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apic/Pape/Message Rwanda

Rwanda: Message clair de Jean-Paul II aux Rwandais (200396)

«Les membres de l’Eglise qui ont péché durant le génocide

doivent avoir le courage de supporter les conséquences…»

Rome, 20mars(APIC) «Tous les membres de l’Eglise qui ont péché durant le

génocide doivent avoir le courage de supporter les conséquences des faits

qu’ils ont commis contre Dieu et contre leur prochain.» Jean-Paul II

s’adresse ainsi à Mgr Thaddée Ntihinyrwa, évêque de Cyangugu et président

de la Conférence épiscopale du Rwanda, à l’occasion du second anniversaire

du génocide qui a déchiré ce pays.

Le message de Jean-Paul II, rendu public le 20 mars par le Vatican, a

été lu au Rwanda le 19 mars par Mgr Paul Cordes, président du Conseil pontifical Cor Unum. Par ce texte, Jean-Paul II veut marquer «une nouvelle manifestation sensible de l’amour paternel» qu’il porte «à tous les Rwandais

et plus particulièrement à ceux qui souffrent, qui vivent dans le deuil ou

dans l’angoisse du lendemain».

Le pape s’incline «devant la mémoire de toutes les victimes de ce drame,

particulièrement les évêques, les pasteurs et les autres fidèles de l’Eglise». Méditant sur le pardon de Dieu, «qui pardonne à tous, en toutes circonstances», il «encourage ardemment» les Rwandais à «une nouvelle espérance» où les chrétiens doivent figurer au premier plan. «Les chrétiens, écrit

Jean-Paul II, ont le devoir d’être les témoins véridiques, à travers toute

leur existence, pour arriver à la réconciliation et à la paix.» Mais cet

objectif suppose un préalable: «le respect de l’homme».

Justice et vérité doivent aller de pair

Dans cette perspective, le problème «de la justice et de l’équité» s’impose de façon «nécessaire»: «Il faut reconnaître, que de ce point de vue,

écrit le pape, l’Etat se trouve face à un grand et difficile défi: c’est

pour lui un devoir essentiel de rendre justice à tous. Et je voudrais dire

encore que la justice et la vérité doivent aller de pair lorsqu’il s’agit

de mettre au jour les responsabilités du drame qu’a connu votre pays.

L’Eglise en tant que telle ne peut être tenue pour responsable des fautes

de ses membres qui ont agi contre la loi évangélique; ils seront appelés à

rendre compte de leurs actes. Tous les membres de l’Eglise qui ont péché

durant le génocide doivent avoir le courage de supporter les conséquences

des fait qu’ils ont commis contre Dieu et contre leur prochain».

Jean-Paul II pense en particulier «aux nombreux prisonniers en attente

de jugement», à «ceux qui ont tout perdu dans leur affection ou dans leurs

biens et qui attendent que justice leur soit rendue», «aux réfugiés de

l’intérieur, et ceux, si nombreux, qui au-delà des frontières attendent de

pouvoir rentrer au pays dans la sécurité et dans la dignité». Le pape «encourage de manière particulière l’Eglise qui est au Rwanda, elle qui a tant

souffert du drame vécu par votre peuple»; il rend ici hommage «à des pasteurs et à ces fidèles qui, au cours des événements, ont été de véritables

témoins de l’amour du Christ et des modèles de vie chrétienne».

En conclusion, le pape observe que «l’oeuvre de reconstruction de votre

pays est immense» et que l’Eglise entend y prendre sa part, au plan matériel et spirituel, «sans distinction d’origine ni de religion».

Mgr Cordes: «catastrophique»

L’aide matérielle est difficile à faire parvenir dans ce pays, selon Mgr

Cordes, porteur du message du pape. Avant de se rendre au Rwanda, il confiait à Radio Vatican: «Les aides extérieures ne sont pas acceptées parce

que le gouvernement se méfie des étrangers. Pendant cette visite nous espérons clarifier ce problème avec le gouvernement.» La situation dans ce pays

est «catastrophique», observe Mgr Paul Cordes, et «l’Eglise et Etat doivent

affronter ensemble ce problème, afin que les faits horribles du Rwanda ne

se répètent pas».

De fait, dans le rapport 1995 de Cor Unum, le Rwanda est pour cette raison, l’un des rares pays éprouvé dans le monde à n’avoir reçu aucune aide

officielle de la part des Caritas.

Lors de ce voyage, Mgr Cordes, entend également visiter des communautés

et instituts séculiers, comme le Chemin néo-catéchuménal et la Communauté

de l’Emmanuel de Paris, qui ont «beaucoup souffert» lors des événements. Il

tient surtout à «visiter absolument» la prison de Butare «construite pour

2’500 personnes et qui en contient 11’000. On parle également d’une prison

de 400 personnes qui en contient 2’000. Il y a un an, on comptait 100 morts

par mois dans ces prisons, observe Mgr Cordes, qui estime que «la moitié

des prisonniers sont innocents». (apic/imed/pr)

20 mars 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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