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France: les abbés et abbesses trappistes

affirment la «neutralité absolue» des moines enlevés en Algérie (080496)

Paris, 8avril(APIC) Cela fera bientôt deux semaines qu’on est sans nouvelle des sept moines trappistes français enlevés au monastère de Notre-Dame de l’Atlas à Tibhirine (Algérie). Certains se posent dès lors des questions. Pour que le combat de leurs frères ne soit pas «faussé ou dénaturé», les abbés et abbesses cisterciens-trappistes de France ont tenu à rappeler le sens de leur présence là-bas et leur «neutralité absolue».

Les supérieurs trappistes ont été touchés par l’émotion et la sympathie

suscitées par la façon dont la presse a rendu compte de cet événement douloureux «avec beaucoup de tact et de compétence». Comme la situation n’évolue pas et que les informations sont rares, le risque existe, écrivent-ils,

qu’on oublie ces frères qui vivent «un combat spirituel très important, non

seulement pour eux-mêmes, mais encore pour le bien du pays où ils se sont

trouvés appelés à mener leur vie monastique». Car il serait «dramatique que

le sens de ce combat se trouve faussé ou dénaturé».

Le message rappelle que les moines, qui sont en Algérie depuis soixante

ans, y ont vécu la guerre franco-algérienne et l’indépendance, et que quand

la situation s’est dégradée, jusqu’à atteindre la violence dont ils sont

aujourd’hui les victimes, «ils ne se sont pas obstinés à tout prix, mais se

sont régulièrement posé la question de savoir s’ils devaient rester». Il

leur était «évident qu’en cas de menaces précises, ils devaient partir».

Leur abbé général, en son temps, et le procureur général des trappistes,

plus récemment, «ont entendu chacun des frères là-dessus et les ont confirmés dans leur vocation particulière».

Un devoir de réserve évident

Par leur communiqué, les supérieures et supérieurs des monastères trappistes de France veulent préciser qú»il n’y avait donc pas, à ce jour,

d’autre discours possible, au sujet des conditions de la présence de ces

moines en Algérie, que celui qu’ils ont eux-mêmes tenu avec constance et

grande précision». Leur message en retient d’abord que ces moines sont

«d’abord les hôtes d’un pays étranger, indépendant, qui les accueille avec

toute la générosité qu’on lui connaît». Cette situation, comme la vocation

monastique elle-même, leur impose «un devoir de réserve évident par rapport

à la société algérienne en général et aux partis politiques en particulier». Les moines «ne se sont jamais départis de ce devoir de réserve».

Si la présence d’un monastère trappiste dans les montagnes de l’Atlas

n’est pas aussi étrange qu’il y paraît, dans une région où les traces très

anciennes du christianisme sont encore repérables, précise le message, les

moines de Tibhirine, «bien loin d’ignorer la réalité religieuse actuelle de

ce pays, ont au contraire su trouver au contact de l’islam une source très

précieuse et très féconde de dialogue, de partage et de prière».

Autre précision: les moines se sont débarrassés il y a longtemps déjà

des propriétés dont ils avaient hérité, ayant choisi de vivre plus simplement du travail de leur jardin, «comme et avec leurs voisins». C’est «dans

ce voisinage immédiat, au quotidien, qu’ils ont perçu le plus les trésors

de délicatesse que l’hospitalité des gens simples d’Algérie a su déployer à

leur égard», qui est «une des raisons de leur attachement à ce lieu».

Reste bien sûr le médecin, dont tout le monde parle. Etant là-bas depuis

cinquante ans, sa présence et son activité ont beaucoup marqué l’histoire

de la communauté et celle de la population environnante. «Mais ce serait

bien mal le connaître que de le soupçonner d’avoir accepté de «négocier»,

ne serait-ce qu’un seul instant, les conditions d’exercice de son art», affirme le message.

Les abbés et abbesses concluent par un appel: «A l’heure qu’il est, seule notre prière peut effectivement rejoindre nos Frères. Mais notre vigilance n’en reste pas moins essentielle afin que ne leur manque jamais la

force de notre amitié et de notre intercession».

Le point sur les recherches

Faisant le point sur les recherches dans son édition de vendredi, le

journal «La Croix» (Paris) observe que les autorités civiles et militaires

algériennes gardent un silence total sur les recherches en cours dans les

monts de Médéa et dans la montagne de Chréa, à une soixantaine de kilomètres au sud d’Alger, recherches qui sont jusqu’ici restées vaines. Mardi,

le quotidien privé «El Watan» affirmait que les religieux étaient toujours

vivants, après avoir écrit dimanche que les forces de sécurité étaient «sur

une bonne piste». Selon plusieurs journaux locaux, les moines seraient toujours dans la région de l’enlèvement, encerclée et quadrillée par l’armée.

Les ravisseurs appartiendraient au Groupe Islamique Armé (GIA), le plus

radical des mouvements armés, mais aucune revendication n’a été rendue publique. Selon «La Croix», les autorités algériennes ont assuré Paris que

«tous les efforts» étaient déployés pour retrouver les religieux sains et

saufs. Mercredi, à Paris, le ministère des Affaires Etrangères confirmait

qu’il ne disposait d’aucune information sur le sort des moines. L’ambassadeur de France à Alger s’est rendu jeudi sur les lieux de l’enlèvement où

il a rencontré les autorités civiles et militaires. Et Paris a souligné à

plusieurs reprises sa volonté d’être tenu informé «en temps réel» de l’évolution de cette nouvelle crise. (apic/cip/pr)

8 avril 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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