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Mexique: Mgr Ruiz «démissionné» par le Vatican? (080295)

Une nouvelle «affaire Gaillot» ?

Mexico, 8février(APIC) Le Vatican aurait demandé par deux fois durant ces

dernières semaines la démission de Mgr Samuel Ruiz Garcia, âgé de 70 ans,

évêque de San Cristobal de las Casas au Mexique. Selon le journal mexicain

«El Financiero», la nouvelle a été donnée par le cardinal Juan Sandoval

Iniguez, archevêque de Guadalajara. Le journal estime que le Vatican aurait

pris cette mesure parce que Mgr Ruiz aurait été impliqué dans les préparatifs de l’insurrection des Indiens dans l’Etat de Chiapas dans le sud du

pays. Les rebelles de l’armée zapatiste de libération nationale (EZLN) lui

avaient demandé en janvier 1994, après l’insurrection, d’être un intermédiaire entre les forces EZNL et le gouvernement mexicain.

Les reproches d’une participation à l’insurrection avaient déjà été formulés par certains milieux politiques contre Mgr Ruiz, surnommé le «défenseur des pauvres». Le pape, selon le cardinal Sandoval, n’a pas voulu pas

alors le destituer de sa fonction épiscopale, craignant qu’un tel acte ne

provoque des réactions internationales.

Le processus de paix au Chiapas se trouve actuellement dans une impasse.

A la mi-janvier, des représentants du gouvernement et des guerilléros zapatistes ont commencé des négociations, mais elles ont à peine progressé. Mgr

Ruiz a alors cherché, en faisant lui même une grève de la faim, à faire

progresser les parties en conflit en vue d’une solution négociée.

Mgr Samuel Ruiz Garcia est depuis 35 ans évêque de San Cristobal de las

Casas. Son engagement en faveur des défavorisés lui a valu de nombreuses

dénonciations et attaques. Les dirigeants économiques et les politiciens du

parti gouvernemental (PRI) lui reprochent surtout son engagement déterminé

dans la défense des droits des Indiens. En août 1993, Mgr Ruiz avait publié, lors de la visite du pape, une lettre pastorale dans laquelle il dénonçait la politique économique néo-libérale pratiquée par le gouvernement

ainsi que la fraude électorale pratiquée par le parti gouvernemental. Des

journaux de droite de Mexico lui ont reproché alors d’avoir préparé l’insurrection indienne par une activité «subversive, marxiste et orientée».

Méfiance d’une partie de l’Eglise hiérarchique

Certains membres de la hiérarchie catholique mexicaine ainsi que le nonce apostolique regardent également avec méfiance les engagements sociaux de

Mgr Ruiz. C’est ainsi que Mgr Girolamo Prigione, nonce apostolique à Mexico, l’avait convoqué, le 25 octobre 1993, pour lui signifier en six points

la condamnation de sa pastorale. Selon Mgr Ruiz lui-même, Mgr Prigione,

l’aurait invité à signer «de son plein gré» une lettre de démission. On lui

reprochait alors «une lecture réductrice de l’Evangile, influencée par le

marxisme, ainsi qu’une pastorale non-conforme».

Ces pressions de la part du nonce apostolique avaient provoqué une vague

de soutien en faveur de l’avocat des Indiens. Rigoberta Menchu, Prix Nobel

de la Paix, avait demandé publiquement au pape d’intervenir pour Mgr Ruiz;

une pétition munie de quelque 20’000 signatures de paysans indiens du diocèse de Chiapas adressée à Jean Paul II allait dans le même sens. Solidarité également exprimée par le cardinal Paulo Evaristo Arns, archevêque de

Sao Paulo et le théologien péruvien Gustavo Gutierrez. (apic/kpr/ba)

8 février 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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