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apic/Pape/Visite ONU

New York, 5octobre(APIC)

?Il faut maintenant creer un «droit des Nations» sur le modele de la

Declaration universelle des Droits de l’Homme. Telle est la requete lancee

par Jean-Paul II, le 5 octobre 1995, a la tribune des Nations-Unies de

New-York, dans un discours prononce a l’occasion du cinquantieme

anniversaire de l’organisation. La creation de ce nouveau droit est

d’autant plus urgente pour le pape que «la mobilite» actuelle «rend les

frontieres ethniques et culturelles des peuples toujours moins nettement

tracees». Cette situation impose «d’apprendre a vivre dans la diversite» et

«d’apprendre a ne pas avoir peur». En aucun cas, toutefois, cette defense

de la nation ne doit se confondre avec la «forme insensee du nationalisme»,

ou avec «le fondamentalisme religieux». Dans cette perspective, l’ONU

recoit «un devoir historique, qui devrait marquer notre epoque, de

favoriser ce saut qualitatif» en vue de «l’egalite de droits de tous les

peuples».

Accueilli sur l’aeroport de Newark (13 km de New-York), le 4 octobre, par

le President des Etats-Unis, Bill Clinton et son epouse, Jean-Paul II a

commence sa sixieme visite en ce pays par une rencontre privee avec le

president, suivie par la celebration des vepres dans la cathedrale de

Newark, ou Bill Clinton etait present. Des son arrivee, Jean-Paul II a

place les Etats-Unis devant leur responsabilite : «Votre pouvoir d’exemple

comporte de lourdes responsabilites. Amerique, fais en un bon usage ! Sois

un exemple de justice et de vertu civique, de liberte vecue dans la bonte,

dans la patrie comme a l’exterieur !». ?Mais, le grand rendez-vous, etait

prevu pour le 5 octobre a 10:50 (15:50 heure de Rome) dans la salle de

l’Assemblee Generale de l’ONU, ou le Pape devait prononcer un discours de

50 minutes, en francais, anglais, russe, espagnol, suivi de deux saluts en

arabe et en chinois. C’est la deuxieme fois que Jean-Paul II prend la

parole en ce lieu ou il s’etait rendu le 2 octobre 1979. L’apres-midi du 5

octobre devait etre marquee par messe dans le stade Giants de Newark, sur

le theme du «rassemblement des peuples»et ou le Pape devait lancer un appel

aux vocations «jeunes americains, le Seigneur a besoin de vous ! l’Eglise a

besoin de vous», un appel a la «solidarite sociale» et a la protection

«d’une nouvelle classe d’exclus» : «les enfants non-nes»

?A l’Onu, devant les 2 200 personnes presentes pour l’ecouter, Jean-Paul II

devait commencer par preciserle cadre de son intervention, ou il ne parle

pas «comme quelqúun qui a une puissance temporelle», ni «comme chef

religieux qui demande des privileges particuliers pour sa communaute», mais

«comme temoin, temoin de la dignite de l’homme, temoin de l’esperance,

temoin de la conviction que le destin de toutes les nations se trouvent

dans les mains d’une Providence misericordieuse.»

? Jean-paul II s’appuie ensuite sur un constat : «nous sommes temoins de

l’acceleration globale extraordinaire de la recherche de la liberte qui est

l’un des grands dynamismes dans l’histoire de l’homme.» Ainsi, «l’une des

caracteristiques de notre epoque» est le fait que «des hommes et des femmes

ont pris le risque de la liberte». Ce jaillisement de la liberte, «un

mouvement mondial», constitue, pour le Pape, la preuve de l’existence d’une

«loi morale universelle», une sorte de «grammaire» qui prouve que «nous ne

vivons pas dans un monde irrationnel ou prive de sens». Mais, a ce point,

tout le probleme est de trouver un «langage comprehensible et commun» pour

passer «d’un siecle des contraintes a un siecle de persuasion».

?L’une des clefs de ce passage, vient pour Jean-Paul II de l’analyse des

«revolutions non violentes de 1989.» Elles ont prouve «que la recherche de

la liberte est inalienable et qúelle decoule de la reconnaissance de la

dignite et de la valeur inestimables de la personne humaine.» Ainsi,

voit-il, une «convergence» entre le mouvement qui a inspire la necessite de

la declaration des Droits de l’homme a la fin de la guerre, et ce mouvement

plus recent de la liberte et des nations, qui devrait aboutir, pour

Jean-Paul II, a une declaration, similaire, du «droit des nations» : «La

Declaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptee en 1948, a traite de

maniere eloquente des droits des personnes ; mais il n’existe pas encore

d’accord international analogue qui traite des droits des nations dans leur

ensemble» constate le pape.

