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APIC – Dossier

Campagne contre les mines antipersonnel (160496)

«L’arme de guerre des lâches»

Journées internationales de prière pour soutenir la Campagne

Genève 16avril(APIC-CIP) L’interdiction des mines antipersonnel reste

d’actualité. Du 22 avril au 3 mai, une Conférence de l’ONU à Genève tentera

de réviser le seul texte de droit international – la Convention de 1980 qui réglemente l’utilisation des mines antipersonnel. Pour appuyer le bannisement de ces armes, des journées internationales de prière seront organisées du 26 au 28 avril à Genève et dans le monde.

Toutes les 20 minutes, une mine tue ou mutile une personne, quelque part

dans le monde. La mine antipersonnel est l’arme de la «guerre des lâches»,

explique le Dr Philippe Chabasse, directeur de «Handicap International»,

dans le numéro d’avril de «La lettre de Justice et Paix» en France.

«D’un côté, du plastique aux couleurs souvent attrayantes et 50 grammes

d’explosif. De l’autre, 5 kilos d’os, de muscles et de peau, sanguinolents

et pitoyables, qu’il faut amputer de toute urgence pour sauver une vie. En

moins de 25 ans, en temps de pays, 600.000 paysans ont été mutilés par cette arme qui frappe avec une rare sauvagerie. Plus encore, ont été tués,

faute de soins : des hommes, des femmes et des enfants, qui n’avaient d’autres choix que de cultiver leur terre pour survivre.»

Les principales victimes

Car les principales victimes des mines antipersonnel, explique toujours

le Dr Chabasse, ce sont «des bergers nomades et des familles de villageois

vivant en autarcie du produit de leurs terres, en Afghanistan, au Cambodge,

en Angola, en Somalie, en Ethiopie, au Soudan, en Ouganda, au Rwanda, au

Mozambique, au Nicaragua, au Laos, au Salvador, au Vietnam, en Irak, en

Iran, au Sri Lanka, en Birmanie, en Bosnie-Herzégovine, et dans certaines

régions de l’ancienne URSS.»

Au rythme de trois explosions par heure en moyenne, ces engins enfouis

dans le sol, dont la charge est calculée pour arracher la jambe de la victime qui la déclenche, font chaque année plus de 26.000 victimes ! «Non

seulement les mines tuent et mutilent, observe le Service Jésuite pour les

Réfugiés en Europe (2), mais elles appauvrissent des communautés entières

en les empêchant de cultiver la terre ou de l’habiter. En outre, elles empêchent le rapatriement et la réintégration des réfugiés.»

Mort massive au ralenti

Selon l’organisation de défense des droits de l’homme «Human Rights

Watch», les mines antipersonnel sont des «armes de destruction massive au

ralenti». On estime qu’il y a actuellement entre 80 et 110 millions de mines qui guettent leurs victimes dans 64 pays du monde.

Les premières mines antipersonnel ont été mises au point au cours des

deux guerres mondiales de ce siècle. Elles étaient conçues comme pièges

contre les démineurs: c’était une menace en vue de les dissuader de chercher à désamorcer les mines antichars. Plus tard, ces mines seront utilisées pour barrer l’accès à des installations stratégiques.

Mais au Vietnam, au Laos, en Afghanistan, on a largué des centaines de

milliers de mines antipersonnel par avion, par hélicoptère. Elles sont devenues une arme offensive, utilisées contre les populations civiles.

Pourquoi?

Pourquoi cette prolifération et cet usage ? Le directeur de Handicap International met en cause trois facteurs : «leur faible coût, une incroyable

perversion des responsables militaires et une invraisemblable négligence de

la communauté internationale».

S’y ajoute une «triste spécificité», que souligne encore le Dr Chabasse:

«quand les hostilités s’arrêtent, la mine antipersonnel reste active !»

«Les mines frappent avant tout les communautés villageoises les plus pauvres, dans les pays les plus déshérités. Les enfants qui jouent, les femmes

qui vont chercher de l’eau ou du bois, les paysans qui pêchent, labourent

et font paître leur troupeau, les réfugiés qui rentrent au pays, sont les

cibles privilégiées des mines antipersonnel.»

Au Cambodge, plus de 25.000 amputés pour 9 millions d’habitants ; en

Afghanistan, 20 à 30’000 amputés pour 12 millions d’habitants ; en Angola,

40 à 70’000 amputés pour 15 millions d’habitants… On n’en finit plus de

dénombrer à travers le monde les victimes de la «guerre des lâches».

