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apic/Message pape/Journée Paix

Message du pape pour la Journée mondiale de la paix «Donnons aux enfants un

avenir de paix!»

Le pape invite à donner un nouveau visage à la terre (121295)

Rome, 12décembre(APIC) «Donnons aux enfants un avenir de paix!»: c’est

l’appel lancé par Jean-Paul II pour la prochaine Journée mondiale de la

Paix, qui est célébrée chaque année le 1er janvier. Un appel adressé aux

hommes et aux femmes, pour qu’ils aident les enfants à grandir dans un climat de paix, car «c’est leur droit, c’est notre devoir». Le message, qui a

été publié mardi à Rome, dresse un sombre tableau des violences que subissent les enfants. C’est surtout un message d’espoir: tous ceux qui croient

aux valeurs de la paix et de la solidarité ont la possibilité de donner «un

nouveau visage à la terre».

Dans la première partie de son message, le pape décrit les conditions

dramatiques dans lesquels vivent trop d’enfants aujourd’hui, victimes de la

guerre – l’UNICEF vient de révéler l’ampleur du désastre – et de diverses

formes de violence.

Un vrai massacre

La guerre, tout d’abord. Ces dernières années «c’est par millions qu’ils

ont été blessés ou tués: un vrai massacre!» Jean-Paul II accuse: «On a dans

une large mesure négligé de respecter les règlements internationaux, qui

accordent une protection spéciale à l’enfance, et les conflits régionaux et

interethniques, qui ont augmenté de façon démesurée, rendent vaine la

sauvegarde prévue par les normes humanitaires. Les enfants sont même

devenus la cible des francs-tireurs, leurs écoles ont été volontairement

détruites, de même qu’ont été bombardés les hôpitaux où ils sont soignés».

De si «monstrueuses aberrations» appellent une condamnation unanime,

écrit le pape, pour qui le meurtre délibéré d’un enfant est «l’un des signes les plus déconcertants de la perte de tout respect de la vie humaine».

Le pape n’oublie pas les enfants, mutilés, persécutés, violés, éliminés

lors des conflits armés ou des «purifications ethniques», ni ceux qui sont

«contraints à y participer activement», parfois à tuer des personnes de

leur propre village, ou envoyés en avant-garde pour nettoyer les champs de

mines car, observe le pape, «leur vie ne pèse évidemment pas lourd pour

ceux qui les utilisent».

Triste solitude

Des millions d’enfants subissent d’autres formes de violence, dans les

sociétés touchées par la misère comme dans les sociétés développées, où les

violences, souvent moins apparentes, ne sont pas moins terribles. Le pape

rappelle le lien entre pauvreté et violence. Des enfants mis au travail

sont maltraités, punis avec violence, rétribués avec un salaire dérisoire:

ils sont «les victimes les plus faciles du chantage et de l’exploitation».

D’autres sont l’objet d’une transaction commerciale pour la mendicité, lancés dans la prostitution, enrôlés dans des activités criminelles, en particulier la vente de la drogue. Beaucoup finissent par n’avoir d’autre milieu

de vie que la rue.

Dans des familles qui vivent dans le bien-être et l’aisance, des enfants

subissent parfois des sévices et des exactions qui ont des effets dévastateurs sur leur développement. Beaucoup doivent supporter les traumatismes

provoqués par les tensions entre leurs parents ou même par l’éclatement de

leur famille. «La préoccupation pour leur bien ne suffit pas à empêcher des

décisions dictées souvent par l’égoïsme et par l’hypocrisie des adultes»,

constate le pape. Derrière une apparence de situation normale et sereine,

rendue plus convaincante encore par l’abondance des biens matériels, les

enfants sont parfois obligés de grandir dans une triste solitude. Comment

s’étonner, demande le pape, qu’une violence aussi multiforme et insidieuse

finisse par «transformer leur enthousiasme naturel en désillusion ou en cynisme, et leur bonté spontanée en indifférence et en égoïsme?»

Les enfants, des «témoins» et des «maîtres»

Dresser ce sombre tableau est pour Jean-Paul II «un devoir: ils seront

les adultes du troisième millénaire». Son intention n’est pourtant pas de

sombrer dans le pessimisme, ni d’ignorer tout ce qui invite à l’espérance:

les nombreuses familles où les enfants grandissent dans un climat serein,

les efforts de tant de personnes, de familles et de communautés, d’organismes publics et privés, par exemple pour ramener à une vie normale les enfants impliqués dans quelque situation traumatisante, sans oublier une prise de conscience plus forte de la communauté internationale.

