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Les «Livres des défunts d’Auschwitz» remis au pape Jean-Paul II (100696)

«D’être né polonais, juif, tzigane ou russe,

leur fut imputé comme une faute qui méritait la mort»

Rome, 10juin(APIC) «La mémoire de la souffrance humaine doit être pour

les hommes de tous les temps un avertissement contre les effets que porte

en elle la négation de la dignité de l’homme comme personne et de ses

droits fondamentaux», a déclaré lundi Jean-Paul II aux membres des Associations de victimes du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau venus lui

remettre les «Livres des défunts d’Auschwitz».

La délégation présente à l’audience était conduite par le ministre polonais de la Culture et des Arts et comprenait des représentants du Conseil

pour la sauvegarde de la Mémoire des luttes et du martyr, du Comité international d’Auschwitz, et en particulier des membres de l’Association des

Tziganes de Pologne et de la Coordination des Organisations juives de Pologne. Le pape s’est adressé à eux en polonais.

Jean-Paul II a souligné avec force combien l’appartenance à une nation a

été souvent l’unique motif de la persécution nazie: «Les personnes dont les

noms sont contenus dans ces livres ont été mises en prison, ont subi des

tortures et finalement éliminées, dans la plupart des cas uniquement parce

qu’elles appartenaient à tel pays plutôt qu’à tel autre. D’être né polonais, juif, tzigane ou russe et d’avoir préservé leur identité nationale

leur fut imputé comme une faute qui méritait la mort».

Jean-Paul II a accepté la remise de ces «Livres des défunts d’Auschwitz»

«en tant que pape et au nom de l’Eglise, comme une exhortation, afin que,

dans la génération qui entre dans le troisième millénaire soit cultivé le

sens de l’identité nationale propre, et que soit réveillé le respect pour

la richesse de la tradition culturelle natale et pour ces valeurs éternelles défendues en silence par les martyrs d’Auschwitz et d’autres camps

d’extermination.»

Insistant sur le fait que «la fidélité à l’identité nationale possède

aussi une valeur religieuse», le pape a ajouté: «La juste aspiration à

l’union des sociétés ne signifie pas couper l’homme de ses racines. Elle

permet de puiser mutuellement aux richesses spirituelles des nations respectives.»

L’héritage des hommes du monde entier

Evoquant le sacrifice de la «multitude incalculable» des victimes, connues et inconnues des camps de concentration, dont il ne reste rien si ce

n’est «le souvenir de leurs proches», le pape a formé le voeu que le fruit

de ce sacrifice devienne l’héritage des hommes du monde entier. Car ce

fruit, c’est «la bénédiction et la semence de la paix», a-t-il indiqué.

Pourquoi ces livres sont-ils publiés si tard ? «On avait besoin de ce

demi-siècle, a répondu le pape, pour que se cicatrisent au moins en partie

les blessures ouvertes sous l’effet de ces tragiques expériences, et pour

que ces livres puissent être accueillis non comme une incitation à la haine, mais comme un document historique, une marque d’hommage aux victimes

connues et inconnues de la dernière guerre, comme une exhortation à la

prière pour leur salut, et à la construction dans le monde d’une paix durable sur la base de l’amour fraternel des fils de l’unique Père.»

Il est douloureux de raviver le souvenir des souffrances infligées à

l’homme par l’homme, a-t-il observé, mais l’Eglise démontre ainsi, une fois

encore, qu’elle «n’hésite pas à revenir sur ce tragique héritage de l’histoire afin d’indiquer aux générations actuelles combien grandes sont les

valeurs de la vie et de la dignité de la personne humaine». De plus, portant en elle l’expérience de la mort en croix et de la résurrection du

Christ, l’Eglise, a expliqué le pape, est «appelée à montrer le sens le

plus profond, le plus salvifique de la souffrance humaine et à introduire

tous les hommes dans le mystère de la Miséricorde Divine et dans la nouvelle réalité de la vie éternelle. C’est en prenant en compte toutes les victimes de cette guerre, a précisé le pape, que la communauté ecclésiale ne

cesse de demander au Père, de différentes manières: «Donnez-leur le repos

éternel, Seigneur»«. (apic/imed/pr)

10 juin 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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