Genève après Vienne

C’est sous la pression de la Campagne Internationale pour l’Interdiction

des Mines, campagne aujourd’hui portée par plus de 450 Organisations non

gouvernementales (ONG) dans une quarantaine de pays, que des gouvernements

ont demandé à l’ONU de réviser la Convention de 1980. Après quatre réunions

préparatoires, une Conférence s’est tenue à Vienne à l’automne dernier.

Malheureusement, après trois semaines de travaux, elle n’a débouché sur aucun consensus et a été ajournée. Des observateurs constataient alors avec

dépit: «Les délégués se sont davantage employés à protéger les stocks nationaux des mines antipersonnel qu’à s’inquiéter des 1600 personnes qui,

durant cette période, ont été tuées ou mutilées par ces mêmes mines à travers le monde.»

Jusqu’à présent, vingt et un pays se sont prononcés en faveur d’une interdiction totale des mines antipersonnel: l’Autriche, la Belgique, le Cambodge, la Colombie, l’Estonie, le Danemark, l’Irlande, l’Islande, le Laos,

la Malaisie, le Mexique, le Mozambique, la Nouvelle Zélande, le Nicaragua,

la Norvège, le Pérou, les Philippines, la Slovénie, la Suède, la Suisse et

l’Uruguay.

Décision du Conseil national

Les responsables de la Campagne suisse contre les mines antipersonnel

s’étaient déclarés satisfaits de la décision du Conseil national qui le 8

mars dernier, par 110 voix contre 43, avait proposé d’interdire totalement

les mines antipersonnel.

Le point de vue des 21 pays est totalement partagé par le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) et par les institutions humanitaires des

Nations-Unies. Dans plusieurs autres pays, des ONG récoltent des signatures

pour exiger de leurs gouvernements une attitude semblable. C’est ainsi

qu’en Allemagne, 450’000 signatures ont été déposées, dans ce but, lundi 15

avril, au président de la République fédérale d’Allemagne.

Pourquoi une interdiction totale? «Parce que, dans la pratique, il est

impossible de réglementer l’utilisation des mines antipersonnel», souligne

le Service jésuite des Réfugiés en Europe. «La seule solution est l’interdiction globale et totale de la production, du stockage, de la vente, du

transfert, de l’exportation, de la prolifération et de l’utilisation de

tout type de mines antipersonnel, y compris celles qui sont dotées d’un mécanisme d’auto-destruction ou d’auto-neutralisation».

La Convention de 1980

Dans cette optique, tous les amendements qui seront apportés au Protocole de la Convention de 1980, lors de la session de Genève, peuvent seulement être considérés comme des pas intermédiaires vers une interdiction totale. Les ONG en campagne contre les mines réclament, en outre, un fonds

international de déminage, créé sous les auspices de l’ONU et alimenté par

les producteurs de mines et les gouvernements ou groupements qui les ont

posées, selon le principe «pollueur payeur». Enfin, les ONG et les communautés locales sont appelées à unir leurs efforts pour aider les victimes

et permettre leur réhabilitation dans la société.

Face au coût, la gratuité

«Il n’est jamais facile de se mettre d’accord pour interdire ou limiter

la production, le transfert ou l’utilisation d’une arme. Toute arme a une

fonction militaire et l’interdiction de l’exporter, un coût financier»,

constate le Dr Philippe Chabasse. Mais, ajoute-t-il, «ces arguments doivent

être mesurés par rapport aux effets des mines antipersonnel dans leur globalité : alors qu’une mine peut parfois s’acheter trois dollars, la retirer

coûte au minimum 100 fois plus cher, et le coût de la prise en charge de sa

victime 1.000 fois plus !»

Journées de prière

L’initiative des journées de prière des 26-28 avril a reçu l’appui d’un

groupe de hauts responsables de diverses religions à travers le monde. Les

journées de prière sont ainsi devenues une initiative mondiale et interreligieuse, coordonnée par le Conseil de la Paix.

Le moine bouddhiste cambodgien Maha Ghosanda et plusieurs responsables

des grandes religions seront à Genève, à l’occasion de la session de l’ONU

qui traitera des mines antipersonnel. D’autres se joindront aux rencontres

de prière organisées dans leurs communautés à travers le monde. Le pape

Jean-Paul II a exprimé, à plusieurs reprises, son soutien à la campagne internationale contre les mines antipersonnel. (apic/cip/ba)

16 avril 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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