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Pays-Bas: Les évêques redisent un non ferme à l’euthanasie (160894)

«Un homme est plus que sa souffrance»

Utrecht, 16août(APIC) Les évêques néerlandais ont une nouvelle fois redit

un non ferme à l’euthanasie dans une lettre à la Société Royale Néerlandaise pour la promotion de la Médecine (KNMG). Ils répondent à une note qu’une

commission de cette société a publiée sur «L’assistance au suicide chez les

patients en psychiatrie». Face à l’assistance au suicide, les évêques des

Pays-Bas considèrent – aussi sensibles que soient certains cas individuels – qu’»un homme est plus que sa souffrance».

La commission de la KNMG considère que les médecins peuvent apporter une

assistance au suicide dans des circonstances déterminées. La KNMG elle-même

doit encore se prononcer et c’est pourquoi les évêques invitent les médecins à lui communiquer leur réaction.

«Que des hommes ne voient finalement qu’une issue: éliminer la souffrance en mettant fin à la vie, on peut le concevoir», écrivent les évêques.

Mais ils estiment toutefois qu’il est de leur devoir de mettre une limite à

l’euthanasie et à l’assistance au suicide. Transgresser cette limite – aussi sensibles que soient certains cas individuels -, c’est mettre la société

sur une pente dangereuse, soulignent-ils.

Suicide: «Un silence respectueux s’impose»

«Si le caractère inviolable de la vie humaine cesse d’être pleinement

respecté, disparaît à la longue la conscience qu’un homme est toujours – et

donc à chaque moment de sa vie – plus que ce qu’il éprouve et plus que ce

que nous éprouvons, poursuit la lettre des évêques. Même si ce discours

peut être mal compris ou mal utilisé, nous pensons devoir maintenir qu’un

homme est plus que sa souffrance.»

Les évêques s’abstiennent de porter un jugement sur les personnes qui

optent pour le suicide – «un silence respectueux s’impose ici» -, mais ils

estiment ne pouvoir se soustraire à une évaluation fondamentale des principes éthiques qui entrent ici en jeu.

Un euphémisme inacceptable

Le suicide est souvent jugé admissible sous prétxete que ce ne serait

qu’une affaire personnelle. La commission de la KNMG juge ainsi que des

convictions philosophiques ou religieuses ne sont valables que pour les

seuls intéressés. Les évêques néerlandais ne partagent pas ce point de vue.

Le refus du suicide, à leurs yeux, se fonde sur une réflexion éthique qui

«est en principe accessible à tous».

Le plus souvent on recherche une justification au suicide dans le droit

de la personne à disposer d’elle-même. Les évêques ne nient pas ce droit,

mais ils objectent qu’il ne peut être absolutisé, il appelle la contradiction. Le suicide ne détruit pas la liberté humaine et donc toute possibilité de disposer de soi-même. Pour les évêques, la note de la KNMG – qui voit

dans le choix de la mort «une expression d’une existence humaine individuelle» – obscurcit cette réalité. «C’est un euphémisme inacceptable qui

est une illustration d’une culture de mort», affirment-ils

Invoquer le recours au droit à disposer de soi-même pour justifier le

suicide revient à méconnaître la dignité et la faculté de disposer de soimême, écrivent les évêques. «La valeur la plus profonde de l’homme ne réside pas dans le pouvoir de disposer de soi-même, car dans ce cas les hommes

qui ne sont pas ou moins en état de déterminer eux-mêmes leur vie – comme

les enfants à naître et les aliénés – auraient moins de valeur que les hommes qui peuvent décider de leur propre vie. La dignité de l’homme prime sur

le droit à l’autodétermination.»

Les évêques concèdent que la commission de la KNMG vise à défendre la

valeur de la vie humaine. «Mais pour aller à contre-courant de certaines

tendances de notre société, les bonnes intentions ne suffisent pas», fontils observer. «Il s’agit de prévenir des développements indésirables.»

Le regard de la foi chrétienne

Après ce rappel de quelques principes éthiques, les évêques montrent

comment on peut jeter sur le suicide le regard de la foi chrétienne. Celleci, qui s’enracine dans la tradition juive, nous apprend que l’homme a été

appelé à la liberté en tant qu’il a été créé à l’image de Dieu. Qui dit liberté dit auto-détermination, disposition de soi-même. Mais cette auto-détermination n’est pas absolue. Elle est relative aux autres hommes et à

Dieu. Qui dit liberté dit responsabilité. «Le suicide n’est donc pas seulement une atteinte au droit de Dieu, mais aussi une atteinte au respect que

l’homme doit à lui-même et aux autres.»

Une nouvelle culture

Les évêques peuvent difficilement comprendre que la note de la NKMG ne

souffle mot du droit des patients de refuser l’euthanasie, et encore moins

de celui des médecins de refuser une demande d’assistance à l’authanasie.

Ils concluent: «Dans notre société, les soins infirmiers et les traitements

médicaux coûtent cher. Le réconfort qui devrait alléger la souffrance des

familles est souvent dérisoire, malgré beaucoup d’efforts courageux et une

plus grande disponibilité à soigner dans leur foyer les malades en phase

terminale. Il n’est certainement pas impensable que naisse une culture dans

laquelle des patients incurables, leur famille et leurs médecins

assumeraient la responsabilité de dire pourquoi ils rejettent l’euthanasie

et l’assistance au suicide.» (apic/cip/be)

16 août 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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