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Nigéria: Floraison de «nouvelles Eglises» (240295)

Des catholiques romains sont mécontents:

ils fondent des Eglises dissidentes

Lagos, 24février(APIC) Les Nigérians passent pour très pieux et ils seraient même souvent superstitieux. Ils croient en Dieu mais leur foi en la

puissance du mal et du démon est maintes fois exploitée par des Eglises

dissidentes. Certains catholiques mécontents du message traditionnel de

l’Eglise fondent de nouvelles Eglises pas très orthodoxes, rapporte Leo Regan, de l’agence oecuménique ENI.

Ces nouvelles Eglises sont, pour la plupart, fondées par des catholiques

romains mécontents du message traditionnel de l’Eglise. «Ils dénichent un

lopin de terre, revêtent une robe blanche, inventent un credo, promettent

quelque miracles, acceptent des aumônes et – Alléluia – une nouvelle Eglise

est née».

«C’est à minuit que tout commence … des cris et des acclamations résonnent dans la nuit… ’Alléluia! Hosanna! Alléluia!’». Ce sont les prières des Sabbatharians (le samedi est leur jour de repos), membres d’une des

nombreuses Eglises dissidentes du Nigéria, qui se sont installés autour de

l’église catholique Notre-Dame-de-Lourdes, dans un faubourg de Lagos, la

capitale.

Malgré la concurrence de la nouvelle Eglise, Notre-Dame-de-Lourdes accueille encore de nombreux fidèles dans ce faubourg bruyant de Lagos. Tous

les dimanches, des milliers de croyants se pressent dans cette grande église délabrée et le parking avoisinant, où les prêtres doivent installer des

haut-parleurs.

Des éléments païens s’infiltrent

C’est avec un certain pragmatisme que le curé de la paroisse, le missionnaire irlandais Tony Egan, parle de ses bruyants voisins, les Sabbatharians. «Peut-être est-ce leur façon d’exprimer ce que nous leur avons apporté… à leur manière, la manière africaine», dit-il. «Mais certains éléments païens et non chrétiens s’infiltrent et cela peut devenir dangereux.

J’ai vu certains d’entre eux décapiter des pigeons vivants, répandre leur

sang sur les participants, et forcer ceux-ci à le boire… Et tout cela au

nom de Jésus!».

Certains exploitent le créneau de ces nouvelles Eglises, car il y a de

l’argent en jeu. «Si vous promettez de protéger les gens contre le démon,

les mauvais esprits et toutes sortes de maux, si vous leur faites miroiter

des solutions faciles moyennant un certain prix, alors votre popularité est

faite. Et ils n’auront aucune hésitation à vous payer pour cela».

Les Nigérians vivent de plus en plus dans l’angoisse

Et de poursuivre: «Les Nigérians vivent de plus en plus dans l’angoisse.

Ils craignent que l’économie du pays ne s’effondre. Comment faire pour

joindre les deux bouts? Vont-ils pouvoir manger à leur faim? La crainte

fait partie intégrante de leur vie.»

Lorsqu’on demande au Père Tony Egan si l’Eglise catholique pouvait être

accusée d’entretenir cette peur, il répond: «Je n’exploite pas leur crainte. Je suis absolument convaincu que mon rôle est de leur redonner espoir,

de les arracher au désespoir dans lequel ils sombrent». «Lorsque vous êtes

le prêtre d’une paroisse pauvre, poursuit-il, vous devez apporter aux

défavorisés l’espoir qu’un jour tout ira mieux. Cela ne veut pas dire après

la mort, ni dans une autre vie, mais dans un proche avenir. C’est Dieu qui

est le maître de nos vies.»

Le christianisme est une affaire prospère au Nigéria. L’Eglise a su

adapter et inclure la culture africaine traditionnelle dans la vie des

chrétiens. Pour les premiers missionnaires, les pratiques et croyances traditionnelles étaient mauvaises et païennes. Le prêtre nigérian Emmanuel Patrick relève que le christianisme a imprégné la culture nigériane, mais il

l’a aussi bouleversée. «Notre peuple avait certaines croyances et le christianisme les a détruites.»

La religion de l’homme blanc

«Nous croyions qu’il existait des forces divines au-dessus de nous. Nous

croyions en plusieurs dieux, un dieu de la terre, un dieu des ignames, un

dieu de tant de choses, et nous pensions que nos ancêtres avaient des pouvoirs qui leur permettaient d’intervenir pour nous.» Le christianisme, a-til poursuivi, nous a conduits à croire que tout cela n’existait pas et

qu’il n’y avait qu’un seul Dieu… Nous croyions que nous adorions Dieu.

Nous ne l’appelions pas Dieu, et pourtant c’était le même Dieu. Mais pour

l’homme blanc, nous agissions comme des païens. Je ne crois pas que nous

adorions des idoles… Les premiers missionnaires ont apporté le christianisme mais ils ont aussi amené avec eux leur propre culture.»

Bientôt des missionnaires nigérians en Europe?

L’ère des premiers missionnaires blancs s’achève peu à peu, conclut le

reportage d’ENI. Les missionnaires ont inculqué aux Nigérians une foi profonde qui fait aussi partie de la culture du pays. Les candidats à la prêtrise sont nombreux et les séminaires ne peuvent pas faire face à toutes

les demandes, alors qu’en Europe les candidats sont rares et les séminaires

ferment. «Bientôt ce seront des missionnaires nigérians qui iront en

Angleterre et en Irlande», prédit Tony Egan. (apic/eni/be)

24 février 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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