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Rome: Visite historique de Fidel Castro au pape (191196)

Suppression du blocus et visite du pape au menu des entretiens

Rome, 19novembre (APIC) Le pape Jean Paul II et le leader de la révolution

cubaine, Fidel Castro, se sont entretenus mardi à 11 heures au Vatican. La

rencontre, qualifiée d’historique, a duré quelque 35 minutes. Cette visite

est sans doute l’une des plus importantes depuis la première rencontre, en

1989, entre Jean Paul II et Mikhaïl Gorbatchev, alors numéro un le l’exUnion Soviétique.

Le blocus économique auquel est soumis l’ìle par la seule volonté des

Etats-Unis, que le Vatican souhaite voir lever, ainsi que la visite du pape

à Cuba, un des rares pays – mais non le seul – à ne pas avoir été visité

par Jean Paul II, ont été au centre des entretiens. Au cours des entretiens, les deux hommes ont exprimé le voeu que cette visite puisse se réaliser en 1997.

Il était 10 h 45 mardi matin quand une limousine noire accompagnée d’une

qinzaine de voitures est entrée dans la Cité du Vatican, placée sous grande

surveillance policière. A bord de la limousine: le leader de la révolution

cubaine, l’une des figure de proue du marxisme, pour une rencontre avec

Jean Paul II dictée par l’intérêt des deux hommes à un rapprochement commun.

Visite insolite s’il es est, entre un pape polonais, qui a pris une part

active à l’effondrement des régimes cummunistes à l’Est, et un révlutionnaire au charisme intact, au pouvoir depuis 37 ans maintenant.

Un pouvoir que les Etats-Unis ne digère pas, après avoir été chassés de

l’île par la révolution cubaine. Une révolution gagnée au prix d’un blocus

imposé par les Etats-Unis. Un blocus que Clinton veut encore renforcer, par

l’amendement, en septembre dernier, de la loi «Helms-Burton», qui pénalise

les pays et les entreprises faisant commerce avec Cuba, malgré la franche

opposition des pays européens et de l’Amérique latine, notamment. Un blocus

encore aggravé par l’isolement dont est victime Cuba depuis l’effondrement

des régimes de l’Est.

Vers la quinzième visite du pape sur le continent américain?

Le pape a soutenu diplomatiquement la révocation de l’enbargo américain

qui frappe l’économie et la population cubaines. Rome souhaitant en échange

le respect des droits de l’homme et plus de liberté pour l’Eglise locale

dans le domaine des médias et de l’éducation notamment. De se réaliser, la

visite du pape à Cuba constituerait sa quinzième visite dans ce continent,

le plus catholique du monde.

Dans une document sur la faim dans le monde publié le 24 octobre, le

Conseil pontifical «Cor Unum» mettait en garde contre l’utilisation de

l’arme du blocus, une «arme injuste et dévastatrice» imposée aux polulations civiles. Le Vatican a condamné à plusieurs reprises les embargos qui

frappent les populations irakiennes et cubaines, notamment. Une attitude

peu appréciée par les Etats-Unis.

Dans un livre-entretien avec le frère dominicain brésilien Frei Betto,

intitulé «Fidel et la religion», Fidel Castro avait alors évoqué ses rapports avec l’Eglise catholique et la religion.

Mgr Jean-Louis Tauran, «ministre des Affaires étrangères» du Vatican,

avait souligné, au terme de sa rencontre avec Fidel Castro, le 28 octobre,

que cette visite constituerait une étape décisive sur la voie de la normalisation des relations Eglises-Etat à Cuba. Mgr Tauran n’avait pas hésité à

parler à La Havane de «nouveau printemps» dans les relations entre le

Saint-Siège et lke gouvernement cubain.

ENCADRE

Vers une normalisation pour les catholiques cubains

La rencontre entre le pape Jean Paul II et Fidel Castro, au-delà de son

aspect politique, a surtout une signification importante pour les relations

entre l’Eglise et l’Etat cubain et la place des catholiques dans la société. Autrefois persécutés, ils aspirent à devenir des citoyens à part entière, libres de s’exprimer et de s’engager socialement.

«Nous les Cubains, nous devons apprendre à nous écouter sans nous rejeter a priori», expliquait le cardinal Jaime Ortega, archevêque de La Havane, en février dernier, lors de la rencontre nationale de l’Eglise cubaine.

Les 12 évêques, des prêtres, des religieux et religieuses, ainsi que de

nombreux laïcs – près de 150 délégués – s’étaient alors interrogés pour

cerner les priorités pour l’Eglise.

