apic/Pape/attention au «contre-magistère» dans l’Eglise

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Rome: Discours du Pape à la session plénière (261195)

de la Congrégation pour la Doctrine de la foi

Les méfaits du «contre-magistère» qui se développe dans l’Eglise

Rome, 26 novembre(APIC) Le pape Jean Paul II insiste. Devant «l’incompréhension» répandue dans de nombreux milieux théologiques et ecclésiaux catholiques au sujet de ses plus récents enseignements, le successeur de Pierre, s’adressant vendredi aux membres de la Congrégation de la Doctrine de

la foi, dénonce le «contre-magistère» qu’il voit se développer dans l’Eglise catholique. Il a également parlé de «l’urgence de retrouver le concept

d’autorité.»

En remerciant les membres de la Congrégation pour la Doctrine de la foi,

dont le Préfet est le cardinal Joseph Ratzinger, le pape a tout d’abord

précisé que leur travail était «d’une importance fondamentale pour la vie

chrétienne, car il vise à la promotion et à la défense de l’intégrité et de

la pureté de la foi, conditions essentielles pour que les hommes et les

femmes de notre temps puissent trouver la lumière en vue d’entrer sur la

voie du salut».

Ce travail, a précisé le pape, a également une conséquence directe sur

«l’unité de la foi». Et c’est «en fonction de l’unité de la foi» que le Magistère a «l’autorité et le pouvoir de décision ultime quand il s’agit

d’interprêter la Parole de Dieu, écrite et transmise». «Valeur primordiale,

l’unité de la foi, si elle est respectée, n’induit pas à l’étouffement de

l’enquête théologique, mais lui confert un fondement stable.»

«Le milieu vital du théologien, c’est l’Eglise»

C’est ainsi, continue Jean Paul II , que «la théologie ne peut jamais se

réduire à la réflexion privée d’un théologien ou d’un groupe de théologiens. Le milieu vital du théologien c’est l’Eglise, et la théologie, pour

rester fidèle à son identité, ne peut pas faire moins que de participer intimement au tissu de la vie de l’Eglise, dans sa doctrine, dans sa sainteté, dans sa prière.» Le Pape résume ainsi sa pensée : «La théologie a besoin de la parole vivante et clarificatrice du Magistère».

Abordant aussitôt la question de l’infaillibilité dont les «conditions

d’actualisation» sont clairement établies, le pape précise que cette situation ne doit pas conduire à ne considérer «le Magistère que sous le seul

point de vue» de l’infaillibilité. Il ajoute: «La puissance et l’autorité

du Magistère sont celles de la vérité chrétienne à qui il rend temoignage».

Dans cette ligne, l’autorité du Magistère «s’exerce au nom du Jésus-Christ,

comme un instrument au service de la vérité, sur laquelle il faut veiller

pour qu’elle soit fidèlement transmise tout au long de l’histoire humaine.»

Une fois ces principes établis, le pape reconnait que ceux-ci ne s’appliquent pas aussi aisément dans l’Eglise : «Nous devons prendre acte aujourd’hui d’une incompréhension répandue sur le sens et le rôle du Magistère de l’Eglise. Une situation qui est à la base de critiques et de contestations vis-à-vis des enseignements. Ces critiques et ces contestations,

comme vous l’avez noté, ne sont pas peu diffusées dans les milieux théologiques et ecclésiastiques à propos des plus récents documents du Magistère

pontifical». Et le Pape de citer les Encycliques «Veritatis Splendor»,

«Evangelium Vitae», la Lettre apostolique «Ordinatio Sacerdotalis» «sur

l’impossibilité de conférer l’ordination sacerdotale aux femmes», et la

Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sur la question de la

communion eucharistique des divorcés remariés.

