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Voyage du pape en France: un premier jour en demi-teinte (200996)
De notre envoyé spécial, Jean-Marie Guénois
Tours, 19septembre (APIC) La Vendée s’est cachée. Au premier jour de la
visite de Jean-Paul II en France, le public n’a pas été au rendez-vous.
L’évêque de Luçon, Mgr François Garnier a eu beau dire que demain serait
mieux, avec des Vendéens en masse à Saint-Anne d’Auray, en Bretagne. Rien
n’y a fait. L’après-midi vendéenne du pape a eu vraiment triste mine.
Tout donnait en effet l’impression, en arrivant a Saint-Laurent sur
Sèvres, que ce village avait été coupé du monde et de sa région. Seuls les
trois mille habitants de ce bourg étaient admis à voir le pape, avec un peu
plus de mille religieux et religieuses réfugiés dans la basilique. A côté,
dans une vaste cours de récréation joliment appelée «Le jardin aux cerises», deux mille élèves de l’école locale rencontraient eux aussi Jean-Paul
II.
Il leur a parlé, depuis un podium de fortune, genre kermesse populaire,
sans abri, avec un mauvais micro, et sous les gouttes de pluie. Qu’importe,
la joie se lisait sur tous les visages. Une joie intense. Cela dit, les
pays les plus pauvres de la terre ont davantage d’imagination pour accueillir l’illustre visiteur. On aurait sans doute fait mieux pour un prefet.
Il est vrai que cette étape était d’abord spirituelle. Jean-Paul II
avait rendez-vous avec son maître, Saint Louis Marie Grignon de Montfort.
Il est vrai aussi que cette visite avait été l’enjeu d’une sourde bataille
entre l’homme politique du lieu, Philippe de Villiers, qui a beaucoup oeuvré pour «faire venir le pape», et l’évêque de Luçon, qui a tout fait pour
eviter une récupération politique.
Pas de quoi choquer
Double ironie du sort: à l’issue de la cérémonie des vêpres, Jean-Paul
II, désireux de saluer la chorale, n’a pas utilisé l’itinéraire prévu et
s’est retrouvé nez à nez, sous l’oeil des caméras, avec le dit Philippe de
Villiers. Enfin, l’un des six cadeaux offerts au Pape, par le diocèse, a
été une édition originale de 1642 de «l’Instruction du Chrétien» rédigée
par l’évêque de Luçon, le Cardinal Duc de Richelieu. Un évêque pour le
moins politique…
Lecon de chose? La suite du voyage, hantée par la question de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, en décidera. En attendant, ce premier jour a
été, sous cet aspect, d’un profil plutôt bas. En accueillant, Jean-Paul II,
le Président Jacques Chirac n’a pas eu les accents, «France Fille aînée de
l’Eglise» de sa visite d’Etat au Vatican en janvier dernier. Cette fois,
c’est la France Républicaine qui était bien là. Quant à Jean-Paul II, son
discours, mesuré et prudent sur ce point, n’avait pas de quoi choquer.
Une journée en demi-teinte donc. Si ce n’est la flamme, toute intérieure, des visages anonymes et éclairés de la petite foule. Et celui du pape,
comme revigoré par l’air et la pluie de l’océan. Une façon pour lui, de répondre – bien qu’il ne puisse cacher une forte fatigue – aux spéculations
sur son état de santé, et de dire sa joie, très visible, d’être en France.
(apic/jmg/pr)



