amour, un partage. Souvent, dans

l’Eglise, il existe des discours qui abaissent l’homme pour mieux élever

Dieu. Chez Zundel, rien de cela.

Un autre axe important: Un discours sur Dieu relativement important à

son époque: Dieu est pauvreté. Dieu est humilité. Dire cela est une orchestration de «Dieu est Amour». Dieu est tout don, rien que don, circulation

d’amour à l’intérieur de lui-même. Comme son agir suit son être, il est

aussi don vis-à-vis des autres. Ce sont des tonalités nouvelles dans le

discours sur Dieu qui rejoignent l’esprit de l’homme contemporain. Dieu va

toujours être en avance de générosité et de pardon vis-à-vis de l’homme,

sans rien perdre de sa grandeur.

APIC : Il y a une parenté nette avec la pensée de François d’Assise?

M.D. : Zundel a redécouvert François d’Assise, qu’il connaissait déjà, au

moment le plus noir de sa vie, en exil à Paris. A l’âge de 30 ans, presque

sans travail. Il a dû aller pêcher au tréfonds de lui-même pour vivre ce

moment-là. Il a fait une découverte existentielle de François d’Assise. Il

dira volontiers que François est le plus grand théologien de tous les

temps, parce que le premier il a identifié la Trinité et la pauvreté.

APIC: La mise en valeur de la pensée de Zundel ne correspond-elle pas à

une période où l’homme contemporain s’interroge beaucoup sur lui-même?

M.D. : Nous vivons un temps très anthropocentrique. Zundel prend cela en

compte avec même une légère angoisse existentielle, parce que pour lui

l’homme n’existe pas au départ. Il n’est qu’un tissu de déterminismes, qui

n’a rien choisi à la naissance. La grande aventure, c’est de se «faire homme». Aventure périlleuse, car y a-t-il beaucoup d’hommes qui soient devenus

hommes dans ce sens-là, c’est à dire qui aient accédé pleinement à leur

dignité, à leur intériorité, à leur pauvreté, en se dépossédant de soi pour

créer un espace de don?. L’aventure humaine consiste à se libérer de ses

déterminismes pour devenir un espace.

APIC : «Je est un autre»…dit Zundel

M.D. : Oui et c’est fondamental parce que l’apprentissage de l’homme se

fait toujours par l’autre. L’homme n’apprend pas tout seul. Je ne vais accéder à la liberté que par quelqu’un qui m’en montre les chemins. Il aimait

citer Emmanuel Mounier, le fondateur de la revue «Esprit»: «Le plus court

chemin de moi-même à moi-même passe par l’autre».

«Je est un autre» peut aussi s’interpréter de la relation avec Dieu. Si

je vais jusqu’au plus profond de moi-même et si j’y trouve une dignité

pressentie comme infinie, il faut pouvoir l’appuyer sur quelqu’un qui justifie cet infini et lui donne consistance. Tout au fond de l’aventure humaine, Dieu est présent, comme celui qui fonde et féconde l’infini de

l’aventure humaine.

APIC : En quoi la pensée de Zundel marque votre propre cheminement théologique?

M.D. : Je suis frappé du nombre de requêtes qui me sont adressées pour des

articles, des conférences… Zundel, prédicateur, a beaucoup développé sa

pensée de façon pastorale avec beaucoup d’exemples, de récits permettant de

rejoindre les gens. Je considère comme un service de pouvoir parler de lui.

Ce qui me frappe: c’est la pauvreté. Celle de Dieu et celle qui est requise: c’est à dire l’amour non possessif, la gratuité, le désintéressement, le don… y compris au niveau d’une simplicité matérielle.

APIC : Pourquoi une vie si méconnue?

M.D. : Comme le dit la préface du livre: «Quel homme et quel Dieu?», Maurice Zundel était «en avance de pas mal d’idées sur pas mal de gens». Quand

on est très en avance, on est souvent incompris à cause de cette originalité. Ce n’était pas évident et même scandaleux, dans les années 30, de parler de la pauvreté de Dieu. Dieu est Dieu. Zundel ne le nie pas. Et parler

de la pauvreté de Dieu, c’est une manière de dire qu’il est Amour. C’est

lui mettre une tonalité plus franciscaine. Dialoguer franchement avec Sartre, Camus, Nietzsche et d’autres dans des écrits de type spirituel était

peu commun.

APIC : On découvre aussi un homme ouvert à la pensée de son temps, la

psychanalyse, l’athéisme…?

M.D. : En y cherchant les «harmoniques de la grâce», comme il disait. Même

chez ceux qui nient Dieu, ils ne nient pas Dieu, selon Zundel. Ils nient un

faux Dieu qui leur paraît être un concurrent de l’homme. Il n’y a pas de

concurrence avec Dieu si je comprends que Dieu est pauvreté, don, partage.

APIC : La pensée de Zundel est-elle connue à l’étranger?

M.D. : J’ai été frappé de la manière dont l’expérience pronfonde de Zundel

permet de transcender les cultures. Deux exemples. Une soeur d’origine japonaise m’a révélé qu’en lisant Zundel, elle trouvait l’expression de la

foi chrétienne qui correspondait le mieux à ce qu’elle ressentait à partir

de sa culture. Des livres de Zundel ont d’ailleurs été traduits en japonais. Un prêtre camerounais ayant lu mon livre sur «L’humble Présence» a

été ébloui. Ce prêtre a prêché toute une retraite pour ses amis de «Jésus

Caritas» à partir de ce livre, car cela correspondait à son expérience spirituelle. Cela veut dire que la pensée de Zundel rejoint quelque chose de

très fort dans l’homme universel. (apic/bl/ba)

Encadré

La Fondation Maurice Zundel

La Fondation Maurice Zundel est une création récente: elle n’a pas deux

ans. Son but est la conservation des archives et la diffusion de la pensée

de Zundel.

Première étape en cours: transférer de Paris à Fribourg, en Suisse, siège

de la Fondation, ce qui a été rassemblé comme archives. Puis classement,

fichages…

Autre projet en gestation: l’édition des oeuvres complètes de Zundel. Dans

un premier temps, réédition des écrits: parmi l’oeuvre orale, des choix

doivent être faits pour donner un «corpus» aussi intéressant que possible.

Quant aux lettres, la question est de savoir si un volume pourra se faire à

partir de la correspondance du prêtre neuchâtelois. Les livres, les articles, les conférences, les homélies et les lettres seront classée par ordre

chronologique.

Délai de parution?. Tout dépendra du bénévolat, car la Fondation n’ a pas

de finances propres pour l’instant.

Adresse: Fondation Maurice Zundel, Centre diocésain, Chemin du CardinalJournet 3, 1752 Villars-sur Glâne.

Encadré

Premières manifestations de l’année Zundel

L’année 1997 sera marquée par diverses manifestations publiques en Suisse,

en France, en Belgique et au Canada. Parmi ces événementa, citons les premiers en date organisés dans la ville natale de Maurice Zundel, Neuchâtel:

Colloque oecuménique international à l’Université de Neuchâtel, ClosBrochet 10, les vendredi et samedi 24 et 25 janvier 1997.

Vendredi à l’Aula des Jeunes-Rives: «Entrer vivant dans la mort»: Conférence publique de Marie de Hennezel, psychologue à Paris.

Dimanche 26 janvier: messe télévisée (TSR) à l’église Notre-Dame.

Adresse: Associaton Centenaire Maurice Zundel, Rue Jean-Jacques Lallemand

5, 2000 Neuchâtel Tél. 032/ 724’60’20.

3 janvier 1997 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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