Attention au «contre-magistère» de certains théologiens

A ce point de l’analyse, le pape, distingue deux genres d’attitudes de

la part des théologiens. Les uns, «présentent leur difficultés et leurs interrogations dans un esprit de collaboration et de communion ecclésiale,

contribuant ainsi de façon positive au murissement de la réflexion sur le

dépôt de la foi». Les autres, ont une attitude «d’opposition publique au

Magistère, qui tend à instituer une sorte «de contre-magistère», en proposant aux croyants des positions et des modalites de comportements alternatives».

Pour Jean-Paul II, au contraire, «la pluralite des cultures, des orientations, des systèmes théologiques, a une légitimite seulement si elle présuppose l’unité de la foi dans son sens objectif. La liberté propre de la

recherche théologique n’est jamais une liberté vis-à-vis de la vérité, mais

elle se justifie et se réalise quand les personnes se conforment à l’obligation morale d’obéir à la vérite, proposée par la Révélation et reçue dans

la foi.»

Ceci dit, le pape s’accorde avec les conclusions de cette assemblée qui

considère qu’il est nécessaire de «favoriser un climat de reception positive des documents du Magistère, en faisant attention au style et au langage,

de façon à harmoniser la solidité et la clarté de la doctrine avec la préoccupation pastorale d’adopter des formes de communication et des modalités

d’expressions incisives et efficaces pour la conscience de l’homme contemporain.»

Il n’est toutefois pas possible, continue le Pape, de laisser de côté un

des aspects décisifs qui est à la base du malaise de quelques secteurs du

monde ecclésiastique: la façon dont on conçoit l’autorité.» L’autorité,

continue le Pape, ne s’applique pas seulement quand intervient «le charisme

de l’infaillibilité». Son exercice «est plus vaste», il s’applique comme

une tutelle du dépôt révélé».

«L’enjeu de cette question n’est pas mince»

L’enjeu de cette question n’est pas mince car, observe Jean-Paul II, la

communauté de l’Eglise «se fonde essentiellement sur une adhésion partagée

à la Parole de Dieu et sur la certitude qui en découle de vivre dans la

vérité». Ainsi, «l’autorité sur la détermination des contenus à croire et à

enseigner, est quelque chose à laquelle on ne peut renoncer.» Certes, reconnait-il, «l’autorité comprend différents niveaux d’enseignements» mais

cette hiérarchie de degrés doit être considérée non comme un empêchement,

mais comme un encouragement pour la théologie.»

En conséquence, poursuit le pape, cette réalité «n’autorise pas à adhérer de facon irrévocable aux seuls enseignements et décisions doctrinales

du Magistère quand celui-ci s’exprime par un jugement solennel ou par un

acte définitif, et à adhérer selon les arguments et les motivations, pour

les autres cas.»

Jean-Paul II explique ensuite ce qu’il a voulu faire par les encycliques

«Veritatis Splendor» et «Evangelium Vitae», et la Lettre «Ordinatio Sacerdotalis»: «J’ai voulu reproposer la doctrine constante de la foi de l’Eglise, comme un acte conforme de vérité clairement attesté dans l’Ecriture, la

Tradition apostolique et l’enseignement unanime des pasteurs. De telles déclarations, en vertu de l’autorite transmise par le successeur de Pierre de

’confirmer ses frères’, expriment la certitude commune, présente dans la

vie et dans l’enseignement de l’Eglise.»

Il est urgent de retrouver le concept authentique de l’autorité

Il est donc «urgent», conclut le Pape, de retrouver le concept authentique d’autorité, non seulement sous son aspect juridique formel, mais, plus

profondément, comme une instance de garantie, de gardien et de guide de la

communauté chrétienne, dans la fidélité et la continuité de la Tradition,

afin de permettre aux croyants, le contact avec la prédication des apôtres,

et avec la source de la réalite chrétienne elle-même». Dans cette perspective, Jean-Paul II encourage alors les membres de cette assemblée, à continuer leur travail «précieux» avec «fermeté et confiance» en vue que «tous

soient introduits et conservés dans la liberté de la vérité». (apic/jmg/ba)

26 novembre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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