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apic/Piron/Session de Matran/Débat sur l’Eglise/Mutations et défis

Matran:Session pastorale annuelle fribourgeoise(240196)

Pour le psychothérapeute Claude Piron,

l’Eglise doit faire le deuil d’un passé révolu

Matran, 24janvier(APIC) En trente ans, note le psychothérapeute genevois

Claude Piron, le contexte religieux helvétique a connu un changement non

seulement quantitatif, mais surtout qualitatif. «Malheureusement, l’Eglise

n’en a pas pris la mesure et n’a pas fait le deuil du passé», a-t-il déclaré mercredi aux 140 prêtres et laïcs fribourgeois qui participent jusqu’à

jeudi à la session pastorale de Matran. Un diagnostic sans complaisance,

mais qui a fait mouche chez nombre de participants.

En effet, si en Suisse en 1960, seules quelque 29’000 personnes se déclaraient sans confession, on en comptait déjà 17 fois plus en 1990 et la

tendance se poursuit, affirme Claude Piron. Ces mutations culturelles et

religieuses – dans un contexte de perte d’autorité des institutions, que ce

soit la famille ou le prêtre – désécurisent un clergé qui doit faire face

au vieillissement et à la diminution de ses membres. «Même si je connais,

par expérience, beaucoup de prêtres heureux, nombreux ceux qui ont de plus

en plus de mal à s’épanouir: l’Eglise n’a pas fait le deuil du passé; elle

cherche à colmater, à remplir les vides».

On envoie à des prêtres déjà surchargés des questionnaires sur les priorités pastorales, «on les use, on ne les laisse pas souffler, l’Eglise-institution ne se rend pas compte de ce qu’elle exige de ses prêtres!», Face

aux frustrations nées de cet univers qui change, l’Eglise a tendance à décharger son agressivité sur elle-même et sur ses membres, a-t-il déploré.

Outre ce décalage des instances de l’Eglise par rapport à la difficile

réalité pastorale d’aujourd’hui, le psychothérapeute – qui reçoit en son

cabinet un certain nombre de membres du clergé vaudois et genevois – remarque des prêtres de plus en plus tiraillés entre leur obligation de fidélité

aux prescriptions de l’Eglise et leur volonté d’accueil et de compréhension

des besoins des gens.

S’il y a un progrès énorme de l’oecuménisme à la base, par exemple, on a

l’impression qu’il n’y a pas de réponse d’en-haut. Et Claude Piron d’affirmer que l’Eglise paraît «cruelle» dans nombre de ses actes et positions

(destitution de Mgr Gaillot, interdiction de la communion pour les divorcés

remariés, de l’intercommunion avec des frères chrétiens, de la contraception, de l’usage du préservatif pour se protéger du sida, condamnation de

l’homosexualité, etc.).

Le psychothérapeute se demande alors pourquoi l’Eglise parle tant de sexe et si peu de la course effrénée à l’argent qui mine notre société.

«Pourtant l’idôlatrie de Mammon est vraisemblablement plus répandue que

celle d’Eros, et les dégâts que l’Eglise fait dans le domaine de la sexualité, c’est nous, les ’psy’, qui devons les récupérer après!». Certes, admet Claude Piron, l’Eglise-institution se crispe car elle a peur que si elle s’ouvre tout va lâcher. Mais il invite à regarder au-delà du masque:

«alors on voit, dans notre Eglise, dans nos paroisses, une réalité qui est

un visage de splendeur». Basées sur l’expérience de plusieurs décennies

d’écoute, les observations de Claude Piron – qui a reconnu leur côté «subjectif» – ont eu, pour beaucoup, le mérite de nourrir le débat sur l’Eglise, pas de le clore. (apic/be)

24 janvier 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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