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apic/Pape voyage Papouasie
Port Moresby: arrivée du pape en Papouasie-Nouvelle Guinée (160195)
Ses premières paroles sont pour les habitants de Bougainville
Port Moresby, 16janvier(APIC) Jean-Paul II a pris congé lundi des Philippines et s’est envolé pour la Papouasie-Nouvelle Guinée, qu’il visite pour
la seconde fois. A peine arrivé à Port Moresby, la capitale du pays, il a
envoyé son salut cordial aux habitants de l’île de Bougainville, tout en
les invitant à déposer les armes. La plupart des habitants sont en effet en
rupture avec le gouvernement de Port Moresby.
«Je vous envoie une parole particulière d’encouragement», leur a dit le
pape dans son discours d’arrivée. «Vous avez été traités injustement, mais
je vous invite à ne pas entretenir les rancoeurs. Si vous prenez les armes
injustement, je vous invite à les déposer et à chercher la réconciliation.»
L’île de Bougainville – 120’000 habitants sur 4’060’000 en PapouasieNouvelle Guinée – recèle la plus importante mine de cuivre du pays. En
1988, la seule production de cette mine assurait 40% des recettes d’exportation de toute la Papouasie-Nouvelle Guinée. En 1989, l’Armée Révolutionnaire de Bougainville, estimant que les ressources minières ne profitaient
pas suffisamment à la population locale, a proclamé l’indépendance. L’armée
nationale est alors intervenue, mais sans réussir à mater la révolte. Un
blocus fut alors décidé par Port Moresby au début de 1990; s’il est
partiellement levé depuis juillet 1991, les tensions restent vives.
Depuis, des réfugiés sont exilés sur d’autres îles, notamment sur l’île
Gazelle. Jean-Paul II ne les a pas oubliés: «Je vous envoie un salut chaleureux. Je vous exhorte à ne pas vous décourager. Je ne peux pas me rendre
auprès de vous mais je suis proche de vos difficultés et je vous assure de
mes prières ferventes.»
La Papouasie-Nouvelle Guinée, que le pape a visitée déjà en mai 1984,
est une sorte de tour de Babel puisque, outre l’anglais, la langue officielle, on y parle plus de 700 dialectes. Les catholiques représentent 25%
de la population, dont la majorité est anglicane et luthérienne.
Béatification d’un catéchiste
Le programme de Jean-Paul II comprend essentiellement la béatification
du catéchiste Peter To Rot, qui aura lieu mardi à 8h45 ( heure locale) Europe). Ce père de famille de 33 ans fut assassiné pour sa foi un vendredi
de juillet 1945 par l’occupant japonais.
S’adressant lundi au clergé de Papouasie-Nouvelle Guinée, Jean Paul II a
précisé le sens qu’il entend donner à cette béatification: «Le fait que votre premier béatifié soit non seulement un martyr, mais un catéchiste laïc,
un mari et un père de famille, est très significatif de l’histoire spirituelle de votre peuple. Les missionnaires qui arrivaient sur votre terre reconnaissaient que la Parole de Dieu ne pouvait s’enraciner ici que si votre
peuple devenait l’agent actif de sa propre évangélisation.»
L’histoire de Peter To Rot
C’est un peu l’histoire de Peter To Rot, qui assura, dès 1942, le relais
des prêtres internés dans des camps de concentration par les Japonais. Ces
derniers, qui occupaient l’île pour des raisons stratégiques, craignaient
en effet d’être «trahis» par le clergé. C’est ainsi que Peter To Rot prit
sur lui de continuer la formation et l’assistance de la population. Son zèle finit par excéder les Japonais, qui l’invitèrent en 1943 à réduire son
activité. Il devint plus prudent mais, un an plus tard, les Japonais lui
intimèrent l’ordre de cesser toute activité. Peter To Rot ne se découragea
pas pour autant. Sur un terrain qui lui appartenait, il creusa une sorte de
caverne, dans laquelle il continua son enseignement à l’insu des autorités
militaires, sur le mode des catacombes romaines.
Les relations se crispèrent pourtant très vite. Les Japonais, pour se
concilier l’appui des tribus locales, eurent l’idée de légaliser la polygamie, antique tradition autochtone condamnée par les missionnaires. Peter To
Rot prit publiquement position contre la nouvelle loi et fut dénoncé par un
policier méthodiste, To Metapa, au service des Japonais, qui voulait épouser, comme deuxième femme, une catholique. Arrêté, il fut condamné à deux
mois de prison. Deux officiers japonais, aidés d’un médecin de l’armée, lui
injectèrent une dose de poison mortel.
Après la cérémonie de béatification, Jean-Paul II rencontrera la conférence épiscopale de Papouasie-Nouvelle Guinée et des Iles Salomon. Mercredi, il rencontrera le Premier ministre, puis un groupe de malades. Il quittera le pays en milieu de journée pour arriver à Sydney (Australie) le 18
janvier (apic/jmg/ba)