?»Les Nations ne meurent pas» observe Jean-Paul II avec son predecesseur

Benoit XV (appel du 28 juillet 1915). La «forte mobilite» qui rend les

«frontieres ethniques et culturelles (…) toujours moins nettement

tracees» aiguisent, paradoxalement, le probleme des nations. Car, cette

mobilite suscite «une exigence imperieuse d’identite et de survie, comme

une sorte de contre-poids aux tendances a l’uniformisation». Resultats :

les hommes se trouvent comme tirailles entre deux tendances, l’appartenance

a la «famille humaine» et l’appartenance «plus intense» a «des groupes

etniques et culturels designes». Cette «tension inevitable» rend necessaire

aujourd’hui, pour Jean-Paul II, la constitution d’un «droit des nations».

? Certes, l’entreprise est difficile car le «concept meme de ’Nation’»

n’est pas facile a cerner. Mais, une chose est sure cependant : «Le droit

d’une nation a l’existence est certainement anterieur a tous ses autres

droits : personne – ni un Etat, ni une autre nation, ni une organisation

internationale – n’est jamais fondee a considerer qúune nation determinee

ne serait pas digne d’exister».

? Et, precision importante, Jean-Paul II ajoute que ce droit a l’existence

de la nation «ne suppose pas necessairement une souverainete etatique».

Mais, en revanche, le droit des nations conduit a des «devoirs», en

particulier celui de «vivre dans une disposition pacifique, respecteuse et

solidaire» vis-a-vis des autres nations.

?Il faut en effet desormais «apprendre a vivre dans la diversite» observe

Jean-Paul II, et ecarter la «peur de la difference». Surtout, ajoute le

Pape, quand cette peur «s’exprime dans un nationalisme etroit et exclusif

qui nie tout droit a l’autre» et qui «peut conduire veritablement a

l’horreur de la violence et de la terreur». Dans cette ligne, il ne faut

egalement pas confondre «nationalisme et patriotisme» : «Un veritable

patriotisme ne cherche jamais a promouvoir le bien de la nation aux depens

d’autres nations».

? Une derive qúil faut combattre : «nous devons nous efforcer aujourd’hui

de faire en sorte que le nationalisme exacerbe ne continue pas a reprendre

sous de nouvelles formes les aberrations du totalitarisme» lance le Pape.

Un avertissement «qui vaut aussi» pour un autre type de nationalisme qui

«prend comme fondement le principe religieux lui-meme» comme

«malheureusement» dans le cas du «fondamentalisme».

?A cote de ce premier axe qui s’articule autour de la notion de «Nation»,

le «mouvement de la liberte» qui inspire le message de Jean-Paul II, le

conduit a mediter sur un second axe : «l’usage responsable de la liberte».

Pour lui, «la liberte possede une logique interne» qui «l’ordonne a la

verite» et qui interdit tout recours a «l’utilitarisme».

?En effet, cette conception «ne definit pas la moralite a partir de ce qui

est bon mais a partir de ce qui est profitable» constitue une veritable

«menace pour la liberte des individus et des nations». L’utilitarisme peut

conduire «a un nationalisme agressif», tout comme «a l’utilitarisme

economique» ou les «plus faibles sont exploites». Or, «personne, avertit

Jean-Paul II, n’a le droit d’exploiter l’autre a son profit». Il est donc

«necessaire que sur la scene economique et internationale, s’impose une

ethique de la solidarite.»

?Autant d’elements d’analyse, qui place aujourd’hui l’Onu face a «un devoir

historique». Elle doit, selon le Pape, «s’elever toujours du stade d’une

froide insitution de type administratif a celui de centre moral» en vue de

realiser une «famille des nations», «authentique», ou il n’y ait pas de

«domination des forts». Jean-Paul II appelle donc l’Onu a realiser «ce saut

qualitatif de la vie internationale, non seulement par sa fonction de

centre efficace de la mediation pour la solution des conflits mais encore

par la promotion des valeurs, des attitudes, et des initiatives de

solidarite.» L’enjeu est clair : cette «egalite de droits de tous les

peuples» constitue pour Jean-Paul II «la voie royale» «pour surmonter les

guerres reelles mais aussi le guerres froides.»

?Pour le Pape, cet objetctif «n’est pas une utopie irrealisable». Il

appartient de lever «l’hypotheque paralysante du cynisme», et prendre «le

risque de la liberte», le «risque de la solidarite et par consequent le

risque de la paix». «L’humanite, conclut-il, doit apprendre a vaincre la

peur. Nous devons apprendre a ne pas avoir peur.»

5 octobre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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