Actuellement il est assez difficile de connaître le nombre des catholiques à Cuba, car le pays ne tient pas de statistiques religieuses. On parle

de 40% de catholiques, 3,5% de protestants, 1,5% relié aux religions traditionnelles et 55% de sans religion. Le taux de pratique religieuse lui ne

dépasse pas 1% de la population. Tous les diocèses constatent une croissance assez forte des conversions et des baptêmes surtout chez les jeunes. Il

n’empêche que le nombre des catholiques reste faible, tant par rapport à la

situation antérieure à la Révolution que par raport à la population globale.

Le vide idéologique crée par la chute du communisme dans les pays de

l’Est, malgré le charisme de Fidel Castro, incite beucoup de gens à se

tourner vers les racines chrétiennes du pays.

L’Eglise catholique progresse

Depuis une dizaine d’années l’Eglise catholique a progressé à Cuba, en

nombre de diocèses, mouvements laïcs, vocations missionnaires, publications

et, surtout, la fréquentation des églises. «La peur, principal obstacle à

l’expression de la foi, a largement reculé dans la population», commente

aujourd’hui un prêtre. Pour un autre «les chrétiens ne sont plus aussi mal

vus. Mais ils ne sont pas bien vus non plus parce que l’on sait qu’ils ne

sont pas des inconditionnels du régime».

Les relations entre l’Etat et la hiérarchie catholique ont connu des

hauts et des bas. Mais l’archevêque de la Havane se félicite de «la plus

grande liberté pour exprimer sa foi» et de la disparition progessive du

«mur de séparation entre croyants et non croyants». Le cardinal regrette la

limitation du nombre de prêtres étrangers autorisés à résider sur l’île,

ainsi que des possibilités de construire ou de rénover les églises, rares

et souvent en ruines.

Un rapport récent d’Aide à l’Eglise en détresse (AED) décrit les discriminations dont restent victimes les catholiques, au niveau professionnel,

universitaire, social. L’Eglise n’a aucun accès aux médias et à part quelques publications très limitées n’a pas de journaux et ne peut pas publier

de livres. L’éducation et les services sociaux et carititifs sont eux-aussi

des domaines dont les Eglises sont en principe exclues. Après de nombreuses

tractations, et avec beaucoup de patience l’Eglise parvient à faire d’avantage dans ces domaines. Une Caritas existe ainsi de facto depuis 1991, mais

n’a pas de reconnaissance légale car seules les organisations dépendant du

parti communiste ou du gouvernement sont légales. L’Eglise tente à tous les

niveaux de montrer sa détermination.

Face au manque de prêtres, les laïcs sont devenus le fer de lance de

l’Eglise catholique, dans le cadre de mouvements de plus en plus nombreux

et structurés. Le diocèse de Pinar del Rio a ainsi mis sur pied un centre

catholique de formation civique ou ont passé plus de 1’200 élèves, la majorité non-catholiques. Une initiative qui a valu de nombreuses tracasseries

mais qui perdure.

Ce qui n’empêche pas un certain nombre de catholiques de se décourager

et de rejoindre les exilés cubains en Floride.

L’Eglise catholique cubaine peut en outre compter sur l’appui des catholiques américains. A plusieurs reprises, en particulier en 1994 lors de la

crise des boat-people, les évêques américains sont montés au front pour dénoncer la politique officielle des Etats-Unis à l’égard de Cuba.

L’Eglise et l’Etat peuvent travailler main dans la main

Jean Paul II aura certainement répété à Fidel Castro ce qu’il écrivait

aux catholiques cubains au début de l’année: «A Cuba, l’Eglise et l’Etat

peuvent travailler main dans la main». A la «dialectique du conflit» doit

se substituer la «complémentarité», car l’»étape de l’athéisme», dans ce

pays, «semble surmontée», tandis que le rôle social de l’Eglise est «toujours plus reconnu», en particulier par les «instances officielles».

Aujourd’hui, poursuivait le pape dans sa lettre, l’Eglise cubaine «aspire de plein droit à une pleine liberté dans son action évangélisatrice afin

de pouvoir annoncer le message du Christ à tous les Cubains». A Cuba, écrivait encore le pape, on reconnaît de plus en plus, tant dans le peuple que

chez les instances officielles, la contribution que la foi chrétienne peut

apporter au bien de la société.

Jean-Paul II souhaitait enfin qu’un dialogue ouvert se développe entre

les autorités publiques et l’Eglise, afin que celle-ci puisse non seulement

disposer des moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission, mais

soit comprise et acceptée dans sa nature propre. «L’Eglise et l’Etat, ajoutait-il, agissent dans des domaines particuliers et indépendants, sans parallélisme, ni antagonisme, sans interférences ni soumission de l’une à

l’autre, mais de façon complémentaire, au service du bien commun». (apicmp/pr)

19 novembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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