«Les résultats obtenus encouragent à poursuivre de si louables efforts,

poursuit le pape. Convenablement assistés et aimés, les enfants eux-mêmes

savent se faire protagonistes de la paix, bâtisseurs d’un monde fraternel

et solidaire. Par leur enthousiasme et la fraîcheur de leur dévouement, ils

peuvent devenir des «témoins» et des «maîtres» d’espérance et de paix au

bénéfice des adultes eux-mêmes. Pour ne pas perdre ces richesses, il faut

donner aux enfants, avec le respect dû à leur personnalité, toutes les occasions favorables de mûrir de façon équilibrée et ouverte. Une enfance sereine permettra aux jeunes d’envisager avec confiance la vie et l’avenir.

Malheur à ceux qui étouffent en eux l’élan joyeux de l’espérance!»

A l’école de la paix

Les petits apprennent vite l’amour et le respect des autres, observe Jean-Paul II, mais ils assimilent vite aussi «le poison de la violence et de

la haine». L’expérience qu’ils font en famille est dès lors primordiale.

Premier endroit où ils s’ouvrent au monde, celle-ci doit être pour eux «la

première école de la paix». Les parents ont en effet la «possibilité extraordinaire» de les ouvrir au témoignage de leur amour, de grandir dans une

ambiance de paix, imprégnée des éléments positifs qui constituent «le véritable patrimoine familial: estime et accueil réciproques, écoute, partage,

gratuité, pardon. Grâce à la réciprocité qu’elles favorisent, ces valeurs,

écrit le pape, représentent une authentique éducation à la paix et font de

l’enfant, dès son plus jeune âge, un bâtisseur actif de paix».

En plus de l’éducation familiale, les enfants ont droit à une éducation

spécifique à la paix, que doivent donner l’école et les autres structures

éducatives, qui «ont pour tâche de les conduire progressivement à comprendre la nature et les exigences de la paix au milieu de leur monde et de

leur culture». On leur apprendra ainsi, suggère le message, «l’histoire de

la paix et pas seulement celle des guerres gagnées ou perdues». Il existe

en effet bien des modèles positifs «dans chaque culture et à chaque période

de l’histoire». Le pape appelle de ses voeux «des initiatives pédagogiques

appropriées, en cherchant avec créativité des voies nouvelles, surtout là

où la misère culturelle et morale est la plus lourde». Car les enfants ne

sont pas des poids pour la société, ni des instruments pour le gain, ni des

personnes sans droits, mais «des membres précieux de la société humaine,

dont ils incarnent les espérances, les attentes, les possibilités».

Avec un coeur d’enfant

Si la paix est un don de Dieu, il dépend des hommes que ce don soit accueilli. «Ils n’en seront capables, avertit Jean-Paul II, que s’ils ont la

simplicité d’un coeur d’enfant. C’est là un des aspects les plus profonds

et les plus paradoxaux du message chrétien: avant d’être une exigence morale, se faire petit est une dimension du mystère de l’Incarnation.» Jésus,

en effet, est venu sous la forme d’un enfant, démuni et indigent, et il

s’est identifié aux petits.

Jean-Paul II conclut par un message d’espoir: «Se faire petit comme les

enfants – avec une pleine confiance envers le Père et en s’imprégnant de

douceur évangélique – n’est pas seulement une prescription éthique, c’est

un motif d’espérance. Même là où les difficultés sont telles qu’elles engendrent le découragement, même là où la force du mal s’impose au point de

provoquer l’effroi, la personne qui sait retrouver la simplicité de l’enfant peut se remettre à espérer: c’est possible surtout pour celui qui sait

pouvoir compter sur un Dieu qui veut la concorde de tous les hommes dans la

communion et la paix de son Royaume; mais c’est aussi possible pour celui

qui, sans avoir reçu en partage le don de la foi, croit aux valeurs du pardon et de la solidarité et entrevoit en elles – non sans l’action secrète

de l’Esprit – la possibilité de donner un visage nouveau à la terre».

(apic/jmg/cip/pr)

12 décembre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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