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France: Le pape n’intéresse-t-il plus les médias?

Un pape étiqueté réactionnaire ne les intéresse plus, estime D. Wolton

Paris, 16septembre (APIC) «Ce pape a été étiqueté réactionnaire et donc,

il n’intéresse plus les médias»: l’observation vient de Dominique Wolton,

analyste des médias et directeur de recherche au CNRS /Centre national de

recherche scientifique), à propos des polémiques suscitées par la venue de

Jean-Paul II en France.

Interrogé par «La Croix» sur «l’image de marque» du pape, une notion

qu’il juge beaucoup trop réductrice: «Un pape ne se mesure pas à cette aune

là», D. Wolton constate que «notre société ne supporte plus les interdits»,

auxquels on réduit les prises de position du pape. Il ajoute: «Aujourd’hui,

si on n’entend plus que le message sur les moeurs, c’est pour ne plus entendre les autres. Si le thème de la liberté sans contrainte avait gagné à

ce point-là, on ne constaterait pas une telle hargne à l’égard du pape».

Les médias n’aimeraient-ils plus ce pape pourtant hypermédiatique ? Pour

Wolton, ce n’est pas le problème du pape, c’est celui des médias qui usent

tout: «La logique médiatique favorise ce qui est neuf, hors du commun. Jean-Paul II, tant qu’il était jeune et anticommuniste, plaisait. Ce pape a

été étiqueté réactionnaire et donc, il n’intéresse plus les médias. Si vous

êtes pour le pape, c’est donc que vous êtes de droite, et vice-versa…»

Conformisme intellectuel

L’analyste des médias déplore de la part de ceux-ci un «sous- traitement» des questions religieuses, souvent limité à leurs manifestations sociologiques. Le monde journalistique, dans son ensemble, est «laïc, vaguement goguenard, plutôt anticlérical». Dans un pays où la religion catholique est statistiquement dominante, il n’y a pas de véritable investissement

professionnel: «Les patrons de presse ne se rendent pas compte que les religions, depuis toujours, et même d’un point de vue athée, sont des phénomènes sociaux formidables. Et qu’on ne peut pas comprendre une société si

on n’investit pas intellectuellement sur ces mécanismes religieux. Ce soustraitement des phénomènes religieux, exclusivement sur le mode événementiel, est un miroir extraordinaire du conformisme intellectuel des médias».

Face à la polémique née autour du baptême de Clovis, D. Wolton rappelle

qu’on est plus en 1906, que «le problème aujourd’hui est celui de la cohabitation et non plus de la séparation». Et de dénoncer deux dangers liés au

retour de la religion: confondre religion et intégrisme, réduire les phénomènes spirituels à une logique politique. «Aujourd’hui, dit-il, il suffit

de soutenir le pape pour être catalogué à droite. Il y a eu, ces dix dernières années, une dégradation, un appauvrissement, une rigidification autour de la communication du phénomène catholique en France que je trouve

très dangereuse».

L’effet inverse

Suffisamment dangereux pour donner lieux à des manifestations hostiles

durant la visite du pape ? D. Wolton ne le croit pas: même si elles se produisent, cela ne signifiera pas grand chose, au pire «le baroud d’honneur

d’une gauche laïcarde et franc-maçonne. Mais je n’y crois pas trop, dit-il.

Car cette vision caricaturale de l’Eglise catholique n’a pas d’influence

sur les gens. Les médias font un contre-sens: la capacité de résistance de

l’Eglise est plutôt bien perçue».

Les évêques ayant «souvent l’air de s’excuser de dire ce qu’il disent»,

le spécialiste des médias leur recommande: «Arrêtez de parler comme si vous

étiez coupables !» Il explique: «S’ils n’expliquaient pas qu’on ne peut pas

vendre le corps humain, qu’on ne peut pas le découper en morceaux, qu’il y

a une limite à la procréation médicalement assistée, qui le dirait ?»

Et encore: «Plus on critique le pape de manière caricaturale, plus on

arrive à l’effet inverse. Mais, de son côté, l’Eglise est hélas incapable

de tenir un discours chaleureux, ferme et ouvert. Elle parle en s’excusant

de ne pas penser comme tout le monde. Au lieu de le revendiquer».

(apic/cip/pr)

16 septembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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