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Rome: Lettre du pape aux prêtres

La femme comme mère et comme soeur (070495)

Rome, 7avril(APIC) «La condition de mère et celle de soeur sont les deux

dimensions fondamentales du rapport entre la femme et le prêtre. Si ce rapport est établi de manière sereine et responsable, la femme n’éprouvera aucune difficulté particulière dans ses relations avec le prêtre»: c’est ce

qu’écrit Jean-Paul II dans sa traditionnelle lettre aux prêtres à l’occasion du Jeudi-Saint, jour où l’Eglise célébre l’institution par le Christ

du sacerdoce et de l’Eucharistie.

Jean-Paul II réfléchit sur le rapport entre le prêtre et la femme dans

la perspective de la Conférence internationale sur la femme qui aura lieu à

Pékin en septembre prochain à l’initiative des Nations Unies. Il commence

par rappeler que le rapport premier et fondamental que l’être humain établit avec la femme est celui du fils à sa mère, «un lien tout particulier,

quasi sacré». Lien que rend plus profond encore le baptême et le fait que,

souvent, c’est aussi la mère qui «nourrit dans son coeur durant de longues

années le désir de la vocation sacerdotale de son fils et l’obtient en priant avec une confiance insistante et une profonde humilité.»

Jean-Paul II montre combien le lien avec la Mère de Dieu est fondamental

pour la pensée chrétienne, avant tout sur le plan théologique, mais aussi

historique, anthropologique et culturel. Le fait que la Mère de Dieu est

devenue la «grande inspiration» d’individus et de nations chrétiennes entières «en dit long sur l’importance de la femme dans la vie de l’homme et,

à un titre spécial, dans la vie du prêtre».

Marie n’était pas présente à la dernière Cène. Mais le Christ y institue

le sacrement de son Corps, «de ce Corps que, comme Fils de Dieu, il avait

pris de sa Mère»; et le sang qu’il présente aux Apôtres sous l’espèce du

vin, c’est «le Sang qui animait le Corps reçu de la Vierge Mère». «Si nous

réfléchissons au sacrifice du Corps et du Sang du Christ, que nous offrons

’in persona Christí, il est difficile de ne pas y reconnaître la présence

de la Mère de Dieu», écrit le pape.

La femme comme soeur et comme mère

Jean-Paul II souligne la «multiplicité» spirituelle que garantit le fait

que le Christ est le «fils unique» de Marie: le Christ compte un nombre infini de frères et de soeurs. Le pape introduit ici dans sa réflexion, à côté de la figure de la mère, celle de la soeur. Il montre l’importance d’une

forme de communauté mixte pour la formation de la personnalité: Dieu ayant

créé l’être humain homme et femme, la vocation au mariage «suppose et exige

manifestement que l’environnement dans lequel on se trouve soit composé

d’hommes et de femmes». C’est là que voient le jour les vocations au mariage, mais aussi les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée.

Pour vivre le célibat de façon sereine, le prêtre devra cultiver en lui

«l’image de la femme comme soeur». La «soeur» est, explique le pape, «une

manifestation spécifique de la beauté spirituelle de la femme», qui révèle

en même temps son «intangibilité». Si le prêtre approfondit en ce sens son

attitude envers la femme, son ministère sera accompagné d’»un sentiment de

grande confiance précisément de la part des femmes, qu’il aura regardées,

dans leurs diverses conditions de vie, comme des soeurs et comme des mères». «La figure de la femme-soeur est d’une importance considérable, ajoute le pape, dans notre civilisation chrétienne, où d’innombrables femmes

sont devenues des soeurs pour tous, grâce à l’attitude particulière qu’elles ont adoptée à l’égard du prochain, surtout du plus démuni.»

Le pape souligne la responsabilité du prêtre: «La condition de mère et

celle de soeur sont les deux dimensions fondamentales du rapport entre la

femme et le prêtre. Si ce rapport est établi de manière sereine et responsable, la femme n’éprouvera aucune difficulté particulière dans ses relations avec le prêtre. Elle n’en trouvera pas, par exemple, pour confesser

ses fautes dans le sacrement de pénitence. Elle en rencontrera encore moins

quand elle entreprendra des activités apostoliques d’ordres divers avec les

prêtres. Tout prêtre a donc la grande responsabilité de développer en luimême une authentique attitude de frère à l’égard de la femme, une attitude

qui n’admette pas d’ambiguïté.»

Quand il déclare, suscitant la perplexité des Apôtres, que le mariage

est indissoluble, puis que l’homme peut rester «célibataire pour le Royaume

de Dieu», le Christ a voulu affirmer que «le mariage possède une dignité et

une sainteté sacramentelle propres, et que toutefois il existe une autre

voie «…» qui ne consiste pas à fuir le mariage, mais à choisir consciemment le célibat pour le Royaume des cieux».

Le pape, qui sait la difficulté du célibat aujourd’hui, invite les prêtres à rester fidèles à ce don. Quant à ceux qui ont abandonné le sacerdoce

ministériel à cause d’une femme, il demande pour eux la grâce de revenir à

leur «ferveur première»: «L’expérience de mon ministère, et je crois que

cela vaut pour tout évêque, confirme, écrit- il, que de tels retours se

produisent et qu’aujourd’hui aussi ils ne sont pas rares. Dieu reste fidèle

à l’alliance qu’il noue avec l’homme dans le sacrement de l’ordre.»

Le rôle de la femme dans l’Eglise

Jean-Paul II en vient alors au rôle que la femme est appelée à remplir

pour «bâtir l’Eglise». Il rappelle avec le Concile (Lumen Gentium) que

l’Eglise est d’abord le peuple de Dieu, où tous participent, chacun à la

manière qui lui est propre, à la mission prophétique, sacerdotale et royale

du Christ. «Lorsqu’il s’agit des Apôtres et de leur mission particulière,

c’est à des hommes que cette tâche est confiée, écrit-il; mais «la mission

prophétique, considérée dans toute sa diversité et toute son ampleur, est

partagée entre des hommes et des femmes.» Le pape rappelle ici que les femmes sont les premiers témoins du tombeau vide, et que ce sont elles qui

iront en informer les Apôtres. C’est pourquoi la tradition orientale place

Madeleine «presque au rang des Apôtres, puisqu’elle fut la première à annoncer la vérité de la résurrection».

Au sacerdoce ministériel, «par la volonté du Christ, ne sont admis que

des hommes». Il n’y a là, dit le pape, aucune discrimination: le sacerdoce

ministériel «ne donne pas une position sociale privilégiée, caractérisée

par l’exercice du pouvoir», il n’est pas l’expression d’une «domination»,

mais d’un «service»: il sert le peuple de Dieu et sa mission, et doit garantir la participation de tous.

Enfin, Jean-Paul II montre que «le rapport du prêtre à la femme comme

mère et comme soeur s’enrichit, grâce à la dimension mariale, d’une autre

dimension, celle du service à l’imitation de Marie servante». Il invite les

prêtres à se placer sous la protection de Marie, «Mère de l’Eglise, Mère

des prêtres», pour qu’elle mette en leurs coeurs «une vive aspiration à la

sainteté». C’est pourquoi le pape fait sienne la proposition faite par la

Congrégation romaine pour le clergé de célébrer dans chaque diocèse une

«Journée pour la sanctification des prêtres». (apic/cip/pr)

7 avril 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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